Mohamed Yatim en réponse, au nom du PJD, à Mustapha Sehimi : Nominations de l’ANRE, et logique partisane

5437685854_d630fceaff_b-

Mohamed Yatim, ancien ministre et membre de Secrétariat général du PJD et Mustapha Sehimi, professeur de droit et politologue

7569
Partager :

Mohamed Yatim, membre du Secrétariat général du PJD, ancien ministre de l’emploi, a pris sa plume pour répondre à l’article de Mustapha Sehimi sur les nominations de trois membres de l’Autorité Nationale de la Régulation de l’Electricité par le chef de gouvernement. Le lecteur trouvera dans ce lien (ANRE : le droit... mais sans éthique ?) l’article objet de la contestation ainsi qu’à la fin de cette réaction de M Yatim, la réponse de notre chroniqueur.

La pratique démocratique ne peut exister sans opinion publique, émanant principalement des médias, des journalistes, des influenceurs, des centres de recherche, des universitaires et autres intervenants. 

Aussi, il est indispensable aux acteurs politiques et aux décideurs d’écouter des voix indépendantes, non impliquées directement dans la gestion politique courante, et qui abordent, autant que possible, la chose publique avec une approche neutre et objective, même avec une posture critique. 

Ainsi, les acteurs politiques, qui ont à leur charge la gestion des affaires publiques, devraient considérer positivement le rôle que jouent les intervenants qui animent le débat public et participent à former l’opinion publique.

D’autre part, il est tout à fait légitime et compréhensible, que ces faiseurs d’opinion, chercheurs ou institutions, aient leurs propres convictions politiques ou penchants idéologiques, et il est naturel que ces particularités se reflètent dans leurs analyses et interprétations, mais en dépit de tout cela, les contributions de ces intervenants restent utiles, et enrichissantes pour le débat public.

Cependant, quelle que soit la diversité des lectures et des interprétations, et quelles que soient leurs références intellectuelles et idéologiques, toutes ces contributions doivent respecter une condition de base. Cela concerne le caractère sacré de l’information qui doit être préservé, avant toute interprétation, lecture ou analyse.

Il est fait ici référence à un récent article de Monsieur Mustapha SEHIMI, Professeur de droit et politologue, et qui est connu par ses nombreuses contributions dans le débat public. 

Il s’agit d’un article ayant pour titre « ANRE : Le droit… Mais sans éthique », publié dans le site électronique « Quid.ma », qui se définit comme un espace pluriel, et engagé à être honnête, en séparant clairement l’information du commentaire. 

Ce contexte encourage la discussion de ce qui a été avancé dans l'article susmentionné, sans que cela ne représente aucun manque de respect au site ou à l’auteur de l’article.

Ainsi, en rapport avec cet article, les observations suivantes peuvent être faites :

1-Nous ne pouvons qu’être en phase avec ce qui a été dit dans l'article précité, et qui rejette que les nominations à l'ANRE soient sur la base de décisions partisanes, alors que le critère principal doit être la compétence et la qualification. 

En effet, la logique partisane ne doit pas prévaloir sur l’expertise et la compétence, car ceci nuit au bon fonctionnement et à la crédibilité de telles institutions, et compromet les normes fondatrices de la démocratie, qui exigent tolérance et coexistence mutuelle, comme l’a souligné l'auteur de l'article.

Cependant, cela ne devrait pas signifier l’interdiction ou la criminalisation de la nomination de compétences nationales à des postes de responsabilité, à cause de leur simple appartenance politique. Ceci contribuerait à affaiblir les institutions de la vie politique, et risquerait de faire fuir de nos partis politiques, les cadres supérieurs et les compétences nationales, alors que nos partis, et notre vie politique, en ont tant besoin.

2-D’autre part, nous ne pouvons qu’être en désaccord avec l’article, lorsqu'il place la nomination par le Chef du Gouvernement de trois membres, dans le même lot avec les nominations effectuées par les présidents des deux chambres au Parlement, et prétend que les trois membres nommés par le Chef du Gouvernement sont membres du PJD.

Nous ignorons sur quelle base ces trois personnes ont été qualifiées de membres du PJD, alors que ceux-ci ne le sont pas, ni de près ni de loin.

