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Des femmes et des galeries - Par Mohamed Aswab
Des femmes portées par une vision curatoriale exigeante, un sens aigu du dialogue artistique transforment les espaces d’exposition en véritables plateformes de découverte
À Casablanca, plusieurs des galeries d’art contemporain les plus dynamiques sont dirigées par des femmes qui jouent un rôle déterminant dans la structuration et le rayonnement de la scène artistique marocaine. Mohamed Aswab de l’agence marocaine MAP, raconte ces femmes portées par une vision curatoriale exigeante, un sens aigu du dialogue artistique et un engagement durable auprès des créateurs. Des galeristes qui transforment les espaces d’exposition en véritables plateformes de découverte, de transmission et d’ouverture sur les réseaux internationaux de l’art.
Par Mohamed Aswab
Casablanca – Intuition, écoute, attention aux subtilités et aux nuances de la création… Quoi de plus naturel et de plus beau que la sensibilité féminine pour porter et faire rayonner l’art ? À Casablanca, et ailleurs au Maroc, ce sont souvent des femmes qui tiennent les clés des galeries d’art.
Derrière plusieurs des espaces d’exposition les plus dynamiques de la métropole, des galeristes passionnées accompagnent les créateurs et participent activement à la structuration du marché de l’art.
De la Galerie Nadar, l’une des plus anciennes galeries d’art contemporain du Maroc, à la Myriem Himmich Gallery, qui compte aujourd’hui parmi les galeries influentes de la scène artistique, en passant par Living 4 Art, vaste espace dédié aux expositions immersives, puis par La Galerie 38 Casablanca, connectée aux grandes foires internationales, pour ne citer que celles-là, plusieurs lieux emblématiques de Casablanca illustrent l’influence croissante de femmes galeristes qui révèlent les talents, tissent des réseaux et contribuent au rayonnement de la scène artistique marocaine.
Au micro de la MAP, les femmes à la tête de ces espaces reviennent sur la contribution de leurs galeries à la promotion des artistes, partagent leur vision pour le développement de l’art contemporain et livrent leur lecture de la forte présence féminine à la tête des galeries.
Fondée en 1974 par Leila Faraoui, la Galerie Nadar s’inscrit dans une véritable dynamique de transmission familiale. Rejointe quelques années plus tard par sa fille Assia, Leila Faraoui a ainsi amorcé une première relève générationnelle.
Depuis 2023, ses filles Amina et Zineb, ainsi que sa petite-fille Nihel, ont repris le flambeau, perpétuant l’héritage artistique initié par leur mère. Selon Amina Faraoui, co-gérante de la galerie, Nadar joue un rôle central dans la visibilité des artistes marocains et dans l’accompagnement de l’évolution de l’art contemporain dans le Royaume.
Pendant cinquante ans, la galerie a contribué à soutenir la scène artistique locale à travers la découverte d’artistes émergents, l’exposition d’artistes confirmés et la valorisation de différents médiums tels que la peinture, la sculpture ou la photographie, souligne-t-elle.
Pour Leila Faraoui, l’art ne saurait être réduit à une simple valeur marchande, il constitue avant tout un acte culturel et intellectuel, précise Amina Faraoui. Et d’ajouter "fidèle à cette vision, la Galerie Nadar a toujours privilégié la qualité artistique, la cohérence des expositions et une sélection exigeante des artistes, tout en valorisant la création marocaine dans une ouverture constante sur le monde".
Dans un registre différent, la Myriem Himmich Gallery est née du besoin de créer un espace hybride dédié à l’art contemporain, à la fois libre, sensible, innovant, ouvert et profondément connecté à son époque.
Depuis son ouverture à Casablanca en 2022, la galerie s’est progressivement affirmée comme un espace reconnu d’exposition d’artistes marocains et internationaux, aussi bien émergents que confirmés.
En quatre ans, la galerie a rendu visibles plus d’une trentaine d’artistes sur la scène marocaine et a accompagné certains d’entre eux vers les foires internationales, fait savoir Myriem Himmich, fondatrice de la galerie. "Notre participation à des événements tels que la 1-54 Contemporary African Art Fair, la MENART Fair et la AKAA Fair a contribué à renforcer la visibilité de la galerie et à inscrire les artistes que nous représentons dans des réseaux artistiques internationaux", souligne-t-elle.
Pour Mme Himmich, l’ambition est de poursuivre le développement de la galerie comme une véritable plateforme artistique capable de relier différentes villes, différents pays et différents publics autour de l’art contemporain, évoquant à cet égard l’ouverture en 2025 de deux espaces de la galerie, à Assilah puis à Rabat.
