Substitution médicamenteuse : jusqu’où peut aller le pharmacien ? – Par Dr Anwar Cherkaoui

Substitution médicamenteuse : jusqu’où peut aller le pharmacien ? – Par Dr Anwar Cherkaoui

La substitution médicamenteuse consiste, pour le pharmacien, à délivrer un médicament différent de celui inscrit sur l’ordonnance, tout en conservant la même substance active, la même dose et la même indication thérapeutique, sauf su comme dans de nombreux pays, le médecin s’opposer à la substitution en mentionnant explicitement sur l’ordonnance la formule « non substituable »

1
Partager :

La proposition d’élargir le droit de substitution médicamenteuse par les pharmaciens relance le débat sur l’équilibre des responsabilités dans le système de santé. Entre impératifs économiques, accès aux traitements et sécurité des patients, la question soulève des enjeux médicaux et juridiques majeurs. Dans cette analyse, le Dr Anwar Cherkaoui rappelle que si la substitution de génériques peut améliorer l’accès aux soins, elle doit rester strictement encadrée afin de préserver le rôle central du médecin dans la prescription et garantir la sécurité thérapeutique.

Dr Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et journalisme de santé

 Le conseil de la concurrence propose, le droit de substitution par le pharmacien d’un médicament prescrit par le médecin, par un autre médicament. Le conseil de la concurrence va encore plus loin, il donne le droit au pharmacien de rajouter un autre médicament en dehors de l’ordonnance médicale.  Éclairage.

Dans la plupart des systèmes de santé, la responsabilité de la prescription appartient au médecin, tandis que le pharmacien est responsable de la délivrance correcte du médicament.

Dans les systèmes de santé modernes, la question de la substitution des médicaments par le pharmacien revient régulièrement dans le débat médical. Entre impératifs économiques, accessibilité des traitements et sécurité des patients, l’équilibre est délicat. Car si le pharmacien joue un rôle essentiel dans la chaîne du soin, la prescription médicale demeure un acte clinique qui engage la responsabilité du médecin.

La substitution médicamenteuse consiste, pour le pharmacien, à délivrer un médicament différent de celui inscrit sur l’ordonnance, tout en conservant la même substance active, la même dose et la même indication thérapeutique.  Cette pratique est généralement associée à l’utilisation des médicaments génériques. Elle est encouragée dans de nombreux pays afin de réduire le coût des traitements et de faciliter l’accès aux soins.

L’Organisation mondiale de la santé considère que l’utilisation des médicaments génériques constitue un levier important pour améliorer l’accès aux médicaments essentiels. Mais cette substitution n’est acceptable que dans un cadre réglementaire strict.

Selon les recommandations internationales, plusieurs règles fondamentales doivent être respectées. Le médicament substitué doit contenir la même molécule active que celui prescrit, présenter la même concentration et posséder une bioéquivalence démontrée. Il doit également appartenir à une catégorie thérapeutique reconnue et être autorisé par l’autorité nationale du médicament.

Dans de nombreux pays, le médecin peut aussi s’opposer à la substitution en mentionnant explicitement sur l’ordonnance la formule « non substituable ». Cette mention signifie que le traitement prescrit répond à une situation clinique particulière, dans laquelle toute modification pourrait altérer l’efficacité ou la tolérance du médicament.

Car tous les médicaments ne se prêtent pas à la substitution. Certaines classes thérapeutiques sont particulièrement sensibles. C’est le cas de certains traitements de l’épilepsie, des hormones thyroïdiennes, des immunosuppresseurs utilisés après transplantation ou encore de certains anticoagulants.

Dans ces situations, une modification apparemment minime peut entraîner des conséquences cliniques importantes. La question devient encore plus délicate lorsque la substitution est mal réalisée. Une fausse substitution peut conduire à des erreurs de dosage, à des interactions médicamenteuses inattendues ou à une inefficacité thérapeutique.

Dans les pathologies chroniques ou les maladies graves, ces erreurs peuvent compromettre l’équilibre clinique du patient. Les risques ne sont pas seulement médicaux.  Ils sont aussi juridiques.

Dans la plupart des systèmes de santé, la responsabilité de la prescription appartient au médecin, tandis que le pharmacien est responsable de la délivrance correcte du médicament.  Si un médicament est substitué de manière inappropriée, la responsabilité professionnelle peut être engagée.

Une autre question suscite parfois des interrogations dans l’opinion publique : un pharmacien peut-il ajouter un médicament qui ne figure pas sur l’ordonnance ?

Les organismes internationaux de santé, y compris l’Organisation mondiale de la santé, ne reconnaissent pas au pharmacien le droit d’ajouter un médicament à une prescription médicale sans justification réglementaire claire.

La délivrance d’un médicament supplémentaire en dehors de l’ordonnance est généralement considérée comme un acte qui relève de la prescription médicale.

Il existe toutefois des exceptions limitées dans certains pays, notamment pour des médicaments disponibles sans ordonnance ou dans des protocoles spécifiques de santé publique.

Mais ces situations restent encadrées par des règles précises et ne peuvent en aucun cas se substituer au rôle du médecin. Dans les systèmes de santé bien organisés, la relation entre médecin et pharmacien repose sur la complémentarité et non sur la concurrence.

Le médecin établit le diagnostic et définit la stratégie thérapeutique. Le pharmacien assure la dispensation correcte du traitement, vérifie les interactions éventuelles et conseille le patient sur l’utilisation du médicament.

À l’heure où les systèmes de santé cherchent à améliorer l’accès aux traitements tout en maîtrisant les dépenses, la substitution médicamenteuse peut être un outil utile. Mais elle ne doit jamais devenir un automatisme commercial ou administratif. Car derrière chaque ordonnance, il y a une décision clinique, une responsabilité médicale et, surtout, la sécurité d’un patient.

NDLR : Au Maroc, il n’est pas rare que le pharmacien, voir un préposé à la pharmacie, se transforme en prescripteur et délivre sans ordonnance des médicaments

lire aussi