Santé
Tuberculose : une bataille multisectorielle qui dépasse le département de la santé - Par Dr Anwar Cherkaoui
La tuberculose est souvent décrite comme la maladie de la pauvreté. Elle se transmet dans les espaces confinés et mal ventilés. Les quartiers surpeuplés, les habitations insalubres et les logements précaires constituent un terrain idéal pour la propagation du bacille. Et prospère par la difficulté d’accès aux soins
Malgré l’existence de traitements efficaces, la tuberculose demeure un défi majeur de santé publique, profondément lié aux inégalités sociales, aux conditions de vie et aux politiques publiques. Au Maroc, comme ailleurs, sa progression ne pourra être contenue sans une mobilisation élargie dépassant le seul secteur de la santé, impliquant logement, éducation, travail, action sociale et gouvernance territoriale.

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication et journalisme de santé
Ce gouvernement comme le prochain doivent être conscients que la lutte contre la tuberculose est multisectorielle. Dans le cas contraire la progression de la tuberculose au Maroc ne pourra que s’aggraver avec le temps.
Selon Organisation mondiale de la santé, la tuberculose demeure l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde, malgré l’existence de traitements efficaces. Car, la tuberculose se développe à l’intersection de plusieurs crises : crise sociale, crise du logement, crise de la pauvreté.
La tuberculose n’est pas seulement une maladie. C’est un révélateur.
Un révélateur des inégalités sociales, des failles de l’habitat, des fragilités économiques et des insuffisances des politiques publiques.
Partout dans le monde, les experts de santé publique le rappellent avec insistance : la lutte contre la tuberculose ne peut pas être menée par les seuls ministères de la santé. Elle exige une mobilisation beaucoup plus large, impliquant plusieurs départements, mais aussi la société civile et les acteurs économiques.
Les grandes institutions internationales l’ont clairement affirmé. Pour l’Organisation mondiale de la santé ( OMS), la lutte contre la tuberculose nécessite une approche multisectorielle, tant la maladie prospère précisément là où les déterminants sociaux de la santé sont fragiles : pauvreté, malnutrition, logements insalubres, promiscuité, travail précaire et accès limité aux soins.
La même vision est défendue par Organisation des Nations unies et The Global Fund to Fight AIDS, Tuberculosis and Malaria, qui insistent sur une évidence : si la tuberculose est traitée par des médicaments, elle est nourrie par des conditions de vie.
Autrement dit, la bataille se joue autant dans les politiques sociales que dans les programmes du ministère de la Santé et dans les centres de soins et hôpitaux.
Le ministère de l’habitat : première ligne invisible
La tuberculose se transmet dans les espaces confinés et mal ventilés. Les quartiers surpeuplés, les habitations insalubres et les logements précaires constituent un terrain idéal pour la propagation du bacille.
Les politiques de logement, de rénovation urbaine et d’amélioration de l’habitat deviennent donc des outils indirects mais puissants de prévention. Aérer les logements, réduire la promiscuité et lutter contre les bidonvilles peuvent avoir un impact sanitaire aussi déterminant que certaines interventions médicales.
Les départements des affaires sociales : combattre la pauvreté
La tuberculose est souvent décrite comme la maladie de la pauvreté. Les patients les plus exposés sont aussi ceux qui rencontrent le plus d’obstacles pour accéder aux soins, suivre un traitement long ou maintenir une alimentation adéquate.
Les programmes d’aide sociale, les dispositifs de protection des populations vulnérables et les politiques de lutte contre la précarité jouent un rôle central pour réduire l’incidence de la maladie.
Le ministère en charge du travail : protéger les travailleurs
Certains milieux professionnels présentent des risques plus élevés : mines, chantiers, usines surpeuplées, prisons, structures d’accueil collectives. Les politiques de santé au travail, les contrôles sanitaires et la protection sociale des travailleurs peuvent limiter considérablement la propagation de la maladie.
Les experts internationaux soulignent également l’importance de garantir aux malades la possibilité de suivre leur traitement sans craindre de perdre leur emploi.
Le ministère de l’éducation : briser l’ignorance
La tuberculose reste entourée de peur, de stigmatisation et de nombreuses idées fausses.
L’école joue un rôle fondamental dans la diffusion d’une information scientifique claire.
Informer les élèves sur les symptômes, les modes de transmission et l’efficacité des traitements permet de réduire la stigmatisation et d’encourager un dépistage précoce.
Le système pénitentiaire : un front souvent négligé
Les prisons sont reconnues dans le monde entier comme des lieux à haut risque de transmission de la tuberculose en raison de la promiscuité et de la ventilation insuffisante.
Les organismes internationaux appellent les États à intégrer les établissements pénitentiaires dans les stratégies nationales de dépistage et de traitement.
Les collectivités territoriales : la proximité décisive
Les communes et les collectivités locales jouent un rôle clé dans la prévention.
Elles sont souvent les premières à pouvoir identifier les situations de vulnérabilité, soutenir les campagnes de sensibilisation et faciliter l’accès aux services de santé.
Le rôle du secteur privé et de la société civile
Les entreprises, les ONG et les associations communautaires peuvent contribuer à la sensibilisation, au dépistage et au soutien des patients.
Dans de nombreux pays, les campagnes de lutte contre la tuberculose ont gagné en efficacité lorsque les acteurs communautaires ont été mobilisés pour accompagner les malades dans l’observance du traitement.
Partant ce ces constats, les institutions internationales insistent aujourd’hui sur une gouvernance élargie, impliquant l’ensemble des politiques publiques. La lutte contre la tuberculose ne peut être gagnée uniquement avec des antibiotiques. Mais aussi avec une société plus juste.