La science et le foie : une régénération entre mythe et médecine à l’Académie du Royaume

La science et le foie : une régénération entre mythe et médecine à l’Académie du Royaume

Prométhée, pour le vol d’une attribution divine, Zeus demande à Héphaïstos de l’enchaîne sur un rocher du Caucase. Chaque jour, un aigle vient lui dévorer le foie ... Chaque nuit, le foie de Prométhée repousse. La torture de Prométhée paraît donc être infinie, à la hauteur du vol..

1
Partager :

L’Académie du Royaume du Maroc a accueilli, mercredi à Rabat, une conférence passionnante sur la régénération hépatique, mêlant histoire antique, avancées biomédicales et réflexion humaniste. Animée par le professeur Jacques Belghiti, figure éminente de la transplantation hépatique, cette rencontre a également mis en lumière les nouveaux chantiers médicaux de l’Académie dans une perspective intégrative.

Un organe mythique devenu objet de science

C’est en convoquant le mythe de Prométhée que le professeur Jacques Belghiti a entamé sa conférence à l’Académie du Royaume. Dans la tradition grecque, le foie est présenté comme l’organe de la régénération par excellence — une vision qui trouve aujourd’hui un écho dans les découvertes scientifiques modernes. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que la médecine a pu démontrer la capacité du foie à se reconstituer grâce à une prolifération rapide des hépatocytes matures. Une faculté exceptionnelle qui a bouleversé la chirurgie hépatique contemporaine, notamment en matière de greffes partielles et de modulation volumique préopératoire.

Toutefois, cette régénération n’est pas sans limites. Le professeur Belghiti a souligné qu’un excès de prolifération cellulaire peut entraîner des dysfonctionnements hépatiques graves, voire favoriser la formation de cirrhoses. Autrement dit, la capacité de renaissance du foie, si elle ouvre des horizons thérapeutiques, exige une vigilance constante dans son usage médical.

Deux nouvelles structures pour une médecine plus humaine

En ouverture de cette conférence, Abdeljalil Lahjomri, Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, a rappelé l’engagement de l’institution dans l’accompagnement des mutations scientifiques, en particulier dans le domaine médical. Il a notamment annoncé la création de deux nouvelles entités scientifiques : un Institut d’études et de recherches sur les troubles de l’apprentissage, et une Chaire des humanités médicales.

La première structure vise à explorer les mécanismes cognitifs et neurologiques liés aux difficultés d’apprentissage, dans une perspective interdisciplinaire. La seconde ambitionne d’enrichir la formation et la pratique médicale par les sciences humaines et sociales. L’objectif est de remettre l’humain au centre de la médecine, en intégrant les dimensions psychologiques, sociales et existentielles du soin. Une vision élargie qui fait écho aux défis éthiques de la médecine contemporaine.

Pour M. Lahjomri, la médecine ne peut se limiter à la connaissance biomédicale de la pathologie : elle doit aussi reconnaître la souffrance singulière du patient, son vécu, et les contextes qui façonnent sa santé. En cela, les humanités médicales apparaissent comme un levier essentiel de transformation des pratiques cliniques.

Jacques Belghiti : un parcours d’excellence entre le Maroc et la France

Né à Rabat en 1948, le professeur Jacques Chékib Belghiti incarne l’excellence scientifique et l’ouverture internationale. Professeur émérite à l’Université Paris 7, il a dirigé pendant deux décennies le service de chirurgie digestive et de transplantation hépatique de l’Hôpital Beaujon. Spécialiste mondialement reconnu, il a présidé plusieurs sociétés savantes dans son domaine, tout en contribuant à la définition des politiques publiques en santé.

Membre de l’American Surgical Association et du très sélect American College of Surgeons, il a également siégé au conseil scientifique de l’Agence de la biomédecine, avant d’intégrer la Haute Autorité de Santé (HAS) en 2014. Depuis 2017, il est Secrétaire général adjoint de l’Académie Nationale de Médecine en France. Son parcours a été salué par de nombreuses distinctions, dont la Légion d’honneur et l’Ordre national du Mérite.

Sa conférence à Rabat, au-delà des aspects purement scientifiques, illustre l’importance de créer des ponts entre science, éthique, et humanité. Dans un monde médical en constante évolution, la régénération hépatique devient ainsi le symbole d’une médecine appelée à se réinventer sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’homme.

lire aussi