Santé
Campagne, hôpitaux, coordination : ce que le Maroc doit changer face à l’AVC pour sauver des vies - Par Dr Anwar Cherkaoui
Dans les pays qui ont fait de l’AVC une priorité nationale, chaque patient peut être thrombolysé dans les 90 minutes après les premiers symptômes.
Chaque 29 octobre, le monde entier se mobilise pour sensibiliser à l’Accident Vasculaire Cérébral (AVC), mais au Maroc, la réalité dépasse le symbole. Face à une affection où chaque minute perdue équivaut à des millions de neurones détruits, la lenteur du système de prise en charge reste un drame silencieux. Dans cette tribune, le Dr Anwar Cherkaoui alerte : une circulaire ministérielle ne sauvera personne sans une stratégie nationale, des unités AVC opérationnelles, une coordination efficace et une véritable culture d’urgence.

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
29 octobre de chaque année. La communauté internationale, célèbre chaque 29 octobre, la journée mondiale de l’accident vasculaire cérébral. Mais le combat est celui de tous les jours. Et il est urgent d'agir sur le terrain.
Pourquoi ? Perce qu’une circulaire et un communiqué de presse, sont d’une insuffisance mortelle.
L’Accident Vasculaire Cérébral ( AVC) est l’une des urgences médicales les plus redoutables qui soient.
Il frappe soudainement, laisse souvent des séquelles irréversibles et emporte chaque année des milliers de vies.
Pourtant, au Maroc, la prise en charge de cette pathologie reste encore dramatiquement en retard.
Le ministère de la Santé a récemment diffusé une circulaire exhortant les établissements hospitaliers à mieux s’organiser face à l’AVC.
Le ministère a également distribué un communiqué de presse aux médias
Une démarche administrative louable, mais qui ne peut suffire, mais alors absolument pas, à faire face à l’ampleur de la menace.
Car un document technocratique, envoyé dans le silence froid des bureaux, ne changera pas la réalité du terrain.
Chaque minute perdue lors d’un AVC signifie la mort de deux millions de neurones. Chaque retard donne plus de place au handicap, plus d’emprise à la mort.
Le cerveau n’attend pas.
Le temps, c’est du cerveau. Le temps, c’est la vie.
Dans les pays qui ont fait de l’AVC une priorité nationale, chaque patient peut être thrombolysé dans les 90 minutes après les premiers symptômes.
Et reprendre une existence pleinement autonome.
Au Maroc, beaucoup trop de malades arrivent trop tard.
Entre méconnaissance des signes d’alerte et manque d’organisation urgente, la catastrophe est déjà installée au moment où ils franchissent les portes de l’hôpital.
C’est là que la circulaire montre ses limites.
Ce qu’il faut, ce n’est pas simplement rappeler des consignes génériques ou évoquer des “mises à niveau”.
Ce qu’il faut, c’est un plan opérationnel : des unités AVC fonctionnelles dans toutes les régions, des ambulanciers formés à identifier immédiatement les symptômes, une filière préhospitalière rodée 24h/24, un numéro unique qui fonctionne, des protocoles clairs pour toutes les urgences du pays.
Et surtout, une grande campagne nationale de sensibilisation. Pour la simple et très bonne raison que c’est la population qui détient la première clé du sauvetage.
Reconnaître un AVC, c’est savoir réagir !
Une bouche qui se dévie soudainement, une main qui ne bouge plus, une parole qui se trouble : la réaction doit être immédiate, sans hésitation. Appeler les secours. Agir. Sauver.
Dans d’autres pays, les slogans sont partout, des écoles aux écrans géants des stades. FAST en Europe, 911 Stroke aux États-Unis.
Au Maroc, Rien de tout cela.
Ici, trop de Marocains pensent encore qu’un AVC est une fatalité divine ou une conséquence du destin. Trop de victimes perdent ainsi leur chance de vivre dignement.
Le Maroc a des neurologues compétents, des équipes prêtes à lutter, des médicaments disponibles et remboursés.
Ce qui manque, aujourd’hui, n’est ni la science ni la volonté médicale.
Ce qui manque, c’est l’organisation, la coordination, et la voix forte de la Nation.
L’AVC doit sortir de l’ombre. Il doit devenir une urgence de santé publique avec des moyens dédiés, des objectifs chiffrés et une communication massive.
Une circulaire peut accompagner un mouvement, mais elle ne le déclenche pas.
Elle ne mobilise ni la société ni les premiers intervenants.
Il est temps de donner au Maroc les outils d’une véritable victoire sanitaire.
Parce que chaque vie sauvée représente un combat gagné contre le handicap. Parce que chaque minute compte. Parce qu’un cerveau détruit ne se reconstruit jamais parfaitement.
L’AVC peut frapper tout le monde, à tout moment.
Le pays n’a plus le luxe d’attendre. L’heure est à l’action. Ici et Maintenant.