Coton contre coton, prière mystique et provocation vestimentaire – Par Abdelfettah Lahjomri

Coton contre coton, prière mystique et provocation vestimentaire – Par Abdelfettah Lahjomri

Dans les deux événements, un corps est utilisé comme symbole : le corps du cheikh, assis sur la chaire de la confrérie, et le corps de l’activiste, moulé dans un t-shirt.

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Une semaine aura suffi pour révéler los fragilité face à la puissance des symboles : la succession contestée dans une confrérie soufie et le procès d’un t-shirt provocateur ont transformé des gestes apparemment anodins en débats nationaux. A travers cette fine lecture sémiologique et sociologique du débat autour de la succession de la zaouia boutchichia et le t-shirt d’Ibtissam Lachgar, Abdelfettah Lahjomri montre comment entre sacralisation et pénalisation, c’est toute une société qui se voit mise à l’épreuve de ses limites, de ses mots et de ses seuils de tolérance.

Par Abdelfattah Lahjomri

Peut-on imaginer que des symboles se transforment, en l’espace d’une seule semaine, en véritables mines prêtes à exploser au premier pas ? Est-il possible qu’une simple phrase imprimée sur un tissu éphémère provoque un séisme comparable à celui d’un testament soigneusement conservé dans les coffres des confréries ? N’est-ce pas le temps lui-même, lorsqu’il compresse les événements sur le seuil d’un même instant, qui dévoile la fragilité de nos frontières entre le sacré et le légal, entre l’émotionnel et le procédural ? Ou bien sommes-nous, nous-mêmes, prompts à transformer chaque détail en épreuve, en test de la cohésion de la communauté et de la capacité de l’État à gérer le sens ?

Les coïncidences ne sont jamais innocentes

Nous voilà face à une de ces coïncidences que l’histoire n’offre que rarement : en une seule semaine, des disciples se disputent la direction d’une ancienne confrérie soufie, tandis que d’autres se querellent au sujet d’un t-shirt estival imprudent, frappé d’une inscription que nul n’avait osé écrire auparavant. Entre Mounir Kadiri Boutchich, dont on dit qu’il aurait accompli la prière de l’istikhara* pour se démettre de sa fonction de cheikh, et Ibtissam Lachgar, qui a revêtu un t-shirt se moquant de l’incarnation du culte dans son intégralité, nous nous retrouvons au cœur d’un théâtre de l’étarange, où religion, pouvoir, contestation et vêtements se côtoient comme des acteurs réunis sur une même scène. Les coïncidences ne sont jamais innocentes. Elles sont l’esprit de l’histoire lorsqu’il décide de se jouer de nous, en rapprochant deux récits qui n’ont rien en commun, sinon leur simultanéité.

Qu’y a-t-il donc de commun entre un cheikh soufi qui serait hésitant à rester cheikh, et une militante des droits humains choisissant d’inscrire sur son t-shirt l’indicible ? Ils incarnent, l’un et l’autre, deux faces d’une même médaille : celle du pouvoir quand il croise le sacré.

Dans la confrérie, le pouvoir se pare des habits de l’héritage, de la bénédiction et de l’istikhara*. Dans la rue virtuelle, il se vêt des articles du code pénal, et notamment de son article 267. La confrérie s’efforce de convaincre ses fidèles que la charge de la direction spirituelle n’est pas un honneur, mais un devoir et une responsabilité. Le parquet, lui, tente de nous convaincre que l’arrestation n’est pas une punition, mais une protection. Dans les deux cas, nous sommes confrontés à une même logique : justifier la décision par une interprétation linguistique, légitimer la domination par une formule rassurante. Le cheikh publie un communiqué pour démentir sa renonciation, puis, quelques jours plus tard, la confirme. La militante diffuse une photo pour affirmer sa rébellion. Tous deux s’adressent au public à travers le langage des symboles. La différence ? Le communiqué de la confrérie s’écrit avec une solennité religieuse, tandis que le t-shirt d’Ibtissam porte une irrévérence sarcastique. Mais l’écho fut identique : un vacarme ininterrompu.

