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Sahara : Le projet Polisario a-t-il encore un sens ? - Par Talaa Saoud Al Atlassi
Le mouvement séparatiste, depuis longtemps instrumentalisé par Alger, voit le sol diplomatique se dérober sous ses pieds.
Reconnaissance internationale croissante, alignement du Royaume-Uni, perte d’alliés africains… Face à la dynamique marocaine, le projet séparatiste vacille. L’Algérie, de plus en plus esseulée, s’enferme dans le déni. Pour Talla Saoud Al Atlassi, si le soutien britannique à l’initiative marocaine d’autonomie a déstabilisé la diplomatie algérienne, il a dans le même temps placé le Polisario dans une situation shakespearienne.

Une reconnaissance internationale en marche
Le 22 mai dernier à Bormes, Omar Hilale, ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, a déclaré que 116 pays reconnaissent l’initiative marocaine d’autonomie comme seule solution sérieuse et crédible au différend sur le Sahara. Un chiffre appelé à croître : quelques jours après cette annonce, la dynamique internationale en faveur du plan marocain s’est encore renforcée, tant en quantité qu’en qualité.
Ainsi, la Syrie s’est ralliée au droit du Maroc à préserver son intégrité territoriale en soutenant l’initiative d’autonomie, devenant ainsi le 117ᵉ État à rejoindre ce consensus. Un signal fort de la part d’un pays qui ambitionne un retour en force au Moyen-Orient.
Dans le même temps, le Kenya a clairement affiché sa position. Son Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, en visite au Maroc, a déclaré que son pays soutient pleinement le plan marocain, le considérant comme la seule solution réaliste et applicable. Le Kenya a consolidé cette position en ouvrant une ambassade à Rabat le 26 mai.
Le ralliement de cet acteur majeur du continent africain prive l’Algérie d’un soutien essentiel. Il conforte en revanche le courant pragmatique africain qui voit dans l’initiative marocaine une opportunité de stabilisation et de développement bénéfique pour toute la région.
Le Royaume-Uni, un catalyseur de poids
Le 1ᵉʳ juin, un nouveau coup de tonnerre et de massue diplomatique est venu renforcer cette dynamique : le Royaume-Uni a officiellement reconnu l’initiative marocaine comme "la base la plus crédible, applicable et pragmatique pour une solution durable" au différend sur le Sahara.
Le communiqué publié à l’issue de la visite à Rabat du ministre britannique délégué aux Affaires étrangères, David Lammy, précise que la Grande-Bretagne "continuera d’agir sur les plans régional et international conformément à cette position."
Ce ralliement n’est pas anodin : membre permanent du Conseil de sécurité, le Royaume-Uni dispose d’une puissance diplomatique et économique considérable, notamment en Afrique et en Asie. Par ailleurs, Londres accompagne ce soutien politique d’un engagement économique fort, avec plus de 5 milliards de livres sterling (environ 62 milliards de dhs) promis pour le développement des provinces sahariennes.
Comme anticipé par plusieurs analystes, cette prise de position britannique pourrait accélérer un engagement plus clair de la Chine, déjà favorable à l’unité marocaine et soucieuse de renforcer ses positions en Afrique. À terme, il ne manquerait plus que la Russie parmi les membres du Conseil de sécurité à s’inscrire dans ce courant — Moscou, jusqu’ici, n’a jamais bloqué les résolutions en ce sens et pourrait, dans le contexte géopolitique actuel, privilégier un apaisement sur le dossier saharien.
Les divergences stratégiques entre Moscou et Alger — que ce soit en Libye ou dans la région du Sahel — creusent un fossé entre les deux capitales. De plus, l’Algérie pèse peu dans le contexte géostratégique en pleine mutation. Engagée dans un conflit dur avec l’OTAN en Ukraine, la Russie pourrait être tentée de favoriser l’apaisement sur le front nord-africain. Le Maroc a d’ailleurs ouvert cette voie à travers son initiative d’autonomie. Il est peu probable que la Russie tarde encore à rejoindre ce mouvement de réalisme politique dans la région.
L’Algérie isolée, le Polisario face à une crise existentielle
Le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, publié en réaction à la position britannique, témoigne d’une gêne palpable. Alger tente de minimiser cette reconnaissance en faisant état d’un simple "regret", contrairement à la virulence affichée envers l’Espagne ou la France sur le même sujet.
Les dirigeants algériens savent pourtant que le soutien britannique induit bel et bien une reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Ils savent aussi que Londres s’apprête à investir massivement dans la région et que le modèle d’autonomie proposé par Rabat répond de manière réaliste aux exigences du droit international. Pourtant, ils choisissent de persister dans le déni.
Le discours officiel algérien ne peut masquer plus longtemps la perte d’élan de sa politique saharienne, bâtie sur un mensonge initial. Le mythe d’un "processus d’autodétermination" alternatif s’effondre face à la montée en puissance du consensus international.
La reconnaissance britannique de l’initiative marocaine insuffle une dynamique internationale toujours plus forte en faveur de l’autonomie, accélérant son élan. Elle renforce aussi, dans les rangs du Polisario et de ses soutiens, un questionnement existentiel : leur projet a-t-il encore un sens ?
Le mouvement séparatiste, depuis longtemps instrumentalisé par Alger, voit le sol diplomatique se dérober sous ses pieds.
Le plan d’autonomie offre au Polisario une voie honorable pour devenir un acteur légitime du paysage politique et social marocain. À condition que sa direction fasse preuve du courage nécessaire pour répondre à l’appel de l’histoire et rompre avec son statut de sous-traitant d’Alger.
Un entêtement voué à l’échec
L’Algérie poursuivra sans doute son obstination, motivée par des considérations politiques internes. Mais cet entêtement est voué à l’échec. Sur la scène internationale, Alger apparaît de plus en plus isolée et décrédibilisée.
Quant au Polisario, il est désormais confronté à une mise à l’épreuve historique. Sa direction saura-t-elle saisir cette chance unique de se transformer, de s’émanciper de la tutelle algérienne et de devenir un acteur constructif au sein d’un Maroc uni, démocratique et tourné vers l’avenir ?
La balle est désormais dans son camp. L’histoire, elle, a déjà choisi le sien.