8 mars, entre mémoire des luttes, hommage aux femmes du quotidien et attentes pressantes -Par Khalid Ouadirrou

 8 mars, entre mémoire des luttes, hommage aux femmes du quotidien et attentes pressantes -Par Khalid Ouadirrou

Tableau du peintre Sadouk

1
Partager :

La célébration du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, s’inscrit dans une histoire marquée par des luttes sociales et politiques visant à améliorer la condition féminine. Si cette date symbolise les avancées obtenues en matière de droits civiques et d’égalité, elle demeure également l’occasion de rappeler les défis persistants auxquels les femmes font face, si bien que Khalid Ouadirrou se demande s’il faut encore célébrer le 8 mars. Assurément que oui tant su-delà des revendications institutionnelles et militantes, cette journée est une invitation à reconnaître le rôle essentiel des femmes dans la vie quotidienne et dans la construction de la société.

Khalid Ouadirrou

Une journée née des luttes

La question de la célébration du 8 mars renvoie à une réalité historique marquée par de longues périodes d’inégalités, d’exploitation et de discriminations à l’encontre des femmes. Malgré les progrès réalisés au cours du XXe siècle, de nombreuses formes d’injustice subsistent encore dans plusieurs sociétés contemporaines.

Dans de nombreux contextes, la condition féminine reste confrontée à des tensions entre traditions sociales, interprétations religieuses conservatrices et pressions économiques qui contribuent parfois à réduire la femme à un rôle limité ou à une représentation utilitaire dans l’espace public.

Le mouvement international pour les droits des femmes s’est structuré au début du XXe siècle. En 1910, la militante allemande Clara Zetkin propose la création d’une Journée internationale des femmes afin de promouvoir les revendications féministes à l’échelle mondiale. Quelques années plus tard, en 1917, la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg contribue à inscrire la date du 8 mars dans l’histoire des mobilisations sociales. Après la Seconde Guerre mondiale, cette journée devient progressivement une tradition reconnue dans de nombreux pays.

Des avancées importantes mais un combat toujours en cours

Au fil des décennies, les mouvements féminins et les organisations engagées dans la défense des droits des femmes ont contribué à l’obtention de nombreuses avancées dans les domaines civique, politique et social.

Les femmes ont ainsi acquis progressivement le droit de vote dans de nombreux pays, un accès élargi à l’éducation et à la participation à la vie publique. Ces progrès ont été portés par des militantes, mais aussi par des hommes engagés dans la promotion de l’égalité.

Cependant, ces conquêtes n’ont pas mis fin aux discriminations. Les débats autour de l’égalité professionnelle, de la représentation politique ou encore des violences faites aux femmes montrent que la question des droits féminins demeure un chantier ouvert.

Dans cette perspective, la Journée internationale des droits des femmes reste pour beaucoup un moment de réflexion collective sur les progrès accomplis et sur les efforts encore nécessaires pour construire une société plus équitable.

Notamment au Maroc. Ici, la situation des femmes a connu des avancées notables au cours des dernières décennies, notamment en matière d’éducation, de participation économique et de droits juridiques, renforcées par plusieurs réformes institutionnelles. L’accès des filles à l’enseignement s’est amélioré et la présence féminine s’est progressivement accrue dans les sphères professionnelles, politique et associative. Toutefois, des défis majeurs persistent, en matière d’équité salariale, de parité et d’égalité sociale, ou encore de lutte contre les violences faites aux femmes. Ces aspects de l’injustice sont plus prononcés dans les zones rurales, où les inégalités d’accès aux opportunités économiques et aux services sociaux demeurent sont criantes. Et, faut-il le rappeler, la deuxième réforme du Code de la famille, lancée il y a plus d’une année, peine encore à trouver son chemin à la concrétisation, otage des conservatismes sociaux et religieux. 

L’hommage aux femmes du quotidien

Au-delà de la dimension militante ou institutionnelle du 8 mars, cette date peut également être l’occasion de rendre hommage aux femmes qui contribuent silencieusement au fonctionnement de la société.

Nombre d’entre elles vivent loin des discours politiques, des forums académiques ou des organisations syndicales qui portent les revendications féminines. Pourtant, leur rôle dans la transmission des valeurs, dans l’éducation des enfants et dans la cohésion familiale demeure essentiel.

Ces femmes, parfois peu scolarisées ou éloignées des espaces publics de décision, participent néanmoins à la formation des générations futures. Par leur travail quotidien, elles transmettent des valeurs de dignité, de persévérance et de responsabilité.

Dans de nombreuses familles, elles constituent la pierre angulaire de la vie sociale, assumant des tâches essentielles à l’équilibre du foyer et à la stabilité de la communauté.

Vers une vision partagée de la responsabilité sociale

La question de l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut être envisagée uniquement comme un affrontement entre deux camps. Elle repose au contraire sur une responsabilité partagée, impliquant les deux composantes de la société.

Le progrès social suppose ainsi une coopération entre les femmes et les hommes afin de dépasser les approches idéologiques ou les oppositions simplificatrices. Dans cette perspective, la défense des droits des femmes s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la promotion des droits humains et de la démocratie.

L’objectif ultime serait de parvenir à une société où les droits et les responsabilités seraient pleinement partagés, rendant superflue la nécessité de marquer symboliquement une journée spécifique consacrée à l’égalité.

En attendant cet horizon, la célébration du 8 mars conserve une valeur symbolique forte. Elle rappelle les luttes menées pour les droits des femmes, tout en invitant à reconnaître le rôle discret mais fondamental des femmes dans la vie sociale.