N’est-il pas saisissant que “l’istikhara” et “le t-shirt” soient devenus ensemble des sujets nationaux ? Le premier invoque le ciel pour trancher un différend terrestre, le second provoque toute la terre par une phrase adressée au ciel.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, et au mois d’août en particulier, il semble que nous ne parlions d’économie ou d’éducation qu’en passant, tandis que nous consacrons de longues séances à l’avenir des confréries et à la liberté des t-shirts. Comme si la société ne trouvait de repos que lorsqu’il est question de la divinité : soit invoquée pour justifier une transmission de pouvoir spirituel, soit sollicitée pour sanctionner une activiste égarée. Dans les deux cas, Dieu est présent, mais un Dieu politisé, idéologisé, qui sort du champ de l’adoration pour devenir un instrument de régulation sociale. La confrérie brandit le slogan : « Servir la religion et la patrie sous l’égide de l’Amir al-Mouminine », tandis que les opposants d’Ibtissam Lachgar proclament : « Défense des sacralités ». Le discours n’est-im pas le même, bien que les tribunes diffèrent ?

Deux phrases, l’une dans un testament de cheikh, l’autre sur un t-shirt

Exagérons-nous en affirmant que nous sommes face à une étrange dualité : à Madagh, on distribue les invocations et les bénédictions, tandis qu’au tribunal, on distribue le silence et les restrictions ? Peut-être avons-nous le droit d’y voir un signe ; un signe que le Maroc vit au bord d’un débat éternel : entre le spirituel et le juridique, entre le disciple et l’activiste. Dans les deux événements, un corps est utilisé comme symbole : le corps du cheikh, assis sur la chaire de la confrérie, et le corps de l’activiste, moulé dans un t-shirt.

Mais et dès lors que le corps endosse un sens, il devient dangereux : un corps revêtu de bénédiction, un autre habillé de dérision, et ensemble menacent un certain équilibre.

Il est facile de dire qu’Ibtissam Lachgar a offensé, et que le cheikh Mounir a agi avec sagesse. Mais il est plus difficile de voir comment l’un et l’autre sont les victimes d’un théâtre plus vaste : celui du contrôle des symboles. Car une société — toute société — ne craint pas la faim autant qu’elle redoute la phrase : une phrase dans le testament d’un cheikh, ou une phrase sur un t-shirt. Voilà le pouvoir du langage, celui de la phrase courte qui change le destin des communautés. La confrérie divise ses adeptes avec une formule : « Après l’istikhara, je me retire », et la militante divise l’opinion publique avec un « Dieu… » inscrit sur sa poitrine. Entre ces deux phrases, il ne s’écoule qu’une semaine, comme un cauchemar philosophique sur la relation de l’homme avec le ciel.

Ces deux événements dévoilent la fragilité de la société face au pouvoir des mots. Ainsi, le mot devient plus lourd que toute l’économie réunie. Vivons-nous dans une société qui se nourrit davantage de l’interprétation des mots que de la consommation du pain ? Il ne fait aucun doute que la confrérie cherche à préserver l’unité des rangs, tandis que les défenseurs des droits cherchent à préserver la liberté d’expression. Tous deux parlent de « préservation », mais de quoi s’agit-il exactement ? La confrérie, en niant, affirme « demeurer sur la voie immaculée », et le parquet, en poursuivant, affirme « appliquer la loi ». En définitive, chacun protège un texte : l’un religieux, l’autre juridique, dans ce cas précis au service du sacré.

Étrange Maroc, cette semaine, partagé entre la prière vers le ciel et l’outrage au ciel, entre un turban qui affirme une filiation et un t-shirt qui proclame une rébellion. L’ironie veut que les deux affaires s’achèvent sur le même appel : ne croyez pas les rumeurs. La confrérie le dit, les défenseurs des droits le disent, et même les politiciens qui s’expriment sur Facebook le répètent. Mais n’y a-t-il pas de plus grande rumeur que notre vie quotidienne elle-même, où nous faisons semblant d’être une société moderne, tout en jugeant les mots comme s’ils étaient des épées dégainées ?

