Réforme universitaire : une note de présentation généreuse et une contestation montante des détails de ses dispositions

Réforme universitaire : une note de présentation généreuse et une contestation montante des détails de ses dispositions

« L’idée est de donner au Maroc une université moderne, capable de rivaliser avec les meilleures institutions internationales, tout en répondant aux besoins spécifiques du développement national » ( Note de présentation du département de tutelle)

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Le gouvernement marocain a sur la table un projet de loi d’envergure visant à transformer l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Derrière ce texte, se dessine, selon sa note de présentation, une ambition claire : aligner l’université marocaine sur les standards internationaux, moderniser ses structures et placer l’étudiant au centre de son action. Mais si le texte promet des réformes ambitieuses, il soulève aussi de vives inquiétudes parmi les enseignants-chercheurs et les étudiants, qui dénoncent une privatisation rampante et une atteinte à l’autonomie des universités.

Définir une vision globale

Le projet de loi fixe les orientations générales de l’État pour l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Il définit les objectifs, les principes et les règles qui encadrent son organisation, et détaille les mécanismes de financement, d’évaluation et d’accompagnement.

Cette démarche s’appuie, explique la note de présentation de ‘’Nouveautés du projet de loi relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique’’ du ministère éponyme, sur un constat : le secteur joue un rôle décisif dans la formation du capital humain, pilier des politiques publiques et des grands chantiers du Royaume. L’idée est de donner au Maroc une université moderne, capable de rivaliser avec les meilleures institutions internationales, tout en répondant aux besoins spécifiques du développement national.

Une nouvelle structuration du secteur

La réforme propose une restructuration profonde du système. Elle déclare vouloir améliorer la gouvernance, diversifier les parcours et rehausser globalement les performances dans la formation, la recherche et l’innovation. Concrètement, plusieurs innovations sont prévues :

-  instaurer l’unité du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ;

- créer de nouvelles catégories d’établissements, notamment des institutions numériques ;

- renforcer l’autonomie des universités selon des critères professionnels précis ;

- garantir une gouvernance cohérente, transparente et responsable des structures ;

- donner une place accrue aux établissements privés et aux institutions non lucratives d’intérêt général ;

- autoriser l’ouverture de filiales d’universités étrangères sur le sol marocain.

‘’L’innovation pédagogique au cœur du texte

La modernisation des méthodes d’enseignement figure au centre de la réforme, toujours selon la note de présentation. Le texte propose d’intégrer des dispositifs variés : formation à distance, enseignement en alternance, apprentissage tout au long de la vie. Ces approches visent à adapter l’université aux nouveaux modes d’apprentissage et aux besoins changeants du marché du travail.

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L’étudiant est placé au cœur du dispositif, selon la note. Ses droits et devoirs sont définis, et des mécanismes d’accompagnement sont prévus pour garantir un accès équitable aux services, selon les principes de mérite, d’égalité des chances et de justice sociale

Recherche et innovation : un levier de développement

Le texte consacrerait une part importante au renforcement de la recherche scientifique. Il introduit des dispositions spécifiques pour les institutions et centres de recherche, afin de hisser leur production au niveau des standards internationaux. L’innovation ‘’sera encouragée à travers des partenariats étroits avec le secteur privé et une organisation flexible des structures universitaires.’’

L’idée est de transformer l’université en moteur de compétitivité et d’innovation, en phase avec les défis économiques, technologiques et sociétaux du pays.

Qualité, financement et ressources humaines

Un autre volet de la réforme concerne la qualité et le financement. Le texte prévoit des mécanismes d’évaluation plus stricts et un système d’assurance qualité renforcé. Côté financement, l’accent est mis sur la diversification des ressources : accroissement des revenus propres des universités publiques, partenariats public-privé, ouverture aux financements privés.

Cette orientation alimente une partie des critiques, car elle est perçue par certains comme une étape vers la privatisation. Le projet insiste cependant sur la nécessité de conditionner ces partenariats à une contribution effective aux objectifs publics, notamment l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de la recherche.

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Les ressources humaines occupent une place centrale, affirme la note. Le texte promet d’offrir aux enseignants-chercheurs et au personnel administratif les moyens de développer leurs compétences et d’améliorer leurs performances en continu.

Une contestation syndicale et étudiante

Malgré ces ambitions, le projet de loi 59.24, transmis au gouvernement en août 2025, a déclenché une vague de mécontentement. Les syndicats dénoncent une élaboration précipitée, en pleine période estivale, et sans concertation avec les enseignants-chercheurs.

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup) rejette ce projet et a averti dès juillet 2025 que toute tentative de passage en force ouvrirait une crise. Selon ses représentants, le texte porte atteinte à l’identité de l’université publique, fragilise la gratuité et légitime une logique de dépendance vis-à-vis du marché.

Du côté des étudiants, plusieurs organisations et coordinations – ingénieurs, médecins, pharmaciens ou encore l’Union nationale des étudiants du Maroc – dénoncent une réforme « régressive » et menacent de grève nationale si le texte n’est pas amendé.

Gouvernance : un nouveau conseil qui inquiète

L’un des points les plus contestés concerne la gouvernance. Le projet prévoit la création d’un « Conseil supra » qui s’ajoute au Conseil de l’université et prend le dessus sur lui. Ce nouvel organe, composé majoritairement de membres nommés extérieurs à l’université, réduit considérablement le rôle du président, limité à une fonction consultative.

La présence du wali de la région dans ce Conseil suscite une vive inquiétude : beaucoup y voient une tutelle politique qui compromet directement l’autonomie universitaire, pierre angulaire de la tradition académique

Les droits étudiants en question

Autre motif de contestation : la suppression des articles garantissant aux étudiants le droit de s’organiser dans leurs établissements via des associations ou conseils élus. Pour les organisations étudiantes, il s’agit d’un recul démocratique inacceptable.

« L’accès à l’université risque de dépendre davantage de la capacité financière que du mérite académique », alerte Abdelhakim Ouaddou, secrétaire général du Comité national des étudiants en médecine.

Une rentrée sous tension

Tout laisse présager une rentrée universitaire tendue. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Azeddine Midaoui, nommé en octobre 2024, s’apprête à affronter une contestation à la fois syndicale et étudiante.

Si le projet est présenté comme une réforme modernisatrice, il cristallise déjà les oppositions. Entre volonté affichée de moderniser et soupçons de privatisation rampante, l’avenir du texte dépendra de la capacité du gouvernement à renouer le dialogue avec la communauté universitaire.

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