MISE A NIVEAU DE LA SANTE : ET LE SECTEUR PHARMACEUTIQUE ? Par Mustapha SEHIMI

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Quelques indications pour commencer sur la situation de la pharmacie au Maroc : 12.000 officines, 53 unités de distribution pharmaceutique et 45 autres de production assurant une grande partie de la consommation nationale. Un grand acquis alors que tant d'autres pays au Maghreb, dans le continent et dans le monde arabe, accusent encore un déficit notable dans ce domaine. Mais quel est le problème à l'ordre du jour ? Le prix des médicaments lequel est bloqué depuis ... 1997.

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Dans son programme gouvernemental présenté et adopté par la Chambre des représentants, Aziz Akhannouch, chef de l'exécutif désormais investi, a priorisé, entre autres, la mise à niveau de la santé.  Il a ainsi précisé des axes : généralisation de la couverture sociale, investissement dans le personnel soignant et les infrastructures sanitaires, hausse du budget du département, télémédecine, ... Mais pas de référence à une politique du médicament, une composante de la santé. 

Pourtant, il y a beaucoup à faire dans ce domaine comme l'attestent certaines "affaires" ou encore la valse des responsables à la direction de la pharmacie. Pourtant les représentants des pharmaciens avaient sensibilisé la commission Benmoussa en charge du rapport  sur le Nouveau modèle de Développement lors d'une séance en date du 31 mars dernier  associant la Dr. Zniber, présidente du conseil des pharmaciens biologistes, le Dr. Lemrini, président du conseil des pharmaciens fabricants et le Dr. Hamza Guédira, président du Conseil national de l'ordre des pharmaciens. 

Aucune évaluation

Quelques indications pour commencer sur la situation de la pharmacie au Maroc: 12.000 officines, 53 unités de distribution pharmaceutique et 45 autres de production assurant une grande partie de la consommation nationale. Un grand acquis alors que tant d'autres pays au Maghreb, dans le continent et dans le monde arabe, accusent encore un déficit notable dans ce domaine. Quel est le problème à l'ordre du jour ? Le prix des médicaments lequel est bloqué depuis ... 1997. Au cours des années écoulées - surtout avec le Dr. Louardi, alors ministre de la santé - a été mise en œuvre une politique de baisse de quelque 3.000 produits aujourd'hui. Une décision qui a été saluée au départ et qui était justifiée pour les anticancéreux et les antiviraux par trop prohibitifs. Mais quel impact pour les autres médicaments ? Aucune évaluation n'a été faite à ce jour. Ce que l'on sait ? Des centaines de médicaments pas rentables ne sont plus  produits ni commercialisés. Et sur les 12.000 pharmacies, un bon quart d'entre elles est pratiquement en faillite et 7.000 autres accusent des difficultés. 

Pistes de reforme

Le médicament totalise un chiffre d'affaires de l'ordre de 14 milliards de DH - il est de 8 pour les pharmacies d'officine. Au Maroc, la consommation des médicaments est très faible avec seulement 400 DH par an et par personne (une dizaine de boites...). 

Alors qu’est désormais annoncée une profonde réforme du système national de santé, comment mettre à niveau le secteur pharmaceutique et promouvoir ainsi sa contribution ? Les propositions formulées notamment  par le conseil national de l'ordre retiennent l'intérêt : un élargissement et une plus grande spécialisation. Il s'agit d'accentuer la digitalisation et la  numérisation des pharmacies pour améliorer les relations avec les médecins  ainsi qu'avec les caisses de remboursement; d'assurer l'activité télémédecine; de prévoir des actes supplémentaires (suivi des diabétiques et des malades traités pour plusieurs affections dans leur prise de médicaments; de dynamiser l'observatoire d'approvisionnement des médicaments) pour prévenir des pénuries. Il y a bien eu une convention tiers payant de 2016 signée avec les caisses de remboursement mais elle n'a pas donné les résultats escomptés faute d'une digitalisation obligatoire. Les textes relatifs à la profession sont à revoir et à actualiser, en particulier la loi 17-04. Le monopole pharmaceutique doit être mieux défini en incluant la dispensation des médicaments à usage vétérinaire ; de même,  pour des dispositifs médicaux, les  compléments alimentaires et les produits dermo-cosmétiques.

Il faut ajouter d'autres mesures: le droit de substitution pour les pharmaciens sur la base d'un répertoire national des  équivalents thérapeutiques; l'amélioration du taux de pénétration des génériques lequel ne peut qu'encourager la production locale. Faut-il envisager une nouvelle méthodologie de fixation des prix des médicaments avec une famille à prix libre ? C'est l'une des pistes, étant entendu que ces médicaments ne feront pas l'objet de remboursement par les caisses. Une unification des caisses de remboursement pour une meilleure gouvernance de la couverture médicale ? La dispensation des médicaments en faveur des titulaires de  cartes RAMED et la vaccination contre la grippe dans les seules officines ? La pharmacie hospitalière doit être restructurée ; 1a pharmacie clinique dans les facultés aussi; sans oublier une refonte des études pharmaceutiques prenant en compte les évolutions de ce secteur ainsi que les exigences d'une formation axée sur la digitalisation et la numérisation, 

Au total, s'impose une loi-cadre qui donnera de la visibilité et une cohérence à ce secteur de la santé. Voilà bien un chantier à inscrire dans les priorités de la grande réforme du système de santé. Du volontarisme donc prévalant sur des intérêts catégoriels, sur les pressions et les résistances de lobbies aussi. De quoi donner forme et contenu à un droit à la santé dans toutes ses composantes, comme le prescrit la Constitution (art.31)...