Entre la vénération du cheikh et la criminalisation du t-shirt

La coïncidence entre l’affaire de la confrérie et celle de Lachgar n’est pas une simple malice de l’histoire. Elle constitue une métaphore nationale : comment vivons-nous entre la sacralisation du cheikh et la pénalisation des vêtements ? Dans ce sens, la semaine écoulée devient une leçon de philosophie : la vérité n’est pas dans la « confrérie » ni dans le « t-shirt », mais dans notre fragilité collective face aux symboles.

L’analyse sérieuse commence lorsque l’on dépasse la surface des faits pour en explorer les seuils. Ce que j’ai appelé « la semaine de la confrérie et du t-shirt » n’est pas une simple simultanéité fortuite – comme je l’ai déjà souligné – mais un exercice minutieux de gestion des frontières entre le sacré et le profane. Les deux événements montrent comment des faits distincts se transforment en test de flexibilité du seuil : quand une parole est-elle considérée comme religieuse, et quand devient-elle objet de la loi positive ? Le seuil, dès lors, n’est pas une ligne de séparation fixe, mais une zone de négociation permanente, où institutions, discours et groupes sociaux interviennent avec leurs propres instruments pour élargir ou restreindre la légitimité. Le temps, lui aussi, joue un rôle symbolique : une seule semaine exerce une pression sur la mémoire collective, imposant un rythme à l’interprétation. C’est pourquoi cette simultanéité a amplifié l’enjeu : chaque dossier nourrissant l’autre, et mettant à l’épreuve la capacité des canaux institutionnels à apaiser plutôt qu’à enflammer.

Dans le dossier de la confrérie, on a mobilisé les techniques de la « légitimité rituelle » : testament, lignée, statut spirituel et invocation reliant la communauté à sa source. Dans l’affaire du t-shirt, ce sont les techniques de la légitimité procédurale qui ont été convoquées : procès-verbal, article du code pénal, communiqués délimitant les frontières de la parole. Le point commun entre les deux est que l’émotion n’est jamais laissée à elle-même : elle est toujours transformée en cadre procédural. Cette conversion d’un sentiment brouillon en une forme réglementée et transmissible est le cœur même de la politique symbolique : chaque partie tente de donner à son geste une allure calculée, destinée à réduire le coût du conflit et à augmenter celui de l’adversaire.

Ici, le coton s’oppose au coton : le tissu de l’appartenance soufie qui intégre à la communauté, et le t-shirt ordinaire qui éjecte son porteur pour le mettre au ban de la société et au banc des accusés. La matière est identique, mais le système de signification diffère : le premier confère une immunité symbolique en vertu du rite, le second retire toute immunité en vertu de la provocation. C’est là que fonctionne avec une efficacité saisissante une anthropologie de la pureté et de l’impureté : les objets se contaminent par les mots et se transforment en vecteurs de sacralité ou de profanation, selon une courte phrase « imprimée ».

Le contrôle émotionnel, une stratégie privilégiée

Vous savez sans doute que l’intime s’échappe facilement vers le public : les secrets de la famille spirituelle ne restent pas enfermés dans le cercle de la réclusion mystique, et les opinions des individus ne demeurent pas confinées au cercle privé. La nouvelle « ingénierie du scandale » fait de chaque appareil portable un réceptacle capable d’archiver le moindre murmure. Ce glissement écrit donc de nouvelles conditions de responsabilité : la parole ne s’envole plus, elle devient une trace installée dans une mémoire disponible à tout moment.

La logique du licite et de l’illicite agit sur les choses comme elle agit sur les actes. Une phrase imprimée sur un t-shirt est lue comme un acte autonome, et le corps devient un vecteur du sens public. Face à cela, la société traite son anxiété de deux manières : soit par une purification symbolique qui cherche à effacer le signe, soit par une amplification réflexive qui transforme le signe en leçon morale. Dans les deux cas, le spectre de la « contagion des symboles » est manifeste. Ainsi, le contrôle émotionnel devient une stratégie privilégiée : la zaouïa apaise l’inquiétude de ses disciples par un langage de constance et de sérénité, tandis que le parquet rassure d’autres groupes sociaux à travers le langage de l’application et de la protection. L’apaisement ne résout pas les conflits, il les fige dans une forme tolérable, le temps que s’atténue la chaleur du débat.

