Femmes soldats : action sociale, santé militaire, formation navale…

Femmes soldats : action sociale, santé militaire, formation navale…

Des services sociaux aux hôpitaux militaires, en passant par l’École Royale Navale, les parcours des femmes soldats traduisent une présence croissante dans des métiers exigeant à la fois discipline, compétence, disponibilité et sens du service

1
Partager :

Quid avec MAP

Au sein des Forces Armées Royales, les femmes occupent des fonctions de plus en plus diversifiées dans les domaines de l’action sociale, de la santé militaire, de la formation et des spécialités techniques. Des services sociaux aux hôpitaux militaires, en passant par l’École Royale Navale, leurs parcours traduisent une présence croissante dans des métiers exigeant à la fois discipline, compétence, disponibilité et sens du service. À Rabat comme à Casablanca, ces profils illustrent l’évolution du rôle des femmes dans l’institution militaire et leur contribution à des missions touchant à l’encadrement, à l’accompagnement des populations, aux soins, à l’enseignement et au soutien opérationnel.

Des parcours féminins au cœur des services sociaux des FAR

Dans les services sociaux des Forces Armées Royales, plusieurs jeunes femmes suivent ou exercent des missions qui associent formation militaire, accompagnement humain et intervention de terrain. Leur présence dans cette composante de l’institution illustre l’importance accordée à l’action sociale dans l’environnement militaire, mais aussi dans la réponse aux situations de crise.

Le parcours du sous-lieutenant El Bayed Amira s’inscrit dans cette dynamique. Âgée de 23 ans, la jeune officier, issue de l’Académie Royale militaire, dispose d’un cursus mêlant un baccalauréat en sciences de la vie et de la terre et une licence en études anglophones. Affectée au Centre d’instruction des services sociaux des FAR, elle y exerce des fonctions d’encadrement comme commandante de section. À ce titre, elle participe à la formation des stagiaires destinées à devenir assistantes sociales militaires.

Son rôle consiste à accompagner ces recrues tout au long de leur période de formation, dans un cadre fondé sur la discipline, l’autonomie et le sens des responsabilités. Elle dispense également des cours d’anglais, avec une attention particulière portée aux dimensions relationnelles et professionnelles de l’assistance sociale en milieu militaire. Dans cette approche, la transmission des connaissances s’accompagne d’un travail sur la confiance en soi, la capacité de communication et l’aptitude à intervenir dans des situations humaines complexes.

Son engagement dans les services sociaux a aussi pris une dimension concrète lors du séisme d’Al Haouz. Mobilisée dans le cadre de l’intervention des Forces Armées Royales, elle a contribué à l’organisation des opérations, à l’encadrement et au soutien moral des sinistrés. Cette expérience de terrain a renforcé, selon les éléments rapportés, sa perception de la portée humaine de sa mission. Le souvenir d’un enfant ayant perdu plusieurs membres de sa famille, mais continuant à aider les autres, reste associé à cette période d’intervention.

À travers son parcours, ressort également la manière dont la formation militaire structure les profils appelés à exercer dans l’assistance sociale. Pour cette jeune officier, les exigences de rigueur, de solidité personnelle et d’endurance constituent des éléments qui permettent d’assumer des responsabilités importantes, y compris dans des contextes d’urgence ou de catastrophe.

Une formation tournée vers le terrain et la préparation aux crises

Au Centre d’instruction des services sociaux, d’autres profils illustrent la diversité des trajectoires féminines en cours de construction au sein des FAR. C’est le cas de l’élève officier du rang Najwa Bakkas, âgée de 24 ans. Titulaire d’un baccalauréat en sciences physiques, elle suit sa deuxième année de formation après une première expérience comme recrue et aide-infirmière à l’École Royale du personnel paramédical Lalla Meryem.

