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Secteur informel au Maroc : une croissance masquée par un recul dans la contribution à l’économie nationale
Le commerce reste le pilier du secteur informel, représentant 30 % de la production (contre 34,7 % en 2014), suivi par les services (24 %), en nette progression
Le Haut-Commissariat au Plan a livré, mercredi 28 mai, les résultats détaillés de sa nouvelle enquête nationale sur les unités de production informelles (UPI). Si le nombre de ces structures continue d’augmenter, leur part dans la production nationale diminuerait. Un paradoxe qui révèle les transformations profondes d’un secteur pesant toujours 33% de l’emploi non agricole au Maroc.
Une croissance en volume, mais une influence relative en déclin
En 2023, le Maroc comptait 2,03 millions d’unités de production informelles, en hausse de plus de 353.000 unités par rapport à 2014. Ces UPI sont massivement urbaines (77,3 %) et fortement concentrées dans la région de Casablanca-Settat (22,7 %).
Mais malgré cette dynamique quantitative, la contribution du secteur informel à la production nationale (hors agriculture et administration publique) a reculé de 15 % en 2014 à 10,9 % en 2023. En valeur absolue pourtant, la production informelle a atteint 226,3 milliards de dirhams en 2023, en hausse de 22,3 % par rapport à 2014.
Une valeur ajoutée en progression modérée
Le secteur informel a généré en 2023 une valeur ajoutée de 138,97 MMDH, contre 103,34 MMDH en 2014, soit un taux de croissance annuel moyen de 3,06 %. Toutefois, sa part dans la valeur ajoutée nationale hors agriculture et administration a fléchi, passant de 16,6 % à 13,6 %.
Cette dynamique souligne une productivité relativement contenue, même si des disparités importantes existent entre secteurs. En moyenne, la valeur ajoutée par UPI atteint 68.499 dirhams, mais 20 % des unités les plus productives concentrent 65,4 % de la valeur ajoutée totale.
Une structure productive en mutation
Le commerce reste le pilier du secteur informel, représentant 30 % de la production (contre 34,7 % en 2014), suivi par les services (24 %), en nette progression (18,6 % en 2014), puis le BTP (18,4 %) et l’industrie (27,7 %).
Dans l’industrie, le poids de l’alimentaire a fortement crû (49,2 % en 2023 contre 36,2 % en 2014), au détriment du textile/habillement (16 % contre 27,7 %). Les services sont dominés par le transport (37,2 %) et la restauration/hôtellerie (29,4 %).
Emploi : 2,53 millions d’actifs, mais moins de salariat
Le secteur informel concentrait en 2023 environ 2,53 millions d’emplois non agricoles, soit 33,1 % du total. Bien que cette part soit en recul par rapport à 2014 (-3,2 points), le volume d’emplois a augmenté de 157.000 en dix ans.
Le commerce capte 44,1 % de ces emplois, suivi des services (28,7 %), de l’industrie (15 %) et du BTP (12,2 %). Le salariat y reste faible (10,4 %) et souvent non contractuel (60 % sans contrat écrit), notamment dans l’industrie (17,2 %) et le BTP (15,9 %).
Des micro-unités peu structurées
La très grande majorité des UPI sont des structures individuelles : 85,5 % ne comptent qu’un seul emploi. Plus de 55 % ne disposent d’aucun local professionnel, et 4,6 % exercent à domicile.
Dans le BTP, 90,2 % des unités travaillent chez le client. En industrie, 56,5 % disposent d’un local, et 22,5 % opèrent depuis le domicile. L’absence de local est souvent liée à des contraintes financières (42,9 %) ou à la nature de l’activité (42,5 %).
Enregistrement administratif : toujours marginal
En 2023, seuls 14,2 % des UPI étaient inscrites à la taxe professionnelle, 9,8 % à la CNSS, 7,5 % au registre du commerce, et 1,7 % au statut d’autoentrepreneur. L’enregistrement est plus fréquent chez les unités disposant d’un local.
Le commerce et l’industrie affichent les taux d’enregistrement les plus élevés, à l’inverse du BTP, encore largement en dehors du périmètre administratif.
Un secteur largement autofinancé
L’autofinancement est la règle : 72,2 % des UPI ont été créées sur fonds propres, 91 % reposent sur leur propre trésorerie pour fonctionner. Le recours au crédit bancaire reste rarissime : 1,1 % pour la création, 0,3 % pour l’exploitation.
Moins de 2,1 % des chefs d’UPI disposent d’un compte bancaire dédié. Les freins évoqués sont le refus d’endettement (56,6 %), le manque de besoin (11 %), l’absence de garanties (20 %) et le statut juridique (2,6 %).
Des dynamiques d’approvisionnement et de consommation en recomposition
En 2023, 57 % des approvisionnements du secteur informel provenaient d’autres unités informelles, contre 70,9 % en 2014. Le recours au secteur formel a presque doublé (33,7 % contre 18,2 % en 2014).
À l’inverse, 79,5 % de la production informelle est destinée à la consommation des ménages (contre 77,8 % en 2014). Les ventes au secteur formel sont passées de 0,5 % à 2,4 %, tandis que celles destinées au secteur informel reculent (de 21,3 % à 17,7 %).
Profils des chefs d’UPI : vieillissement et meilleure scolarisation
L’âge moyen des chefs d’UPI est passé de 42,5 à 45 ans, avec une baisse des sans niveau scolaire (de 34,3 % à 18,6 %) et une hausse de ceux ayant atteint le secondaire (de 28,8 % à 40,5 %).
La présence féminine reste faible, et même en recul : de 8,8 % à 7,6 % entre 2014 et 2023. Elles sont plus nombreuses à agir par nécessité (71,9 %) que les hommes (65,1 %), et subissent davantage la charge familiale (30 % contre 8,1 %).
Une activité d’abord motivée par la nécessité économique
La création d’UPI est principalement dictée par des besoins économiques (68,3 %). Une minorité le fait par choix ou tradition (31,7 %). Avant leur création, 78,8 % des chefs étaient déjà actifs, surtout dans le BTP (81,4 %). Notons que 60 % des chefs étaient salariés auparavant.
Méthodologie de l’enquête : terrain long et échantillon large
Réalisée entre avril 2023 et mars 2024, l’enquête s’appuie sur un échantillon de 12.391 unités. L’approche a consisté en deux phases : repérage via l’enquête emploi, puis enquête directe sur les unités identifiées. Seules les unités non agricoles et non comptabilisées officiellement ont été incluses.
Les activités illégales ou volontairement non déclarées ont été exclues de cette enquête, qui cherche à saisir la part "non observée" de l’économie sans verser dans l’illégalité ou l’évitement fiscal intentionnel.