Oued El Makhazine sous haute surveillance : un barrage au-delà de ses seuils, sans alerte technique pour l’instant

Oued El Makhazine sous haute surveillance : un barrage au-delà de ses seuils, sans alerte technique pour l’instant

Entre le 1er septembre 2025 et le 4 février 2026, Oued El Makhazine a reçu près de 972,9 millions de mètres cubes d’eau. Plus de 70 pour cent de ce volume, soit 716,8 millions de mètres cubes, a été enregistré sur les deux dernières semaines seulement. Une concentration exceptionnelle qui a fait bondir le stock hydrique à 988 millions de mètres cubes, avec un taux de remplissage atteignant près de 147 pour cent.

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Le barrage Oued El Makhazine vit un épisode hydrologique hors norme. Depuis début janvier, son taux de remplissage dépasse largement les niveaux habituels, sous l’effet d’apports en eau exceptionnels enregistrés en un temps record. Malgré cette situation inédite, les autorités assurent que l’ouvrage ne présente aucun signe de dysfonctionnement. À Rabat, le ministère de l’Équipement et de l’Eau fait le point sur un dispositif de contrôle renforcé, des lâchers préventifs maîtrisés et une mobilisation continue pour garantir la sécurité des populations et des infrastructures.

Un dépassement historique sans anomalie détectée

Au siège du ministère de l’Intérieur, le directeur général de l’Hydraulique, Salaheddine Dahbi, a tenu à rassurer. En dépit d’un dépassement du taux normal de remplissage depuis le 6 janvier 2026, aucun dysfonctionnement ni signe inhabituel n’a été enregistré au niveau du barrage Oued El Makhazine ou de ses équipements. Le niveau des réserves a même dépassé de quatre mètres le record historique observé depuis la mise en exploitation de l’ouvrage en 1972, sans que cela n’altère son comportement structurel.

Ce constat repose sur un suivi technique continu, fondé sur des inspections régulières et des mesures de contrôle renforcées. Selon les responsables, l’ouvrage fonctionne dans des conditions normales de sécurité, malgré des contraintes hydrauliques inédites. Un message d’apaisement, alors que les images de barrages à pleine capacité ravivent les inquiétudes liées aux risques d’inondation.

Des apports massifs concentrés en quelques semaines

Entre le 1er septembre 2025 et le 4 février 2026, Oued El Makhazine a reçu près de 972,9 millions de mètres cubes d’eau. Fait marquant, plus de 70 pour cent de ce volume, soit 716,8 millions de mètres cubes, a été enregistré sur les deux dernières semaines seulement. Une concentration exceptionnelle qui a fait bondir le stock hydrique à 988 millions de mètres cubes, avec un taux de remplissage atteignant près de 147 pour cent.

Ce volume dépasse de loin la moyenne annuelle habituelle, évaluée à 184 pour cent dans ce cas précis. Une situation qui illustre à la fois la violence et la rapidité des épisodes pluvieux récents, mais aussi la capacité du barrage à absorber des flux importants lorsque la gestion est anticipée.

Des lâchers préventifs pour contenir la pression

Face à cette montée rapide des eaux, les services du ministère ont procédé à des lâchers préventifs et proactifs. Le volume cumulé évacué a atteint 372,9 millions de mètres cubes. L’objectif est double: réduire la pression sur l’ouvrage et créer une marge de stockage capable d’absorber les apports attendus dans les jours à venir.

Ces opérations sont réalisées de manière progressive et contrôlée, en tenant compte de l’état des cours d’eau en aval et des zones potentiellement exposées. Les autorités insistent sur le caractère anticipatif de ces mesures, destinées à prévenir tout scénario de débordement incontrôlé.

Une vigilance technique portée au niveau maximal

Les prévisions météorologiques annonçant de nouvelles précipitations ont conduit à un renforcement sans précédent du système de contrôle technique. Les périodes de mesure ont été multipliées, passant d’un rythme mensuel à deux relevés quotidiens. Des équipes spécialisées ont été mobilisées pour assurer des contrôles de haute précision, notamment sur les éléments sensibles de l’ouvrage.