Son entrée dans l’institution militaire s’inscrit dans un projet ancien, nourri dès l’enfance, avec le soutien de sa famille. Le choix de la spécialité d’assistante sociale repose sur une articulation entre discipline militaire et service humain. Sa formation actuelle comprend ainsi des volets académiques, militaires et physiques, conçus pour préparer à l’intervention sur le terrain, notamment lors de situations exceptionnelles comme les inondations ou d’autres catastrophes.

L’expérience acquise comme aide-infirmière constitue un socle que la stagiaire entend mobiliser dans l’accompagnement psychologique et social des populations. La préparation physique occupe également une place importante dans son parcours. Elle s’entraîne régulièrement et s’est distinguée dans certaines disciplines athlétiques, notamment le sprint et le saut en longueur. Cette dimension répond aux exigences concrètes du métier, qui suppose mobilité, endurance et résistance.

La formation militaire qu’elle suit intègre aussi des exercices collectifs de précision et de coordination. Le travail physique, les entraînements rythmés et la pratique sportive participent à la construction d’un profil appelé à intervenir dans des contextes demandant à la fois discipline, réactivité et maîtrise de soi. À cela s’ajoute, selon son témoignage, un encadrement permettant de mieux organiser l’équilibre entre vie personnelle et engagement professionnel.

Le profil de l’élève officier du rang Saïda Eddhouj, âgée de 19 ans, s’inscrit dans la même logique. Après un baccalauréat en sciences physiques, option française, obtenu avec mention très bien en 2024, elle a rejoint le centre de formation des services sociaux. Son choix a été encouragé par son entourage familial, notamment par l’exemple de son père, lui-même membre des FAR.

Pour cette jeune recrue, la spécialité d’assistante sociale représente un domaine où la dimension humaine reste centrale, en particulier lors de crises, de catastrophes naturelles ou dans le cadre d’interventions d’appui aux populations. Sa formation comprend des exercices intensifs destinés à renforcer sa préparation physique et mentale. L’ordre serré, qui repose sur la synchronisation, la précision des mouvements et l’exécution collective des consignes, fait partie des apprentissages mobilisés pour développer cohésion, vigilance et sens du devoir.

Au-delà de l’entraînement, ce parcours met en évidence le rôle accordé aux femmes dans des fonctions autrefois largement perçues comme masculines. Les profils formés au sein de ces structures sont appelés à conjuguer discipline institutionnelle, capacité d’écoute et accompagnement dans des contextes sensibles, au service des militaires comme des citoyens.

Les femmes de santé militaire entre expertise clinique et accompagnement des patients

Dans les structures hospitalières militaires, les femmes exercent également des responsabilités croissantes. L’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V de Rabat offre un aperçu de cette présence féminine dans les métiers médicaux et paramédicaux.

Le médecin lieutenant-colonel Nadia Loudiyi, professeur assistant en cardiologie clinique, y exerce dans un service où la prise en charge des patients repose sur une organisation multidisciplinaire. Son activité s’inscrit dans le traitement de cas complexes nécessitant concertation, disponibilité et précision dans l’évaluation clinique. La cardiologue souligne que le métier de médecin militaire ne se limite pas à l’exercice médical au sens strict, mais implique une responsabilité supplémentaire liée à l’environnement militaire, à la discipline et au travail collectif.

Son activité quotidienne repose sur l’examen des patients, l’établissement du diagnostic, l’explication des options thérapeutiques et la participation aux décisions prises au sein d’équipes associant différentes spécialités. Dans cette organisation, la pratique médicale s’accompagne d’un impératif de rigueur, de concentration et de disponibilité. Elle insiste également sur la possibilité de concilier ce niveau d’exigence avec une vie familiale, en évoquant le soutien de son entourage.

Cette présence féminine dans la santé militaire ne concerne pas uniquement les fonctions médicales de spécialité. Elle se retrouve aussi dans les professions paramédicales, comme l’illustre le parcours du sergent-chef Ikram Rhannou, diététicienne nutritionniste à l’Hôpital Militaire Mohammed V. Formée à l’École Royale du personnel paramédical Lalla Meryem, qu’elle a intégrée en 2014, elle a commencé sa carrière en 2017 après avoir concrétisé un projet ancien d’entrée dans les FAR.

