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Quand l’argent en noir sape la crédibilité de la couverture médicale universelle - Par Dr Anwar Cherkaoui
Il est temps que les autorités mettent fin à cette dérive
Alors que le Maroc s’efforce de généraliser la couverture médicale universelle, une pratique opaque mine la crédibilité du système : le paiement en espèces, non déclaré, exigé dans certaines cliniques privées. Le Dr Anwar Cherkaoui dénonce ce “double paiement” infligé aux patients et appelle l’État à rétablir la transparence et la justice dans un secteur où la santé risque d’être traitée comme une marchandise plutôt qu’un droit.
Par Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Au Maroc, un paradoxe insupportable ronge notre système de santé.
Des patients, pourtant couverts par la CNSS ou la CNOPS, se retrouvent contraints, lorsqu’ils choisissent d’être opérés dans certaines cliniques, par certains chirurgiens, à sortir de leur poche 1, 2, parfois 3 millions de centimes en espèces.
Pas de facture, pas de trace.
Simplement de l’argent en noir qui circule dans les couloirs feutrés de la médecine privée.
Le scandale du double paiement
Qu’on le dise clairement : c’est une injustice sociale et un abus intolérable.
L’état a mis en place un système d’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) pour protéger ses citoyens contre les coûts écrasants de la maladie.
Les caisses sociales prennent en charge les opérations.
Mais voilà que certains chirurgiens, au nom de leur compétence ou de leur réputation, exigent des patients un surplus en espèces sonnantes et trébuchantes.
Résultat : Le malade paie deux fois : une première fois à travers la couverture sociale, une seconde fois de sa propre poche.
L’État, lui, ne récupère aucun centime de ces transactions opaques.
C’est un système parallèle, souterrain, qui enrichit quelques-uns sur le dos des malades et qui prive la collectivité de recettes fiscales pourtant vitales pour la santé publique.
Appel à l’État et aux instances de régulation.
Il est temps que les autorités mettent fin à cette dérive.
Audit et contrôle des pratiques tarifaires dans les cliniques privées.
Facturation obligatoire et traçable de chaque dirham payé.
Sanctions sévères contre ceux qui alimentent ce marché noir au détriment des patients.
Renforcement de la transparence entre les caisses sociales, les cliniques et les patients.
Car tolérer encore ce système, c’est laisser s’installer un cancer silencieux : celui de la corruption médicale.
C’est justement contre ce genre de corruption que se soulève la génération Z.
Par ailleurs, l'état a un rôle crucial à jouer pour juguler ce phénomène : Revoir et revaloriser les cotations des actes médicaux et chirurgicaux.
Cela va réconforter le thérapeute et la clinique et va les pousser à appliquer les tarifs instaurés par la loi.
La santé n’est pas une marchandise
La compétence d’un chirurgien ne peut justifier l’opacité, encore moins l’extorsion.
Être expert, c’est aussi respecter la loi, l’éthique et le serment d’Hippocrate.
Être expert, oui : Demander à être rémunéré en conséquence, c’est légitime.
Mais à la condition d’offrir sa compétence voir sa haute compétence, dans la transparence : une simple facture.
Le Maroc a fait de grands pas dans la généralisation de la couverture médicale.
Mais si l’argent en noir continue de circuler impunément, l’AMO perdra toute crédibilité.
La santé n’est pas une foire marchande.
C’est un droit fondamental.
Et ce droit ne peut s’exercer à l’ombre des enveloppes clandestines.
Et surtout qu’on nous ne dise pas que ce n’est pas viable pour une clinique au Maroc de 2025.
Car, il y a un bel exemple à suivre :
Un consortium national de cliniques est en train de se constituer.
Les médecins et les infirmiers sont bien rémunérés.
Et cela avec zéro dirham en noir.