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Du flirt tarifé à la "dépendance émotionnelle": le Japon déclare la guerre aux clubs d'"hosts"
L’enseigne d'un club d'accueil dont le slogan « Sales No.1 » est masqué dans le quartier de Kabukicho à Tokyo. Le Japon fait la guerre aux « host clubs » - où des hommes reçoivent des femmes - et John Reno, un grand nom de la scène, estime que cette mesure aurait dû être prise depuis longtemps dans un secteur où sévissent les « arnaqueurs ». (Photo Yuichi YAMAZAKI / AFP)
Le Japon déclare la guerre aux clubs d’"hosts", où des hommes séduisent des femmes prêtes à payer pour une illusion d’intimité. Ce secteur prospère, mais critiqué pour ses dérives financières et émotionnelles, est désormais sous le coup d’une législation renforcée. Les autorités tentent de juguler les abus liés à la dépendance affective des clientes et aux pratiques commerciales parfois manipulatrices. Avec cette offensive, le pays cherche à protéger ses citoyens tout en réorganisant ce marché du divertissement devenu trop tentaculaire et complexe.
Le Japon mène l'offensive contre les "clubs d'hosts", où des hommes divertissent des femmes prêtes à payer pour une pseudo-idylle: un secteur prospère mais gangrené par les "arnaqueurs", reconnaît John Reno, figure du milieu, pour qui il était temps de faire le ménage.
Le principe de ces établissements clinquants, omniprésents au Japon, repose sur des "hosts", jeunes hommes élégants et bien coiffés, qui charment les clientes féminines par de belles paroles et une illusion d'intimité.
En échange, ces clientes paient des bouteilles de champagne et autres boissons hors de prix, allant dans les cas extrêmes jusqu'à dépenser plusieurs dizaines de milliers d'euros en une soirée.
Mais les autorités durcissent le ton face aux accusations selon lesquelles certaines femmes, éprises, seraient poussées à contracter d'énormes dettes - et pour certaines réduites à se prostituer pour les rembourser.
Une législation entrée en vigueur en juin interdit désormais de tirer avantage des sentiments amoureux des femmes pour les pousser à commander des boissons à prix exorbitants.
Un coup dur pour ce secteur construit sur le jeu de la pseudo-romance, allant des flirts anodins jusqu'à des relations sexuelles après les heures d'ouverture.
"Dépendance émotionnelle"
Pour John Reno (son nom dans le métier), 29 ans et host "star" du quartier rouge de Kabukicho à Tokyo, cette répression n'a rien de surprenant, tant "le nombre de hosts proches des escrocs" a explosé, confie-t-il à l'AFP.
Autrefois, les hosts jouaient de l'impression d'intimité comme outil de divertissement des femmes, dit-il.
Mais aujourd'hui, "leur état d'esprit, c'est en gros: +si tu m'aimes, alors ne te plains pas+, ce qui revient à faire taire les femmes et exploiter leur dépendance émotionnelle", affirme le jeune homme, propriétaire du "Club J".
En 2024, environ 2.800 cas de "problèmes" liés aux host clubs ont été signalés à la police, contre 2.100 deux ans plus tôt, selon les données officielles.
Des soupçons d'exploitation sexuelle ont provoqué une profonde remise en question: certains hosts sont soupçonnés d'engranger des profits en présentant leurs clientes fauchées à des rabatteurs qui les introduisent dans l'industrie du sexe, selon la police.
Et des femmes semblent prêtes à tout accepter pour leur host préféré. "Ces hosts leur promettent en retour qu'elles seront récompensées par une vraie relation, voire le mariage", critique Reno.
"Ce n'est rien d'autre qu'une escroquerie", insiste-t-il, précisant qu'aucun employé de son "Club J" n'use de telles pratiques.
"Un peu de piment"
Autrefois fréquentés par des femmes d'affaires fortunées, les clubs d'hosts accueillent de plus en plus de jeunes filles en détresse n'ayant "nulle part où aller", affirme Arata Sakamoto, de l'ONG "Rescue Hub" basée à Kabukicho.
"Les clubs sont devenus un lieu où elles se sentent acceptées" et peuvent "être elles-mêmes, même si c'est contre de l'argent", observe-t-il.
En cette soirée de juillet, au club flamboyant "Platina", une femme de 26 ans trinque entourée d'hommes souriants mais assure garder la tête froide.
"Certains hosts vont jusqu'à vous laver le cerveau, mais les femmes devraient aussi savoir qu'il ne faut pas boire au-delà de leurs moyens", confie cette travailleuse indépendante, sous couverte d'anonymat.
Une autre cliente, 34 ans, employée du secteur technologique, confie fréquenter le Platina pour "mettre un peu de piment dans ma vie monotone". "J'espère que cet endroit continuera à faire bouillonner mes hormones féminines", sourit-elle.
Les nouvelles règles, très générales, n'interdisent pas les gestes d'intimité en soi, mais des comportements tels que menacer de mettre fin à une relation avec un client s'il refuse de commander des boissons.
"Conquérant"
Une autre évolution déstabilise le secteur: la police a informé les clubs que, sur les panneaux publicitaires, les formules vantant les performances ou la popularité d'un "host" sont désormais interdites.
Ces affiches tapageuses proclamant un host "No.1" ou "multimillionnaire" alimentant une compétition acharnée sur la base des revenus supposément empochés. Se proclamer "conquérant", "dieu" ou "roi" de Kabukicho, ou inviter les clientes à "se noyer dans l'amour", est également prohibé.
Résultat: des bandes noires recouvrent les slogans interdits, effaçant les portraits glamour.
"Un cap radical est franchi", cela entraîne une profonde "perte de moral" chez les hosts, déplore à l'AFP Ran Sena, 43 ans, propriétaire du club Platina.
"Beaucoup rêvent d'être appelés No.1, de décrocher un titre et devenir célèbres dans ce quartier", mais sans classement ni récompense publique, "ils ne savent même plus vers quoi ils doivent tendre", explique-t-il.
Pour les clientes aussi, ces classements étaient la preuve que leur argent contribuait à l'ascension de leur "oshi" (favori). "Honnêtement, je pense que ce secteur va décliner", conclut Sena. (Quid avec AFP)