Boutchichia : la curieuse et riche lettre d’Ahmed Toufiq - Par Youssef Aït Akdim

Boutchichia : la curieuse et riche lettre d’Ahmed Toufiq  - Par Youssef Aït Akdim

Ahmed Toufiq, ministre des Affaires islamiques et disciple de la Boutchichia

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La révélation d’une lettre inédite d’Ahmed Toufiq, ministre des Affaires islamiques et disciple de la Boutchichia, adressée en 2022 à Mounir Kadiri Boutchich, jette une lumière nouvelle sur les tensions liées à la succession au sein de la confrérie. La lettre est datée d’octobre 2022 et prévenait déjà contre ce qui est en train d’advenir. Le Chroniqueur Maure, Youssef Aït Akdim, surpris (faussement), explique comment entre avertissements spirituels, critiques politiques et rappel à l’humilité, ce document met en évidence la profondeur de des fractures internes et les rivalités familiales qui traversent aujourd’hui la Tariqa.

Par Youssef Aït Akdim

C’est une lettre à la fois curieuse et riche d’enseignements, adressée à Mounir Kadiri Boutchich en octobre 2022 et révélée par Akhbar Al Youm.

Ahmed Toufiq, ministre des Affaires islamiques et membre de la confrérie, y met en garde Mounir, l’héritier présomptif contre les risques liés à la succession. Il l’invite à faire preuve d’humilité et de patience, à ne pas précipiter sa prise de la chefferie, à ne pas se couper de son jeune frère Mouad, et à éviter de transformer la Tariqa (la Voie) en une institution familiale.

Insistant sur l’essence spirituelle de la Voie, fondée sur la guidance d’un maître éclairé, Toufiq met en garde contre le recours à des pratiques occultes – la sorcellerie – qu’il juge condamnables. La présence de ce type de mise en garde dans la bouche d’un lettré et homme de pouvoir est frappante, et l’accusation demeure lourde de sens.

Toufiq a confirmé l’authenticité de la lettre, en la détachant toutefois de ses fonctions officielles. Néanmoins, il use ouvertement de son autorité pour conseiller – et, osons le dire, pour morigéner – le prétendant, apportant un éclairage inédit sur la crise récente, survenue trois ans après la rédaction de la missive.

Le ministre dénonce également l’influence néfaste et les manipulations d’une disciple française de la Boutchichia – que l’on devine être Bariza Khiari, ancienne sénatrice socialiste et proche d’Emmanuel Macron.

Toufiq propose la création d’un conseil de disciples pour encadrer la gestion spirituelle et matérielle de la confrérie, du vivant du cheikh Jamal. Il souligne le rôle central des fûqara – les disciples sincères – dans la sauvegarde de la Tariqa, souvent proches de Mouad. La lettre critique aussi la confusion instaurée par Mounir entre le rassemblement annuel du Mawlid et les rencontres mondiales du soufisme.

Enfin, les derniers mots de la lettre résonnent aujourd’hui comme une prophétie :

« Je vous ai déjà écrit une lettre le premier mois après le décès de Sidi Hamza [grand-père de Mounir, décédé en 2017], où je mettais en garde contre des choses qui se produisent aujourd’hui. Celle-ci sera, si Dieu le veut, ma dernière lettre sur la Voie, et je n’en parlerai plus jamais ni avec vous ni avec quiconque. Quoi qu’il advienne, je resterai affilié à la Voie, à ma manière. […] Dès que je serai déchargé de mon ministère, je partirai dans mon village natal, au pied de la montagne voisine de Marrakech, car ma santé ne supporte plus le climat de Rabat. Dieu sait, et nous ne savons pas. Dieu fait ce qu’Il veut, et Il est plein de douceur pour ce qu'Il veut. »

Bref, le feuilleton de la succession de Sidi Jamal est loin d’être terminé. (Rappel des précédents épisodes????)

 Lire : Quand les Boutchichis rejouent la série ‘’Succession’’ – Par Youssef Aït Akdim