Il faut souligner que le Chef du Gouvernement s’est astreint, de son propre gré, à solliciter des propositions de profils en consultant plusieurs départements gouvernementaux concernés par ses trois nominations, afin d’élargir le choix des candidats potentiels, sans aucune logique partisane, aussi bien au moment de la consultation, que lors de la sélection.D’ailleurs, la biographie des trois membres nommés par le Chef du Gouvernement, met en évidence que leurs compétences et leurs expériences répondent aux exigences et critères demandées, ce que d’ailleurs l'auteur concède dans son article, avant de prétendre, à tort, leur appartenance au PJD, et ce, en l’absence de toute information véridique ou preuve.

Si un membre du parti était nommé à une responsabilité publique, ce ne serait que dans le plein respect des exigences légales et éthiques, et ce ne serait que sur la base de la compétence, et non pas sur la base d’un quelconque clientélisme ou loyauté envers le parti. 

Le PJD participe dans la gestion des affaires publiques depuis près de neuf ans, et son expérience dans les nominations opérées tout au long de cette période, témoigne de son respect de ce principe et de cette ligne directrice.

La réponse de Mustpha Sehimi : Mauvais plaidoyer, mauvais terrain...

C’est finalement Mohamed Yatim, pratiquement en service commandé, qui - à son corps défendant- se dévoue et signe la mise au point relative à ma chronique : "ANRE : le droit… sans éthique». Deux autres membres de la direction du PJD, Lahcen Daoudi et Mostafa Ramid ont tenté de me contacter à ce sujet - sans réponse de ma part... J'ai fait savoir que la formation islamiste avait tout loisir de réagir par écrit dans Quid. ma, son responsable Naïm Kamal étant disposé à mettre en ligne toute réponse, conformément à la ligne éditoriale de ce site depuis sa création. 

Cela dit, sur quoi porte la correspondance de l'ancien ministre PJD ? Il parle d'éthique. Une assertion qui prête à sourire : Son parti s'est-il vraiment distingué depuis près de neuf ans par un attachement sourcilleux quant aux principes de l'éthique qui doivent présider au déploiement de la gouvernance des politiques publiques et à la nomination de ceux qui sont nommés et chargés de leur mise en œuvre. Sans reprendre les dénonciations et les imprécations des partis d'opposition, force est de faire ce constat : dans le bon millier des nominations intervenues, au fil des ans, le paramètre partisan n’a-t-il pas pesé de tout son poids ? 

Dans ce "marché", le PJD n’a pas été le moins loti : tant s’en faut.  Soit par touches successives, soit de manière abrupte, des ministres de ce parti ont prétendu activer la circulation de certaines élites de l'administration- et même de la technostructure - pour promouvoir des profils de leur bord. Ce fait est établi : une monographie fine de tous ses mouvements – un spoil system - arriverait à des conclusions de même nature.

Pour revenir aux trois membres de l'ANRE nommés per l'actuel Chef du gouvernement, ils ne seraient donc pas PJD, argue Mohamed Yatim. C’est pour le moins sujet à caution. L’un, avocat estimable au parcours partisan, « tout terrain », quelque peu erratique donc, s’est fait depuis des années porte-voix de la formation islamiste, découplant et fructifiant  ainsi, désormais, une proximité avec Mostafa Ramid. Les deux autres sont-ils, eux, étrangers à, ce même parti ?  L’un d’entre eux a été « cabinard » dans un département de ce parti. Ne relèvent ils pas de cette catégorie des crypto -PJD", ne s'affichant pas mais présents et actifs dans les arrière-cours ?

Enfin, cette observation de fond : Saâdeddine E1 Othmani a-t-il pris langue avec les départements concernés, pour les consulter et sélectionner les trois membres qu'il a nommés ? Personne ne le soutient tant il est vrai que des ministères dirigés par d'autres partis ont été mis devant le fait accompli par le décret N° 2.20 -564 signé par le Chef du gouvernement bulletin officiel N°6907. 

Rien d'étonnant, en dernière analyse : Le Chef de l'exécutif n'a pas un goût marqué pour la concertation avec ses alliés – on le sait - la majorité plurielle n’arrivant même plus à se réunir ; c’est là sans doute un ressort et une pesanteur culturelle relevant de la comptabilité « frériste » ; enfin son clientélisme et son sectarisme ne peuvent que nourrir les mêmes travers chez deux de ses alliés. Si bien que trois membres de 1'USFP et trois autres du PAM ayant été nommés, eux aussi, membres de 1'ANRE. Qui peut alors parler d’éthique ? Plutôt une logique partisane, non ?

Mauvais plaidoyer que celui de Mohamed Yatim, mauvais terrain aussi…

lire aussi