Pluies salvatrices, barrages en reprise, le Maroc agricole retrouve des marges d’espoir guettant la pluviométrie des mois prochains

Pluies salvatrices, barrages en reprise, le Maroc agricole retrouve des marges d’espoir guettant la pluviométrie des mois prochains

Après plusieurs années de sécheresse, redonne un souffle nouveau au secteur agricole et ouvre des perspectives favorables pour la sécurité alimentaire et l’économie rurale.

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De Fès à Errachidia, d’Al Haouz à la Moulouya, en passant par Sidi Bennour et le bassin de Sebou, les récentes précipitations ont profondément amélioré la situation hydrique et ravivé l’optimisme des agriculteurs. Les barrages affichent des niveaux de remplissage en nette hausse flirtant avec les neuf milliards de m3, les nappes phréatiques amorcent leur recharge que va renforcer la fonte des neiges records. Les cultures d’automne reprennent vigueur. Cette dynamique, après plusieurs années de sécheresse, redonne un souffle nouveau au secteur agricole et ouvre des perspectives favorables pour la sécurité alimentaire et l’économie rurale.

Le bassin de Sebou retrouve des niveaux de retenue élevés

Les barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique de Sebou affichent, au 27 janvier, un taux de remplissage de 66,1 %, avec un volume de retenues dépassant 3,67 milliards de mètres cubes. Cette performance concerne un ensemble de 11 grands barrages, selon les données du ministère de l’Équipement et de l’Eau. Le barrage Al Wahda, pilier stratégique pour l’irrigation de la plaine du Gharb et la protection contre les crues de l’oued Ouergha, concentre à lui seul plus de 2,51 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 71,4 %, contre 39 % à la même période l’an dernier.

Le barrage Idriss Ier affiche également une nette amélioration, avec un taux de remplissage de 56,2 %, contre seulement 24 % à la même date en 2025. Le bassin de Sebou comprend par ailleurs 51 petits barrages et lacs collinaires, renforçant la capacité de mobilisation des ressources hydriques. S’étendant sur près de 40.000 kilomètres carrés, ce bassin irrigue une large partie des activités agricoles et industrielles nationales. À l’échelle du pays, les réserves globales des grands barrages dépassent désormais 9 milliards de mètres cubes, pour un taux moyen avoisinant 53,9 %.

Al Haouz : un soulagement après sept années de sécheresse

Dans la province d’Al Haouz, les pluies récentes ont marqué un tournant après plusieurs campagnes agricoles difficiles. Dans la commune d’Oulad Mtaa, les précipitations, combinées aux chutes de neige sur les reliefs avoisinants, ont amélioré l’état des cultures et des pâturages. Les agriculteurs y voient une opportunité de redressement de la production et une amélioration des conditions d’élevage.

Selon Zineb Bensassi, cheffe du service de la réalisation des projets de production agricole à la Direction régionale de l’Agriculture de Marrakech-Safi, la régularité et l’étalement des pluies ont eu un impact direct sur la recharge de la nappe phréatique et sur les barrages régionaux, dont le taux de remplissage avoisine désormais les 60 %. Cette amélioration se traduit par des rendements attendus plus élevés pour les cultures d’automne, un renforcement du couvert végétal et une pression moindre sur les éleveurs.

La production maraîchère et fruitière devrait également bénéficier de ces conditions favorables, avec une offre accrue susceptible de stabiliser les prix, notamment à l’approche du mois de Ramadan. Pour Abdellatif Badaoui, agriculteur à Oulad Mtaa, les pluies ont favorisé les céréales, l’olivier, les légumineuses et les cultures maraîchères, tout en garantissant des pâturages suffisants pour le cheptel.

Sidi Bennour : une dynamique hydrique et agricole retrouvée

Dans la province de Sidi Bennour, les précipitations ont ravivé l’optimisme après plusieurs années de déficit hydrique. Elles soutiennent les cultures d’automne, améliorent les pâturages et contribuent à la recharge des nappes phréatiques, fortement sollicitées ces dernières années.

