Sijilmassa : nouvelles découvertes archéologiques et projet de valorisation à Rissani

Sijilmassa : nouvelles découvertes archéologiques et projet de valorisation à Rissani

’’Les récentes fouilles à Sihilmassa confirment son rôle stratégique en tant que point de rencontre des civilisations africaines, orientales et européennes. La ville fut non seulement un centre d’échange commercial, mais aussi un foyer de rayonnement culturel, religieux et architectural’’ ( Abdeljalil Bouzouggar)

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Une série de fouilles archéologiques menées à Sijilmassa a permis de dévoiler des vestiges inédits témoignant de l’importance historique de cette cité médiévale du sud-est marocain. Ces résultats ont été présentés lors d’un colloque à Rissani, lors du lancement d’un projet de valorisation ambitieux pour préserver et redonner vie à ce site emblématique.

Des découvertes majeures au cœur de Sijilmassa

Vendredi 11 juillet 2025, le centre culturel de Rissani a accueilli la présentation des résultats de nouvelles fouilles archéologiques sur le site de Sijilmassa, menées par une équipe de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP). Ce travail scientifique, conduit durant l’année 2024-2025, a révélé une série de vestiges d’une grande portée historique, notamment les premières traces bien structurées d’un quartier résidentiel, des éléments architecturaux majeurs, des dépendances de la grande mosquée, et une porte monumentale flanquée de deux tours.

Parmi les découvertes notables figurent également les restes d’un atelier monétaire, mis au jour pour la première fois sur le site, attestant de la production de pièces de monnaie à Sijilmassa. Ces trouvailles, ainsi que des fragments de bois peints issus de l’ancienne mosquée alaouite, renforcent l’hypothèse d’une organisation économique et urbaine complexe, à la croisée des échanges commerciaux transsahariens.

L’enseignante-chercheuse Asmae El Kacimi, membre de l’équipe de l’INSAP, a souligné le recours aux technologies de pointe pour ces recherches, notamment la modélisation 3D et le balayage aérien de haute précision, qui ont permis de documenter les découvertes avec une grande rigueur scientifique.

Une lecture renouvelée d’un site emblématique

Les nouvelles recherches viennent compléter les campagnes archéologiques initiées dès 1971. Le chercheur Lahcen Taouchikht a retracé les principales étapes de l’exploration du site, mettant en perspective les dernières trouvailles qui permettent d’éclairer davantage l’organisation politique et sociale de cette cité caravanière fondée au VIIIe siècle.

Sijilmassa, véritable trait d’union entre l’Afrique subsaharienne, le Maghreb et l’Orient, fut pendant plusieurs siècles un centre marchand majeur, au cœur des routes transsahariennes de l’or, des esclaves et du sel. Son déclin progressif à partir du XVe siècle n’a cependant pas effacé son importance dans la mémoire collective ni dans le patrimoine archéologique marocain.

Un projet de sauvegarde à grande échelle

En marge du colloque, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a officiellement lancé un projet de sauvegarde et de valorisation du site de Sijilmassa. Doté d’une enveloppe budgétaire de 245,5 millions de dirhams, ce projet vise à protéger le site, à le documenter de manière systématique et à en faire un pôle de rayonnement culturel et scientifique.

Il prévoit notamment la création d’un parc archéologique, la construction d’un musée, l’installation d’une charpente protectrice contre les aléas climatiques, un centre d’analyse des recherches, ainsi qu’une clôture sécurisant une superficie de plus de 70 hectares. Cette initiative devrait également favoriser l’émergence d’un tourisme culturel et archéologique dans la région de Drâa-Tafilalet.

Pour M. Bensaid, cette opération s’inscrit dans une stratégie nationale de valorisation du patrimoine, appuyée par une dynamique ministérielle forte. L’objectif est de concilier mémoire historique, développement territorial et attractivité touristique.

Un carrefour de civilisations à redécouvrir

Le directeur de l’INSAP, Abdeljalil Bouzouggar, a rappelé l’importance scientifique et patrimoniale de Sijilmassa, affirmant que les récentes fouilles confirment son rôle stratégique en tant que point de rencontre des civilisations africaines, orientales et européennes. La ville fut non seulement un centre d’échange commercial, mais aussi un foyer de rayonnement culturel, religieux et architectural.

Les recherches en cours et à venir ambitionnent de mieux comprendre la structure urbaine de la cité, ses dynamiques économiques et ses systèmes de gouvernance. En redonnant une visibilité à cette richesse enfouie, le projet entend reconnecter la population locale et les visiteurs avec une histoire plurielle, souvent méconnue.

Vers une revalorisation du patrimoine marocain

Au-delà de Sijilmassa, ce projet symbolise une prise de conscience plus large de l’importance du patrimoine archéologique dans le développement durable des territoires. En combinant recherche scientifique, action publique et transmission culturelle, l’initiative de Rissani s’inscrit dans une volonté de refonder le lien entre mémoire et avenir.

Les efforts conjoints du ministère, des institutions scientifiques et des collectivités locales permettent aujourd’hui d’espérer une meilleure conservation du site et une transmission active de son héritage. À terme, Sijilmassa pourrait retrouver une place centrale dans la cartographie culturelle du Maroc, à la mesure de son histoire millénaire.

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