Santé
Aladin et la pompe magique - Par Dr Anwar CHERKAOUI
Pour les enfants tous les rêves sont possibles, c’est leur réalisation qui pose problème
En 2025, Nadir, un jeune garçon marocain atteint de diabète, rêve d'un avenir où les enfants comme lui n'auraient plus à souffrir des piqûres quotidiennes d'insuline. Ce conte de faits du Dr Anwar Cherkaoui, à la fois rêveur et lucide, met en lumière les défis auxquels sont confrontés les enfants diabétiques au Maroc et plaide pour un accès équitable aux traitements.
Par Dr Anwar Cherkaoui - Médecin, expert en communication médicale et journalisme de santé

Il était une fois, dans une ville marocaine, en 2025, où les rêves peinaient à éclore, un petit garçon nommé, on va dire, Nadir.
Il avait les yeux doux des enfants qui en savent déjà trop.
À peine né, son destin s’était attaché à un compagnon capricieux et imprévisible : le diabète.
Chaque jour, Nadir vivait sous la loi des aiguilles.
On le piquait le matin.
Puis encore à midi.
Puis le soir.
Puis la nuit, parfois.
Son petit ventre, ses bras frêles, ses cuisses rondes d’enfant devenaient des terrains de jeu pour ces seringues venues, disait-on, le maintenir en vie.
Il ne pleurait presque plus.
Il regardait le monde avec cette sagesse résiliente que seuls les enfants blessés possèdent.
Il n’y en avait pas moins des soupirs dans ses silences résignées.
— Pourquoi moi ? demandait-il parfois à sa maman, dans un souffle nocturne.
Elle lui caressait les cheveux, le serrait contre elle, et lui parlait de fusées, de planètes lointaines, de Jules Verne et de machines extraordinaires, d’Aldin et de sa lampe merveilleuse, du Petit Prince et de sa rose exquise.
Elle lui chantait des chansons d’espoir, comme dans les contes de Chantal Goya ou Ba Hamdoun, où les enfants finissent toujours par triompher du mal.
Un jour, le médecin de Nadir, un monsieur d’un certain âge, au regard lumineux, entra dans la chambre avec un drôle d’appareil dans les mains.
— C’est une pompe, dit-il. Une pompe à insuline.
Elle ne piquait pas.
Elle délivrait le médicament sans violence, sans surprise.
Elle se glissait à la ceinture de Nadir comme une complice, une fée électronique, une amie fidèle.
— Elle saura quand ton corps a besoin d’insuline.
— Elle me parlera ? demanda Nadir, curieux.
— Pas avec des mots. Mais elle écoutera ton corps.
Elle le comprendra.
C’était une révolution.
Pour la première fois, Nadir put courir, rire, manger une part de gâteau d’anniversaire sans que le spectre de l’aiguille plane au-dessus de lui.
Il se sentait libre. Protégé. Presque invincible.
Mais la pompe avait un prix.
Quarante mille dirhams pour la pompe elle-même. Et chaque mois, mille dirhams pour ses petits composants, ses réservoirs, ses cathéters, ses pansements magiques.
Pour les enfants des pays lointains, là où les contes s’écrivent avec des dettes et des sacrifices, ce trésor technologique devenait un privilège.
Une étoile trop lointaine.
Nadir écoutait.
Il comprenait.
Il n’avait pas encore sept ans, mais il savait ce que coûtait la survie.
Un soir, il regarda sa maman et murmura :
— Et si je devenais un inventeur, moi aussi ?
— Tu veux inventer quoi, mon cœur ?
— Une pompe... gratuite.
Pour tous les enfants. Même ceux qui ne peuvent pas rêver. Surtout pour ceux qui ne peuvent pas rêver
Elle pleura.
Pas de douleur cette fois. Mais d’émotion. Et d’espoir.
Peut-être qu’enfin, à peine sept ans, Nadir avait déjà trouvé sa voie.
Il sera poète de la science. Ingénieur de la tendresse. Inventeur de justice.
Et peut-être qu’un jour, grâce à lui, les enfants n’auraient plus besoin de choisir entre la santé et l’espoir.
En 2025, sous le règne de Mohammed VI et son projet royal de couverture sanitaire de tous les Marocains, le rêve de Nadir pourrait trouver sa voie à la réalisation !
Postscriptum : Des milliers d’enfants diabétiques marocains vivent avec plusieurs injections quotidiennes d’insuline à vie.
Leur vie pourrait nettement être améliorée grâce aux pompes d’insuline.
Hélas, inaccessibles. Coût très élevé, 40 000 à 60 000 dh. Avec un consommable mensuel de 1000 dh.
Ce qui enfonce davantage la plaie : Pas de remboursement par les mutuelles et les assurances.
Cette histoire est un plaidoyer pour améliorer le vécu quotidien de ces milliers d’enfants diabétiques marocains.