Parallèlement, une simulation hydrologique fine a été réalisée, avec l’heure comme unité de temps. Cette modélisation permet d’anticiper des apports supplémentaires pouvant atteindre 620 millions de mètres cubes sur une semaine, un remplissage maximal correspondant à un débit de 3.136 mètres cubes par seconde et des lâchers pouvant culminer à 1.377 mètres cubes par seconde. Autant de scénarios étudiés pour ajuster en temps réel la gestion du barrage.

Cartographier les risques pour mieux protéger

Au-delà des calculs hydrauliques, les services concernés ont procédé à une délimitation cartographique précise des zones inondables en aval. Cette cartographie intègre les lâchers programmés du barrage, les apports des cours d’eau en amont et les niveaux attendus de montée des eaux. Elle constitue un outil central pour l’identification des mesures préventives à déployer, notamment en matière d’alerte, d’évacuation et de protection des biens.

Cette approche intégrée vise à garantir la sécurité des citoyens tout en maintenant le rôle stratégique du barrage dans la régulation des ressources hydriques et la prévention des crues.

Une coordination institutionnelle permanente

Dans ce contexte hydrométéorologique qualifié d’exceptionnel, le ministère de l’Équipement et de l’Eau assure travailler en parfaite coordination avec les autorités locales et l’ensemble des intervenants concernés. La gestion des barrages s’inscrit dans un cadre de concertation continue, conforme aux Hautes Orientations de Mohammed VI, mettant l’accent sur l’anticipation, la transparence et la protection des populations.

Le suivi des ouvrages hydrauliques est assuré 24 heures sur 24, avec la mobilisation de cadres spécialisés et d’équipes techniques expérimentées. Des plans de gestion sont ajustés en permanence, en fonction de l’évolution des données météorologiques et hydrologiques.

Un retour des pluies aux effets spectaculaires

Après sept années consécutives de sécheresse sévère, l’année hydrologique en cours marque un tournant. Depuis le 1er septembre 2025, un cumul pluviométrique de 145,5 millimètres a été enregistré à l’échelle nationale, soit un excédent de plus de 32 pour cent par rapport à la moyenne annuelle. Cette amélioration s’est traduite par des apports en eau atteignant 8,73 milliards de mètres cubes.

Le taux de remplissage global des barrages du Royaume s’établit désormais à près de 62 pour cent, avec un stock hydrique de plus de 10,3 milliards de mètres cubes, un niveau inédit depuis 2019. Un rebond spectaculaire, concentré dans le temps, puisque près de 95 pour cent de ces apports ont été enregistrés en moins de deux mois, depuis la mi-décembre 2025.

Quand l’abondance impose la prudence

Cette abondance soudaine a conduit plusieurs barrages à atteindre, voire dépasser, leur capacité maximale, rendant nécessaires des lâchers maîtrisés, comme au barrage Al Wahda. L’enjeu n’est plus seulement de stocker l’eau, mais de préserver une capacité de réserve suffisante pour absorber les apports futurs, tout en garantissant l’intégrité des ouvrages.

À Oued El Makhazine, cette gestion fine illustre les défis posés par des épisodes climatiques de plus en plus extrêmes. Entre sécheresses prolongées et pluies intenses, la politique de l’eau est appelée à conjuguer résilience, réactivité et rigueur technique.

Un test grandeur nature pour la gestion hydraulique

L’épisode actuel constitue un test grandeur nature pour le dispositif national de gestion des barrages. Jusqu’ici, les autorités se veulent rassurantes: aucun signe d’alerte, des procédures respectées et une anticipation jugée suffisante. Mais la situation reste évolutive et appelle à une vigilance constante.

Au-delà de l’urgence, Oued El Makhazine rappelle l’importance stratégique des infrastructures hydrauliques dans un pays confronté à la variabilité climatique. Leur sécurité et leur performance conditionnent non seulement la protection contre les inondations, mais aussi l’avenir de l’agriculture, de l’eau potable et du développement économique.

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