Fondée en 2010 par Mohammed Chaoui El Faiz et Fihr Kettani, La Galerie 38 participe activement à la valorisation d’artistes, notamment africains, en les accompagnant dans leur ouverture sur la scène internationale.
À la tête de La Galerie 38 Casablanca, Narjisse Loudghiri relève qu’au fil des années, la galerie a développé une présence dans plusieurs foires internationales de premier plan, telles que Art Genève, Abu Dhabi Art, Art Dubai ou encore 1-54 à Londres et Marrakech.
Selon elle, l’ouverture récente de La Galerie 38 à Genève marque une nouvelle étape dans ce développement. "Ma vision pour la galerie s’inscrit dans cette continuité : renforcer notre rôle d’accompagnateur sur le long terme, produire des expositions ambitieuses, développer les résidences, et consolider la galerie comme un réseau d’espaces connectés où l’art circule et se transforme", relève la directrice de la galerie.
Dans une autre approche, Living 4 Art, fondée par l’artiste peintre Rajae Lahlou, s’est imposée comme un espace de promotion pour les artistes émergents et confirmés. "Notre démarche consiste à placer au centre l’identité artistique de chaque créateur et à défendre la singularité de leurs univers.
Chaque artiste exposé possède son propre langage et sa propre signature", explique la directrice de Living 4 Art, Meryem Iraki Lahlou. Installée dans un espace de près de 700 mètres carrés, doté d’une hauteur sous plafond d’environ cinq mètres et d’un système d’éclairage professionnel conçu pour valoriser les œuvres, la galerie offre des conditions d’exposition proches de celles d’un musée.
Pour Mme Iraki Lahlou, l’impact d’une galerie se mesure avant tout dans la rencontre qu’elle crée entre les artistes et le public. Est-ce ainsi un hasard la présence notable de femmes à la tête de galeries d’art à Casablanca et ailleurs ? Non. Elle reflète avant tout une évolution profonde du secteur culturel, où la légitimité se construit par la vision, l’engagement et la capacité à porter des trajectoires artistiques dans la durée. Loin de se limiter à l’exposition d’œuvres, ces espaces deviennent, grâce à la vision de ces galeristes, artistes dans l’âme, de véritables lieux de dialogue, de transmission et de structuration de la scène artistique.
Pour Amina Faraoui, les femmes trouvent dans la gestion de galeries un terrain favorable à l’expression de leur vision personnelle et créative, ce qui favorise leur présence. "Leur sensibilité leur confère une capacité à gérer la relation humaine et le dialogue artistique : accueil, médiation culturelle, organisation d’événements", explique-t-elle.
Selon Myriem Himmich, le domaine de l’art attire de nombreuses femmes, car il requiert à la fois une grande sensibilité, une vision artistique forte, la capacité de porter des projets curatoriaux innovants et un engagement humain dans l’accompagnement des artistes. "Être galeriste implique aussi de prendre des risques, d’oser défendre des propositions artistiques différentes et, par conséquent, de contribuer à faire évoluer le marché de l’art", soutient-elle.
Narjisse Loudghiri considère que la forte présence de femmes à la direction de galeries d’art traduit un mouvement de fond, celui d’un secteur culturel mature, où la légitimité ne se décrète pas, mais se construit par la vision et l’engagement. "La direction d’une galerie implique de définir une ligne, de prendre des risques, de défendre des artistes sur la durée, d’assumer des choix curatoriaux parfois exigeants.
Si de nombreuses femmes occupent désormais ces positions, c’est sans doute parce que le champ artistique reconnaît aujourd’hui pleinement leur capacité à être décisionnaires et bâtisseuses d’institutions culturelles", explique-t-elle.
Pour Mme Iraki Lahlou, la présence notable de femmes à la tête de plusieurs galeries d’art à Casablanca reflète avant tout l’évolution d’une ville dynamique et ouverte. Diriger un espace artistique, explique-t-elle, implique bien plus que la gestion d’un lieu d’exposition : il s’agit de concevoir une programmation cohérente, d’accompagner les artistes et de porter une vision capable de faire dialoguer l’art avec son époque.
Au fil des années et des expositions, ces femmes ont ainsi contribué à transformer les galeries en véritables carrefours de création. Portées par une vision exigeante et une sensibilité attentive aux évolutions de la création contemporaine, elles participent à faire de Casablanca une scène artistique en pleine effervescence, ouverte sur le monde et riche de nouvelles voix