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Abus sexuels en psychiatrie : vulnérabilité du patient et responsabilité médicale, justice et éthique – Par Dr Anwar Cherkaoui
Un médecin psychiatre marocain fait actuellement l’objet d’accusations d’abus sexuels sur des patientes
Dr Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Un médecin psychiatre marocain fait actuellement l’objet d’accusations d’abus sexuels sur des patientes.
L’affaire suit son cours devant les instances compétentes et, à ce stade, un principe fondamental doit être rappelé avec clarté : toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence tant qu’aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue.
Au-delà du cas individuel, cette situation soulève des interrogations profondes qui concernent les magistrats, les professionnels de santé et l’opinion publique. Elle oblige à réfléchir au cadre juridique, à la déontologie médicale et à la protection des patients les plus vulnérables.
La psychiatrie occupe une place singulière dans le champ médical dans toute sa profondeur humaine. Elle s’exerce au cœur de l’intimité psychique. Le patient y expose ses traumatismes, ses angoisses, ses fragilités les plus enfouies.
La relation thérapeutique repose sur une confiance absolue et sur une asymétrie structurelle. Le soignant détient le savoir, l’autorité médicale et une position d’influence qui dépasse le simple acte technique.
Dans ce contexte, la notion de consentement devient particulièrement complexe. Un patient en souffrance psychique, en état dépressif ou dans une dynamique de dépendance affective, peut-il exprimer un consentement libre et pleinement éclairé dans une relation intime avec son thérapeute ?
Les codes de déontologie à travers le monde sont explicites sur ce point : toute relation intime avec un patient en cours d’une prise en charge constitue une transgression majeure.
Au Maroc, deux niveaux d’analyse coexistent. Le premier est pénal. Si des faits sont dénoncés, il appartient à la justice de qualifier les actes, d’examiner les preuves et de statuer. Le magistrat doit apprécier les éléments à la lumière du code pénal, en tenant compte, le cas échéant, de la vulnérabilité des plaignants et du lien d’autorité existant.
Le second niveau est disciplinaire. L’Ordre des médecins peut être saisi pour examiner d’éventuels manquements au code de déontologie. La procédure ordinale est distincte de la procédure pénale. Elle vise à protéger l’éthique de la profession et la confiance du public dans l’institution médicale.
Les affaires d’abus en milieu psychiatrique se caractérisent souvent par une révélation tardive. La honte, la crainte de ne pas être cru, la peur de la stigmatisation liée aux troubles psychiques ou encore la dépendance émotionnelle envers le thérapeute peuvent retarder la parole.
Cette réalité impose aux hommes de loi une analyse fine des dynamiques psychologiques en jeu. La parole d’un patient ne peut être disqualifiée en raison de sa pathologie, pas plus qu’elle ne peut être acceptée sans examen rigoureux et contradictoire.
Informer sur ce type d’affaire exige également de la prudence afin d’éviter toute stigmatisation globale. L’immense majorité des psychiatres marocains exerce avec intégrité et dévouement. Il serait injuste et dangereux d’assimiler une accusation individuelle à l’ensemble d’une spécialité. La vigilance doit toutefois rester de rigueur.
Et la protection de la profession ne saurait reposer sur le silence. La crédibilité du corps médical, psychiatrique en l’occurrence, se renforce par sa capacité à examiner les dérives éventuelles et à les sanctionner lorsqu’elles sont établies. La transparence, lorsqu’elle respecte le cadre légal, demeure un facteur essentiel de confiance.
Quelle force et quelle crédibilité serait la position ordinale dans cette affaire avec un ordre national des médecins illégitime ou plus exactement dont le mandat est dépassé ?
Cette affaire invite aussi à une réflexion plus large sur la prévention. Le renforcement de la formation éthique, la sensibilisation aux enjeux du transfert ( notion psychiatrique) et du contre-transfert, la mise en place de dispositifs de signalement accessibles aux patients ou encore le développement d’espaces de supervision pourraient contribuer à sécuriser davantage la relation thérapeutique.
La médecine repose sur un pacte de confiance. En psychiatrie, ce pacte est encore plus fragile, car il engage l’intimité psychique et l’équilibre émotionnel du patient. Si des abus sont avérés, ils ne constituent pas seulement une infraction pénale ou disciplinaire.
Ils atteignent le cœur même de la relation de soin.
Entre présomption d’innocence, protection des personnes vulnérables et exigence d’éthique professionnelle, l’équilibre est fragile. Mais il est indispensable. Informer avec rigueur, sans sensationnalisme ni complaisance, est une responsabilité qui contribue à éclairer la justice et à renforcer la confiance du public dans la médecine.
