Quand la terre se tait : le Maroc face à l'aridité – Par Hassan Zakariaa

Quand la terre se tait : le Maroc face à l'aridité – Par Hassan Zakariaa

Le constat est implacable. Chaque année, des milliers d’hectares de terres s’appauvrissent. Environ 10.000 hectares de forêts montrent des signes de dépérissement, majoritairement des pins.

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Alors que le monde célèbre la Journée mondiale de lutte contre la désertification, le Maroc, pays aux contours géographiques déjà éprouvés par le climat, mesure chaque jour un peu plus le coût d’un silence : celui de ses terres qui meurent à petit feu. La sécheresse récurrente, le dépérissement des forêts, la baisse des nappes phréatiques et l’agression continue des sols par les comportements humains dessinent une urgence climatique et sociale que le Royaume tente, stratégiquement, de contenir.

Par Hassan Zakriaa avec MAP

L'aridité, cet ennemi intime

Le Maroc n’a jamais été un pays de pluies faciles. Plus de 95 % de son territoire se déploie sous des climats aride ou semi-aride. Mais les dernières décennies ont installé un basculement : la sécheresse n’est plus une exception, mais la norme.

Le constat est implacable. Chaque année, des milliers d’hectares de terres s’appauvrissent. Environ 10.000 hectares de forêts montrent des signes de dépérissement, majoritairement des pins. Le sous-bois s’appauvrit, la biodiversité recule, le couvert forestier se rétracte. Le sol devient poussière, la poussière devient menace.

Une arithmétique du déséquilibre

Le changement climatique n’est pas seul en cause. La pression humaine aggrave les effets naturels. L’agriculture intensive, le surpâturage, la déforestation, les incendies provoqués par insouciance ou par négligence, tout concourt à vider les terres de leur souffle. Mohammed-Saïd Karrouk, climatologue, le rappelle : notre mode de vie est devenu un facteur déstructurant pour la terre. On prélève plus vite qu’elle ne peut donner.

Le stress hydrique, lui, s’est installé durablement. Les nappes phréatiques s’épuisent. Les cours d’eau saisonniers, naguère généreux, ne sont plus que des cicatrices sèches dans le paysage. Cette rareté de l’eau affecte directement la régénération des forêts et la productivité des sols.

Face à l'urgence, des stratégies de fond

Conscient de l’urgence, le Maroc a déployé plusieurs stratégies. La plus emblématique est peut-être la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030", qui prévoit de restaurer 600.000 hectares de forêts d’ici 2030. Une ambition d’autant plus significative qu’elle repose sur l’introduction d’espèces résilientes, l’irrigation localisée et les outils numériques pour le suivi et la gestion.

Mais il ne s’agit pas que de planter. Il faut impliquer. C’est le pari de la gestion participative, qui mise sur les populations locales et les Organisations de Développement Forestier pour une meilleure cohabitation entre l’homme et la nature. Le reboisement seul ne suffit pas. Il doit s’accompagner d’une éducation à la ressource.

De la stratégie à la coordination nationale

Le Maroc a aussi mis en place le Plan National de l’Eau (PNE), levier pour rationaliser l’usage agricole, mobiliser les ressources hydriques conventionnelles et non conventionnelles, et protéger les zones vulnérables.

Autre plan majeur : « Génération Green 2020-2030 », orienté vers une agriculture durable. Il s’agit de promouvoir la diversification des cultures, l’agroforesterie, la reconstitution des parcours pastoraux et l’utilisation efficace de l’eau.

En complément, la politique des barrages, le programme de réduction des disparités en milieu rural (PRDTS) et l’INDH contribuent à créer des alternatives économiques viables et durables pour les populations vulnérables.

Des chiffres, mais surtout des vies

Derrière chaque hectare perdu, il y a des bergers, des paysans, des familles. L’aridité n’est pas une donnée climatique, c’est une expérience quotidienne, une fatigue sociale, un déséquilibre qui appauvrit et exile.

Mais il y a des raisons d’espérer : les jeunes plantes prennent racine, les nouvelles politiques s’installent. L’ANEF veut doubler les reboisements annuels, passer de 50.000 à 100.000 hectares par an d’ici 2030. Des systèmes de rémunération pour services écosystémiques émergent. Des emplois verts voient le jour. L’écotourisme prend forme. Le Maroc résiste, non dans l’incantation, mais dans l’action.

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