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Epstein deviendra-t-il un Totem au Maroc ? Par Abdelahad Idrissi Kaitouni
Cette photographie prise à Le-Perreux-sur-Marne, en banlieue parisienne, le 9 février 2026, montre des images non datées fournies par le ministère américain de la Justice le 30 janvier 2026 dans le cadre du dossier Jeffrey Epstein. (Photo AFP)
À travers l’emballement autour de l’affaire Epstein sur les réseaux sociaux, Abdelahad Idrissi Kaitouni interroge la fascination mimétique pour les scandales occidentaux et la tentation de les projeter artificiellement sur le Maroc. Entre quête de visibilité numérique, désinformation et crise des repères moraux, il plaide pour un regard critique et pour une modernité enracinée plutôt qu’importée.

Abdelahad Idrissi Kaitouni
Que nous fais-tu là Facebook ? On sait que dès le début, ce réseau social a été conçu pour être le parfait miroir aux alouettes, piégeant une infinité de personnes qui souffrent d’un mal endémique, celui de l’impérieux besoin de paraître. Une furieuse envie d’exister, proche de la schizophrénie !
Le cadre est parfaitement bien aménagé par Facebook qui offre à chacun, à travers deux pelés et trois tondus qui vont le lire, l’illusion qu’il peut ainsi toucher un public aussi large que possible. C’est l’occasion rêvée pour une faune d’incultes de s’emparer de cette tribune pour espérer attirer à eux un peu de lumière.
On ne va pas reprocher à tout le monde de manquer de connaissances, dès lors que les gens se cantonnent dans ce qu’ils savent, qu’ils ne cherchent pas à travestir la vérité, à dire une chose et son contraire, à diffamer, insulter, à nier les évidences en réfutant la logique qui tombe sous le sens, etc., etc. Une sorte de déontologie simple, et profondément éthique.
Mais la rage de paraître, cette pulsion irrépressible vers la célébrité, amènent une pléiade de ceux qui sont devenus « intellectuels » par la seule grâce de Facebook, à récuser toute déontologie. Ils se permettent tous les excès, y compris la fabrication de mensonges grossiers et grotesques, juste pour apparaître comme quelqu’un qui sait.
C’est le cas ces derniers jours de l’affaire qui défraie la chronique aux USA, celle d’Epstein. Vu l’acharnement de mauvais zélateurs, j’ai commencé à nourrir un doute que Epstein pouvait être marocain. N’ayant aucun moyen de faire des vérifications, je me suis adressé à des amis en Amérique du Nord, très versés dans la politique. La réponse est arrivée, rapide et sans nuance : le Maroc est cité, et plus exactement Marrakech, même plusieurs fois, mais essentiellement en tant que lieu de villégiature de la Jet Set américaine. Mais rien de plus !
Pour Epstein, l’essentiel est d’impliquer, ou au moins de s’afficher avec quiconque pouvait avoir un impact médiatique. L’outrecuidance l’a poussé jusqu’à vouloir impliquer une des plus grandes icônes de la pensée moderne, Noam Chomsky. Mais ce n’est pas pour autant qu’il cracherait sur des seconds couteaux, qu’un retournement de conjoncture ramènerait en surface.
Ceci dit, les quelques Marocains, officiel ou pas, qui sont cités, ne le sont dans aucun des scandales qui jalonnent cette affaire. Alors pourquoi ce besoin impérieux de vouloir nous fourvoyer avec la fange ? On cherche le moindre interstice pour tenter de trouver le chemin des eaux troubles, lieux de délectation de nos apprentis sorciers.
Et après tout, même dans les pays pleinement touchés par le galimatias Epstein, qu’est-ce que cela signifie réellement ? C’est juste un pet sioniste nauséabond pour détourner l’attention sur les véritables problèmes de l’heure.
Comme si ce qui s’est passé avec Epstein était quelque chose de nouveau dans l’univers du pouvoir en Occident ! Comme si tout cela ne faisait pas partie intégrante de l’ADN de la Doxa qui mène le monde d’aujourd’hui ! Quelle piètre diversion !
Bien que menée de mains de maître, elle n’en demeure pas moins une diversion honteuse qui cherche à masquer ce qu’il y a de plus honteux encore : l’incapacité de l’Occident à préserver, ne serait-ce que quelques valeurs de celles endossées depuis qu’il régit le monde.
Pour ma part, je m’interdis de ronger cet os et je ne m’offusque guère de ce qu’on cherche à nous « révéler ». Par contre, je m’indigne contre ceux des nôtres qui, désespérément, veulent voir le pays éclaboussé par ce genre de scandales. Qu’ont-ils à y gagner ? Iront-ils jusqu’à imaginer que le Maroc est en progrès car frappé par les mêmes forfaitures que l’Occident ?
De grâce, épargnons à notre pays cette aspiration de mauvais goût. Nous ne devons plus endosser systématiquement ce que nous pensons être des valeurs occidentales, car l’Occident lui-même n’y croit plus.
Sans renier les apports de l’Occident, nous devons rester circonspects quant à ses rapports avec la morale. Mais quand un grand magazine de la place fait sa une sur Epstein, ne devons-nous pas nous interroger sur notre propre morale ? Encore une fois, le Maroc n’a pas besoin de s’inscrire dans la modernité, en faisant du copié-collé de ce qui se passe en Occident. Epstein ne sera jamais un totem pour les Marocains.
Nous avons maintenant assez de ressources pour tracer un chemin qui nous ressemble. Pas une pâle image d’un Occident en perte de repères