Son travail consiste à assurer un suivi nutritionnel adapté aux patients, mais aussi à intervenir dans l’accompagnement pré et post-opératoire. Cette fonction ne se réduit pas à l’élaboration de régimes alimentaires. Elle comprend également une dimension de conseil, de pédagogie et de soutien psychologique, visant à contribuer au rétablissement du patient dans la durée. À travers cette activité, la prise en charge sanitaire apparaît comme un processus global, mobilisant plusieurs compétences complémentaires.

Les parcours de ces professionnelles traduisent une évolution du rôle des femmes dans le système de santé militaire. Leur présence contribue au fonctionnement de services spécialisés, à l’accompagnement des patients et, plus largement, au renforcement des capacités hospitalières au sein des FAR.

À l’École Royale Navale, des femmes investissent les fonctions d’encadrement et les spécialités techniques

À Casablanca, l’École Royale Navale constitue un autre espace où la présence féminine s’affirme progressivement dans les métiers militaires de haute technicité. Le parcours de l’Enseigne de Vaisseau Oumaima Rahmani en fournit une illustration. Officier issue de l’École Royale Navale et ingénieure d’État spécialisée en systèmes radar et navigation, elle exerce aujourd’hui dans l’encadrement et la formation des futurs officiers de la Marine Royale.

Dans ses fonctions, elle dispense des cours de navigation à des élèves officiers destinés à exercer à terme des responsabilités de commandement. La formation assurée dans l’établissement repose sur un équilibre entre enseignement théorique, exercices techniques, simulations et périodes d’application en mer. L’usage de simulateurs permet de reproduire des situations proches des conditions réelles de navigation, avec des paramètres variables liés à la météo, à l’environnement maritime ou aux scénarios opérationnels.

Les élèves sont aussi initiés aux tactiques navales à travers des simulations de combat en mer. L’objectif est de développer leurs capacités d’analyse, de coordination et de réaction dans des environnements exigeants. Oumaima Rahmani souligne l’importance d’une formation complète associant théorie et pratique, ainsi qu’une adaptation constante aux nouvelles technologies utilisées dans les opérations maritimes.

Son parcours est également marqué par une discipline sportive de haut niveau. Championne en natation, elle cumule plusieurs titres, ce qui complète un profil où se rejoignent compétence technique, sens du commandement et endurance. Son expérience est présentée au sein de l’établissement comme un exemple de professionnalisme et de maîtrise dans un domaine longtemps dominé par les hommes.

La présence féminine au sein de la Marine Royale ne se limite pas aux fonctions d’enseignement ou de commandement. Elle concerne aussi des métiers techniques directement liés au soutien opérationnel. Le cas du second maître Bouchra El Gardha, spécialisée en fabrication mécanique au sein des Ateliers de la Flotte Centrale, en est une illustration. Sa mission porte sur la fabrication et la rénovation de pièces de rechange destinées aux machines des unités combattantes de la Marine Royale.

Ce travail, indispensable à la disponibilité technique de la flotte, montre l’élargissement progressif des spécialités accessibles aux femmes dans l’institution militaire. Dans ces ateliers, les compétences mécaniques et la maîtrise technique contribuent directement au maintien en condition des moyens navals. Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus large, où la Marine Royale, fondée en 1960, assure des missions liées à la sécurité maritime, à la protection des côtes et à la lutte contre les trafics illicites.

L’École Royale Navale joue un rôle central dans cette organisation. Accessible après le baccalauréat, son cursus s’étend sur plusieurs années selon les filières. Elle forme les officiers destinés à exercer dans les différents domaines maritimes, qu’il s’agisse de commandement, de navigation, de systèmes techniques ou d’expertise opérationnelle. Dans cet ensemble, la présence féminine progresse, portée par des profils combinant formation scientifique, discipline militaire et capacité à exercer dans des environnements complexes.