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Construit au début du XXe siècle par des prisonniers allemands, le phare de Sidi Mesbah, autrefois sentinelle lumineuse de la baie d’El Jadida, est au
Le site du phare de Sidi Mesbah est presque à l’abandon. En 2021, le phare s’est éteint, ayant perdu sa magnifique lentille dans des circonstances méconnues. Seule reste aujourd’hui la structure métallique qui portait les plaques solaires.
Construit au début du XXe siècle par des prisonniers allemands, le phare de Sidi Mesbah, autrefois sentinelle lumineuse de la baie d’El Jadida, est aujourd’hui une structure abandonnée. Privé de sa lentille, dépouillé de ses équipements, il témoigne d’un patrimoine maritime oublié, malgré sa valeur historique, architecturale et mémorielle. Mustapha Jmahri retrace l’histoire de ce phare emblématique, symbole silencieux d’un temps révolu et d’une mémoire qu’il est urgent de sauvegarder

Les façades maritimes du Royaume du Maroc s’étendant sur 3 500 kilomètres, sont jalonnés d’une quarantaine de phares dédiés à l’aide de la navigation maritime, notamment côtière. La quasi-totalité de ces tours reste fonctionnelle. C’est ce qu’on peut découvrir sur le beau livre « Les phares du Maroc » publié par le ministère de l’Équipement en 2014.
À sa lecture, on découvre que le littoral du Cap Spartel à Essaouira ne compte pas moins de 17 phares dont cinq situés dans la province d’El Jadida. Ils répondent au nom de : Sidi Bouafi, Sidi Daoui, Sidi Mesbah, Sidi Boubker (à 7 km d’Azemmour) et Cap Blanc (Jorf Lasfar).
Les trois premiers sont tous consacrés au balisage de la rade d’El Jadida. Mais le phare de Sidi Mesbah, à 4 kilomètres du centre d’El Jadida, n’est aujourd’hui qu’un doux souvenir de notre jeunesse. Le site est presque en état d’abandon. En 2021, le phare s’est éteint, ayant perdu sa magnifique lentille dans des circonstances méconnues. Seule reste aujourd’hui la structure métallique qui portait les plaques solaires.
Situé sur le cap Haouzia à l’entrée d’El Jadida, ce phare a été construit, selon une notice historique, entre 1914 et 1916 par les prisonniers allemands. Sa construction a été programmée, avec celle du nouveau port à barcasses d’El Jadida depuis 1909. L’adjudication des travaux de la tour et des bâtiments du feu de direction a eu lieu en septembre 1915, mais son feu d’alignement n’a été fonctionnel qu’en 1919. Il s’agit d’un feu de direction pour le mouillage dans la baie et pour avertir des dangers des hauts fonds du cap de Mazagan qui se prolonge sous la mer sur plusieurs centaines de mètres.
Le phare Sidi Mesbah fut dédié au balisage de nuit des accès de la rade. Selon le fascicule intitulé « Le port de Mazagan » publié par la Chambre mixte d’Agriculture et de Commerce (page 15, s.d) : « Le balisage est réalisé par un feu fixe à occultations groupées par deux toutes les 8 secondes, et à des secteurs blancs et rouge. Le secteur rouge couvre l’épi sous-marin de Mazagan, sa portée géographique est de 14 milles et la hauteur du feu au-dessus du niveau moyen est de 52 mètres ». Le phare comporte une tour carrée avec galerie et petite lanterne, de 18 mètres de haut. Peint en blanc, et la galerie et lanterne en vert, il émettait, à une hauteur focale de 50 mètres, un éclat alternativement blanc et rouge toutes les six secondes. Toujours est-il qu’au début du XXIe siècle le feu de la lanterne a été alimenté par des plaques solaires.
Le site du phare disposait aussi d’une maison pour le gardien et d’un puits. Derrière la maison du gardien, au-delà de la clôture, se trouvait un abri construit en pierre, aujourd’hui délabré. Le tombeau du saint Sidi Mesbah n’est pas visible dans l’entourage immédiat du phare car il en est quelque peu éloigné.
Gérard Rontard, un ancien de Mazagan, raconte qu’en 1948, son père Louis était gardien du phare Sidi Mesbah. La famille vivait dans son enceinte à côté d’une deuxième famille d’un ouvrier marocain qui logeait sur place. Le travail de son père, dit-il, consistait en une surveillance permanente du phare et notamment l’entretien de la lentille et des différentes pièces nécessitant un nettoyage quotidien et la surveillance du groupe électrogène et des batteries. En cette année-là, leur voisin était la famille Perret dont le père travaillait au pénitencier agricole de l’Adir tout proche (in : El Jadida, fragments de vie, 2020).
Le site ElJadida24 du 11 octobre 2020 avait signalé que la majorité des équipements du phare ont fait l’objet de dégâts. L’année suivante, le journal L’Opinion du 19 décembre 2021 informa que le phare avait perdu, dans des circonstances indéterminées, sa magnifique lentille. Des inconnus l’avaient dépouillé de ses verreries.
Aujourd’hui, avec les satellites, le GPS et les radars, les bateaux programment et automatisent leur navigation. En conséquence, beaucoup de phares ont perdu de leur importance et deviennent des monuments historiques. C’est ainsi que le site de Sidi Mesbah, après sa mise hors d’activité, a été laissé, ces dernières années, à l’abandon, malgré son intérêt d’ordre historique en tant que patrimoine de la ville et de la région, mais aussi en tant que ressource architecturale et touristique.