Fatima Benslimane Hassar ou la référence – Par Adel Ghallab

Fatima Benslimane Hassar ou la référence – Par Adel Ghallab

Très jeune, Fatima Benslimane Hassar s’investit dans la chose publique, alors que le Maroc subit, depuis le 30 mars 1912, une spoliation totale de sa liberté

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Figure discrète et pourtant centrale de l’histoire sociale et politique du Maroc contemporain, Fatima Benslimane Hassar s’est éteinte à l’âge de 97 ans en laissant derrière elle un héritage exceptionnel de militantisme, de dévouement et de service public. Adel Gjallab revient sur le parcours d’une femme engagée dès sa jeunesse dans le combat pour l’indépendance, puis actrice de premier plan dans la construction de l’État social marocain. Elle incarne une génération de femmes pionnières qui ont transformé l’engagement citoyen en action concrète, durable et profondément humaniste.

Il est des femmes, que le Maroc a connus - dans son histoire ancienne et récente - qui ont forgé et forcé le destin. Fatima Benslimane Hassar, qui vient de nous quitter à l’âge merveilleux de 97 ans, est parmi celles – ci.

Très jeune, elle s’investit dans la chose publique, alors que le Maroc subit, depuis le 30 mars 1912, une spoliation totale de sa liberté. Au milieu de cette occupation en bonne et due forme, Fatima s’investit dans un travail de fond et de longue haleine,  entamé  auparavant par d’autres pionnières  – dont Malika el Fassi, seule femme signataire du manifeste du 11 janvier 1944 -, par lequel le parti de l’Istiqlal revendique l’indépendance du Maroc. Cela consistait à tisser la trame de la divulgation de la prise de conscience, en vue d’initier à tous : que le pays a subi la défaite militaire, et pis encore, la défaite morale de se voir occupé et se devant d’être libre, donc debout. Une des taches essentielles parmi les prioritaires, était alors de pousser à s’embarquer dans l’enseignement, le parti ayant fait propager  les écoles à grande échelle,  malgré les réticences de la  résidence générale française,  qui clamait haut et fort que le nombre d’école était suffisant. Pour cela, Fatima avec d’autres, s’investit, dans  l’émancipation des femmes (lutte contre l’analphabétisme), et  principalement dans cette mission pour persuader et faciliter d’intégrer l’école, pour les jeunes filles également, point d’orgue de l’organisation du Maroc postindépendance.

En 1956, le père de la nation Mohamed V, reçoit, parmi les nombreux corps constitués, Fatima avec Najat Mrabet , Latifa Benabderazik , Cherifa Alaoui , et lui pose sur la tète le chapeau de la famille et des affaires sociales . Forte de cet attribut, qu’elle décrira comme une lourde responsabilité, plus rien n’arrêtera sa flamme pour venir en aide à l’enfance et à la famille. Elle a su et pu créer des passerelles et synergies entre les instances du Croissant rouge , de l’Entraide nationale , de la Ligue pour la protection de l’enfance et de la prévention sanitaire , de l’Union des femmes du Maroc, de SOS Villages d’enfants ( pour orphelins et  délaissés ) de Spécial Olympiques (championnat sportif dédié aux handicapés ) et, enfin,  de la Fondation Mohamed V que le défunt Roi  Hassan II  la chargea des zones reculées et rurales qu’elle a  bien connu au début de son parcours . Bien qu’accumulant nombres de titres de responsabilités au sein de ces instances, l’on retenait qu’un seul : Lalla Fatima, une cheville ouvrière traçant son chemin avec endurance et espoir constant pour relever les défis quelle appelait tremplin…à franchir. Son humilité écrasante et désarmante lui donnait une aura, et son sens du devoir envers les nécessiteux d’attentions lui ouvrait davantage de portes.  

De par sa participation aux travaux de l’UNICEF, Fatima a su partager l’expérience du Maroc dans le domaine de l’enfance et du droit de l’enfant (contre toute sorte d’abus ) , et faire profiter nos instances de ce savoir –faire ,  lui même fruit de tous les apports des Etats –membres .  Forte de son expérience internationale dans son domaine, l’ONU l’a choisie, parmi un cercle réduit de femmes dans le monde, pour dédier une réflexion, en électron libre, sur le devenir de la femme.

Au sein de l’association Marocaine de soutien à la lutte Palestinienne créée en 1968  et animée par toutes les forces politiques, syndicales et les  divers courants de pensée, Fatima y a joué un rôle médian pour des actions concrètes, d’ailleurs , souvent relayées à l’international. 

Durant tout son parcours au parti de l’Istiqlal, elle était à l’avant garde de toutes les responsabilités assumées : cellule, conseil national, comité central et comité exécutif.

Lalla Fatima restera parmi nous. Son œuvre demeurera un exemple pour tous les  généreux de cœur et  épris de faire partager la prise de conscience, lesquels  dénommés serviteurs de la communauté.  Eu égard à la déterminante période de l’occupation du Maroc, reste à dire ,corollairement ,que : à circonstances exceptionnelles, femmes et hommes exceptionnels.  La flamme  au diapason doit être maintenue  vive et flamboyante. Aussitôt, après son retour Mohamed V  l’a clamé : nous sommes passés de la lutte mineure à la lutte grandiose.