De ce point de vue, le tableau ressemble à une gouvernance d’entreprise : un conseil de famille décide de la succession, tandis que les disciples, petits actionnaires sans droit de vote, comptent tout de même dans l’évaluation. De l’autre côté, un dossier judiciaire est géré selon une logique de risques et de réputation institutionnelle, où les gains se mesurent au coût sécuritaire et moral. Les outils d’administration, bien que nourris de valeurs différentes, se ressemblent ainsi dans leurs mécanismes.

Deux souverainetés se disputent le texte : la règle « pas de crime ni de sanction sans texte préalable » impose un cadre qui protège les individus contre l’appétit interprétatif du droit pénal, tandis que la règle « pas d’autorité sans testament » impose un cadre qui protège la communauté contre la désagrégation de la référence spirituelle. Dans les deux cas, le texte précède la réalité et l’encadre, les événements étant réarrangés pour lui correspondre. Cette souveraineté confère de la stabilité, mais elle porte aussi le risque de figer l’ambiguïté dès lors que le texte échappe à toute critique possible.

Dans ce contexte, les personnages « limites » deviennent des instruments de test : un cheikh qui éprouve la flexibilité d’une hiérarchie ancienne à l’ère de la transparence, et une militante qui met à l’épreuve la liberté d’expression dans une société marquée par une sensibilité héritée à l’égard du sacré. Ces figures marginales produisent un bruit qui couvre les questions sociales plus lourdes, révèlent avec netteté où se tracent les lignes rouges et comment elles se déplacent.

Ah… la question du genre, encore ? Peut-être oui… peut-être…

La dimension de genre n’est jamais absente, même si elle n’est pas toujours exprimée clairement : un pouvoir masculin tient les fils de la communauté, fixe ses symboles et distribue la parole, face à un corps féminin chargé du poids d’une rébellion individuelle et sommé d’en payer collectivement le prix. La question n’est donc pas seulement celle d’une liberté personnelle, mais l’enjeu d’un questionnement plus profond : qui possède le corps en tant qu’espace de signification publique, et qui trace les limites de son usage symbolique ?

Dans l’espace médiatique, le silence prend la forme d’un texte parallèle : une tentative de contact restée sans réponse se transforme en événement, et une phrase lapidaire émanant d’un acteur politique acquiert une autorité normative. Dès qu’apparaît un vide, l’imaginaire collectif s’en empare avec ses interprétations, si bien que les failles deviennent elles-mêmes une scène où se disputent et se transforment les significations.

L’archive, elle aussi, est double : des testaments conservés dans les coffres des confréries soufies comme mémoire officielle, et des captures d’écran stockées dans les nuages numériques des plateformes comme mémoire publique. Ici, la force d’évocation est équivalente : le passé combat le présent avec ses preuves, et le présent s’impose par une trace numérique que le temps n’efface pas aisément. Cet équilibre crée des tensions autour de la question : qui détient le droit d’écrire la mémoire ?

Les risques se calculent selon une logique du moindre mal, mais avec deux langages différents. Dans la zaouïa, le coût de la division se mesure à la cohésion du groupe et à l’image de la voie spirituelle devant l’opinion publique. Dans le champ judiciaire, le coût de la clémence ou de la sévérité se mesure à la paix civile et à la confiance du public dans la justice du texte. Dans les deux cas, ce sont des logiques pragmatiques qui transforment le jugement en une gestion de l’éventualité plutôt qu’en proclamation d’une vérité définitive.

La garde des frontières symboliques est donc une fonction de la plus haute importance : la zaouïa protège de l’intérieur par la discipline rituelle, l’État protège de l’extérieur par la procédure, et les foules numériques comblent le vide par le harcèlement, l’exclusion et le marquage social.