Les barrages relevant du bassin hydraulique de Bouregreg et de la Chaouia illustrent cette embellie. Le barrage El Mellah affiche un taux de remplissage de 88,58 %, avec près de 31 millions de mètres cubes, contre 30,3 % un an auparavant. Le barrage El Himer, quant à lui, atteint 18,9 %, contre 5,1 % à la même période en 2025. À l’échelle régionale, le taux moyen de remplissage des barrages s’établit à 95,1 %, avec un volume global de réserves dépassant 1,054 milliard de mètres cubes.

La province bénéficie également du remplissage exceptionnel de certains plans d’eau, notamment la Daya Ourar, qui couvre désormais près de 2.000 hectares. Pour les agriculteurs locaux, cette situation constitue un levier important pour la saison agricole à venir, avec des retombées positives sur les cultures céréalières, la betterave sucrière et les coûts de production animale.

Tafilalet : les pluies relancent l’agriculture oasienne

Dans la commune de Boudenib, province d’Errachidia, les agriculteurs accueillent les pluies comme un signal de renouveau. El Bachir Ben Youssef, producteur maraîcher et phoenicicole, décrit une dynamique nouvelle après plusieurs années de sécheresse. Les précipitations ont permis de renforcer les réserves des barrages, de soutenir la nappe phréatique et de relancer les labours.

Selon Jamal Mimouni, directeur de l’Office régional de mise en valeur agricole de Tafilalet et directeur régional de l’Agriculture de Drâa-Tafilalet, les pluies de décembre ont irrigué plus de 14.000 hectares entre Errachidia et Tafilalet. Le barrage El Hassan Dakhil affiche désormais un taux de remplissage de 79 %, avec des lâchers d’eau programmés pour soutenir l’irrigation. Le barrage Kaddoussa devrait, pour sa part, irriguer environ 5.000 hectares, couvrant les oasis traditionnelles, les ayants droit et les investisseurs agricoles.

La région bénéficie également de résultats agricoles solides, avec une production de 134.000 tonnes de dattes et 48.000 tonnes d’olives. Le projet structurant lié au barrage Kaddoussa, mobilisant près d’un milliard de dirhams d’investissement public, vise à renforcer la sécurité hydrique et à développer une agriculture irriguée résiliente, conformément aux orientations nationales et aux stratégies Plan Maroc Vert et Génération Green.

Moulouya : les céréales d’automne relancées par les pluies

Dans la région de l’Oriental, les récentes précipitations ont dynamisé les cultures céréalières d’automne dans le périmètre de la Moulouya. Le cumul pluviométrique moyen a atteint 142 mm au 23 janvier, contre 39 mm un an plus tôt, soit une progression de 264 %.

Selon l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya, la superficie labourée dédiée aux céréales atteint 20.500 hectares, tandis que les superficies emblavées s’élèvent à 17.700 hectares. Les agriculteurs ont acquis plus de 10.300 quintaux de semences sélectionnées, témoignant d’une relance marquée de l’activité agricole.

Les réserves des barrages du complexe hydraulique de la Moulouya dépassent 326 millions de mètres cubes, assurant un approvisionnement renforcé en eau d’irrigation. Pour Mohammed Ouksi, agriculteur à Nador, ces pluies sont arrivées à un moment opportun, soutenant les cultures irriguées, notamment la betterave sucrière et les céréales.

Une dynamique nationale porteuse pour l’agriculture

Au-delà des régions, les indicateurs convergent vers une amélioration globale de la situation hydrique et agricole du pays. Les pluies ont contribué à la recharge des nappes phréatiques, au renforcement des barrages et à la revitalisation des parcours naturels. Cette dynamique permet de réduire les coûts de production pour les éleveurs, d’augmenter l’offre agricole et de stabiliser les marchés.

Après plusieurs années de sécheresse, cette embellie hydrique apparaît comme un facteur déterminant pour la sécurité alimentaire, le pouvoir d’achat des ménages et la résilience du monde rural. Les professionnels du secteur soulignent également les retombées écologiques positives, avec un couvert végétal plus dense et une meilleure régénération des écosystèmes.

Si la vigilance reste de mise face aux aléas climatiques, les données actuelles traduisent un regain de confiance et ouvrent la voie à une campagne agricole plus équilibrée. Pour de nombreux agriculteurs, cette saison marque le retour progressif d’un cycle productif plus favorable, porté par une ressource hydrique mieux reconstituée et des infrastructures de mobilisation de l’eau de plus en plus performantes. (Quid avec MAP)

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