Gouvernement politique fort et stabilité sociale

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A. Benkirane et S. El Othmani, l’ancien et l’actuel chef du gouvernement islamistes : Le PJD ou le mythe de la paix sociale

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Comme attendu, le discours du Trône a englobé les trois dimensions de l’actualité brûlante : sanitaire, socio-économique et droit-hommiste. 

On s’attendait aussi à ce le discours royal fasse allusion aux échéances électorales. Il ne l’a pas fait et cela s’explique aisément par l’importance du défi sanitaire et ses conséquences socio-économiques qui éclipsent tous les autres sujets. Néanmoins, la grâce royale au profit d’un important groupe d’activistes du hirak rifain indique que l’approche ne sera pas uniquement technique mais comportera une bonne partie des intrants nécessaires au contentement sociétal. 

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est la forte présence de la dimension économique (120 milliards de dhs pour la relance), et l’invite audacieuse à assurer, d’ici 2026, la protection sociale à l’ensemble des citoyens, le Roi ayant particulièrement insisté dans ce cadre sur la mise ne place du registre social unique. 

Certes, aucun gouvernement n’est en mesure de réunir une somme aussi colossale pour l’investissement et la relance de l’économie nationale en une année voire deux. De même qu’il est certain que la protection sociale pour tous les Marocains est une énorme aspiration qui nécessite la concentration de l’attention et des efforts sur la question ainsi qu’une forte capacité de coordination des programmes qu’elle implique. Et on peut d’ores et déjà avancer qu’il ne sera facile à aucun gouvernement à venir d’assumer le coût de ces réformes s’il n’est pas formé d’une équipe à la fois politique, solide et cohérente. 

Même au temps de Benkirane

Depuis longtemps, deux approches se sont disputées les faveurs de la décision. La première tablait sur la consolidation des équilibres macro-économiques et financiers sous prétexte que les problèmes de la société (chômage, revenus) trouveront leur solution dans une économie compétitive forte. Son argumentaire se fonde sur l’axiome qui veut qu’un fort taux de croissance profitera à toutes les couches sociales. En face, la thèse portée par les forces démocratiques considérait que le challenge doit se concentrer sur le social avançant que plus une richesse se répartissait sur le plus grand nombre plus se renforcerait le pouvoir d’achat entrainant dans son sillage l’augmentation de la demande sur le produit national qui à son tour dynamise l’entreprise. 

Pendant un demi-siècle, la confrontation entre les deux approches a occupé le Maroc avec un avantage pour la thèse qui plaidait pour le renforcement de l’entreprise et la promotion de l’économie, n’accordant qu’un faible intérêt à la question sociale. Même sous le gouvernement Benkirane, pas grand-chose n’a changé dans cette situation si ce n’est une action limitée en direction de quelques catégories précaires telles les veuves et les divorcées. 

Ce n’est qu’après l’écartement de Benkirane et le déclenchement du hirak dans le Rif et dans d’autres régions exclues du champ du développement que la perception de l’Etat a commencé à évoluer pour mettre le social au cœur de son intérêt. C’est dans ce contexte que le Roi a critiqué dans des termes sévères les causes qui font que les retombées du développement n’intègrent pas les pauvres. Il a par la suite évoqué la richesse immatérielle pour finir en s’interrogeant clairement sur ce qui advient des richesses du pays. Le Souverain ne s’est pas contenté de ces critiques mais a orienté le gouvernement sur la nécessité de revoir les programmes sociaux et d’en corriger les dysfonctionnements. Et c’est enfin que le registre social unique est devenu une question stratégique pour l’Etat, cependant que les partis se satisfaisaient en le réduisant à simple polémique électorale. 

Du rôle de l’Etat

Toutefois et quel que soit l’effort de l’Etat pour la priorisation du social, les dimensions économiques et sociologiques de la lutte sur la richesse ne mettra pas le Maroc à l’abri des dynamiques renouvelées entre ceux qui veulent que l’argent public aille au renforcement de leurs positions économiques et ceux qui ne sont pas dans la capacité d’enclencher des dynamiques de protestation  en raison de la situation critique que traverse le pays. 

En attendant la clarification de ce sourd duel entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, il faut garder à l’esprit que la réorientation de l’intérêt du gouvernement vers le social exige deux conditions principales : 

Un ; un gouvernement fort, capable de s’insérer dans la construction d’une économie compétitive et solide, et en même temps en mesure de dialoguer avec la société afin de la convaincre du sérieux des réformes et de la nécessité de son adhésion à la paix sociale. 

Deux ; un Etat qui s’en tient à sa position de garant de la priorité sociale même si les conditions socio-économiques venaient à changer et que s’allège la pression sociale suite à une possible amélioration de la situation actuelle. 

Comme le rappelait le penseur algérien Malek Bennabi, l’Etat n’est qu’un outil social qui traduit l’état des dynamiques de la société et de ses élites. Dans le meilleur des cas, son rôle consiste à influer sur le cours des choses en usant de ses prérogatives « naturelles » de gestionnaire et de régulateur des équilibres sociétaux et nationaux. Ainsi appréhendée, la mission de l’Etat remet inévitablement la question politique sur la table. Celle-ci (la question politique) induit la nécessité d’un gouvernement politique suffisamment fort pour accompagner la demande du Roi, le soutenir contre les élites enracinées et le conforter dans le maintien de la stabilité sociale, la relance de l’économie et la mise en place des conditions nécessaires à une vie digne pour les citoyens.     

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