De ce point de vue, la morale publique oscille entre deux notions : « l’offense » et « le préjudice ». Tout sentiment d’injure ne produit pas forcément un dommage mesurable, et tout ce qui n’est pas mesurable n’est pas exempt d’effets sur le vivre-ensemble. C’est pourquoi il faut une éthique capable de distinguer entre la blessure émotionnelle, qui se traite par le dialogue et la réplique, et l’incitation à la haine, qui menace la sécurité des individus. Faute de cette distinction, les tribunaux se transforment en théâtres d’émotions.

La protection est nécessaire lorsqu’il y va de la sécurité des individus

Cette semaine nous enseigne que le communiqué d’une confrérie ou d’un ordre spirituel n’est jamais un simple fait divers : c’est une machine de transformation. Un événement y entre et en ressort sous la forme d’une opinion publique rassurée ou troublée, selon un dosage calculé. Le texte du communiqué agit comme un miroir, mais le comprendre suppose de décrypter l’architecture de ses phrases : à qui s’adresse-t-il ? Par quels actes de langage ? Et avec quelle promesse de stabilité ?

En parallèle, se dessine la paradoxale notion de « protection » en tant que couverture paternaliste : des décisions sont dissimulées sous prétexte de protéger les individus ou de préserver l’unité, reproduisant ainsi une tutelle sur le droit de parler et sur le droit de savoir. La protection est bien entendu nécessaire lorsque la sécurité des personnes est en jeu, mais elle devient problématique lorsqu’elle sert à fermer le débat public et à monopoliser la gestion du sens.

Cette semaine encore, la souveraineté sur le sens s’est incarnée dans l’image des clés : la clé d’une zaouïa qui ouvre la porte de la sacralité, et la clé d’une cellule qui ferme la porte de la transgression. Celui qui détient les clés connaît l’exception et applique la règle. Lorsque ces clés se retrouvent dans une même main ou dans des mains alliées, la frontière entre spirituel et civil se redessine au gré d’un fragile équilibre.

Je ne propose pas l’idée d’un « pacte des symboles » par souci théorique, mais par nécessité pratique : comment débattre du sacré sans criminaliser le goût personnel ou marchandiser l’héritage spirituel ? Un tel pacte suppose peu de lignes rouges, mais claires, et beaucoup de transparence procédurale : documenter publiquement les trajectoires de décision, privilégier la déclaration à la contrainte, offrir des espaces civiques de débat fondé, plutôt que de livrer la confrontation à la férocité des plateformes et des foules numériques.

En arrière-plan de tout cela, c’est une forme nouvelle de souveraineté qui se profile : non plus la proclamation d’un état d’urgence sécuritaire, mais celle d’un état d’urgence sémantique. Car le véritable détenteur de souveraineté est celui qui décide quand une parole devient exceptionnelle, justifiant la suspension de la règle ou l’accélération de la procédure. Sans un contrôle intellectuel et civique sur cette désignation, les exceptions se transforment en règles déguisées, et l’espace public se fige.

Dans cette perspective, la leçon de la semaine n’aboutit ni à un surcroît de foi, ni à un ajout de nouveaux articles de loi, mais à la nécessité d’une immunité civique contre l’excès d’interprétation et l’émotivité administrative. Ce qu’il faut, c’est une transparence qui atténue l’ambiguïté délibérée, qui libère la justice du poids des émotions, et une éducation civique qui apprenne à distinguer entre un symbole qui choque le goût majoritaire et un symbole qui menace réellement la sécurité. Ce n’est qu’alors que nous pourrons transformer la simultanéité déroutante des événements en connaissance de soi, et faire du seuil une passerelle de passage plutôt qu’un champ de prédation.

Au terme de ce parcours, une question demeure en suspens : vivons-nous dans une société qui apprend l’art de l’équilibre entre sacralité et procédure, ou bien sommes-nous en train de reproduire une nouvelle tutelle sur les mots et les symboles avec des outils contemporains ? Ce qui s’est produit n’offre pas de réponse définitive, mais ouvre un champ de réflexion sur la fragilité de nos critères et sur notre besoin d’un pacte qui garantisse que le sacré ne soit pas profané et que les libertés ne soient pas épuisées au nom d’une protection qui, si elle se prolonge, pourrait devenir une contrainte éternelle.

Réfléchissons-y… le débat continuera.