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“Dar Li H’nak”… est désormais la demeure de Abdelwahab Doukkali
Dans l’imaginaire du legs, Doukkali rejoint désormais cette génération fondatrice de la chanson marocaine moderne : Ahmed Bidaoui, Abdessalam Amer, Salah Cherki ou encore Abdelkader Rachdi, figures d’une époque où la composition musicale occupait une place centrale dans la vie culturelle marocaine

Par Mohamed Anwar CHERKAOUI
Abdelwahab Doukkali s’en est allé…
Avec la disparition de Abdelwahab Doukkali, la chanson marocaine perd l’une de ses grandes voix, un artiste dont l’œuvre a accompagné plusieurs générations et profondément marqué l’imaginaire musical du pays
C’est l’un de ses monstres sacrés, de ces hommes qui n’étaient pas de simples chanteurs-compositeurs, mais de véritable patrimoine vivant, portant dans sa voix des fragments du Maroc, ses médinas et ses montages, ses mers et ses mémoires populaires, ses mélodies urbaines et ses nostalgies discrètes.
Le créateur de “Dar Li H’nak” — La maison qui est là-bas, désormais celle de l’ailleurs — nous a donc quittés… emportant avec lui les soupirs des amoureux dans les nuits de Rabat, Fès, Casablanca et bien d’autres lieux désormais habités par son esprit
Cette chanson, l’un de ses grands succès, n’était pas seulement une musique ou un texte.
Mais un message indicible sur le départ, sur cette autre demeure lointaine dont la porte ne s’ouvre qu’à ceux que la vie a épuisés et que la beauté de la complainte a profondément marqués.
Comme si, depuis des années, Abdelwahab Doukkali nous préparait délicatement à l’idée de son Grand voyage… vers cette “maison de l’ailleurs”.
Là-bas…
Dans l’imaginaire du legs, Doukkali rejoint désormais cette génération fondatrice de la chanson marocaine moderne : Ahmed Bidaoui, Abdessalam Amer, Salah Cherki ou encore Abdelkader Rachdi, figures d’une époque où la composition musicale occupait une place centrale dans la vie culturelle marocaine.
Là-bas…
Ils converseront ensemble de cette époque où la chanson marocaine s’écrivait avec de l’encre et du cœur, déploreront la production algorithmique et ses bruits éphémères.
Certainement trouvera-t-il aussi, pour l’accueillir, la voix chaleureuse de Abdelhadi Belkhayat, tandis qu’ensemble ils revivront ces soirées artistiques qui ont construit la grandeur culturelle du Maroc, lorsque la mélodie était une école, la parole une cause, et la voix une responsabilité morale et esthétique.
Abdelwaahab appartenait à cette génération d’artistes qui concevaient encore la chanson comme une œuvre exigeante, portée par le travail de composition, l’écriture et l’interprétation.
Oui Abdelwahab…
Tu étais bien plus qu’un artiste.
Tu étais la mémoire d’un peuple.
Avec toi, et ceux de ta génération, la chanson marocaine a vécu… son âge d’or
De l’art noble qui n’a jamais sombrer dans la vulgarité du marché.
Aujourd’hui,
Les radios marocaines sont tes orphelines
Les scènes, sans toi, froides et silencieuses
Avec ta disparition, c’est une page importante de la chanson marocaine qui se referme. Mais les grandes voix ne quittent jamais complètement la mémoire collective. Elles continuent d’habiter les chansons, les souvenirs et les émotions qu’elles ont laissés derrière elles.
Comme les monuments, ils laissent leurs traces.