Inondations du Gharb et du Loukkos : un modèle marocain de gestion proactive des catastrophes

Inondations du Gharb et du Loukkos :  un modèle marocain de gestion proactive des catastrophes

La mobilisation sur le terrain a été rapide. Les autorités locales ont anticipé les risques. Les Forces Armées Royales, la Gendarmerie Royale, la Sûreté nationale, la Protection civile, les Forces auxiliaires et les autorités territoriales ont assuré l’évacuation des habitants et la sécurisation des biens.

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La gestion des récentes inondations ayant frappé les régions du Gharb et du Loukkos marque, selon le Conseil national des droits de l’Homme, un tournant dans la manière d’appréhender les catastrophes naturelles au Maroc. Mobilisation rapide, coordination institutionnelle et prise en compte des droits fondamentaux dessinent les contours d’un modèle national de riposte proactive, appelé à être consolidé et structuré.

Les inondations qui ont touché les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane ont constitué un test grandeur nature pour les mécanismes de gestion des crises. Dans ses conclusions préliminaires, le Conseil national des droits de l’Homme estime que la réponse apportée par les autorités publiques offre des enseignements précieux et pose les bases d’un protocole national d’intervention face aux catastrophes naturelles.

Un cadre renforcé par les directives royales

Le CNDH salue d’abord les directives royales adressées au gouvernement, ayant conduit à la déclaration des provinces les plus affectées comme zones sinistrées. Cette décision a permis de déclencher un programme d’aide et de soutien aux populations touchées, donnant un cadre juridique et opérationnel clair à l’action publique.

Au-delà de l’aspect institutionnel, la mobilisation sur le terrain a été rapide. Les autorités locales ont anticipé les risques en déployant des moyens de sauvetage et en coordonnant les interventions. Les Forces Armées Royales, la Gendarmerie Royale, la Sûreté nationale, la Protection civile, les Forces auxiliaires et les autorités territoriales ont assuré l’évacuation des habitants et la sécurisation des biens, notamment à Ksar El Kébir, durement impactée au début du mois de février.

Le Conseil souligne que cette coordination interinstitutionnelle, conjuguée à une planification préalable, constitue une avancée notable en matière d’alignement sur les normes internationales de gestion des catastrophes.

Une mobilisation citoyenne saluée

Le CNDH met également en lumière la réactivité des citoyens, qui ont respecté les consignes d’évacuation et fait preuve d’un sens de discipline jugé exemplaire. L’organisation des opérations de déplacement vers des zones sûres s’est déroulée dans des conditions ordonnées, facilitant le travail des services de secours.

Pour le Conseil, cette dimension participative renforce l’efficacité de la riposte et mérite d’être documentée comme une bonne pratique. Elle illustre l’importance de la confiance entre institutions et population en période de crise.

Continuité des services essentiels

Sur le plan éducatif, les autorités ont opté pour la suspension temporaire des cours dans les provinces concernées par les alertes météorologiques, afin de garantir la sécurité des élèves et du personnel. Le recours à l’enseignement à distance a permis d’assurer la continuité pédagogique, tandis qu’une reprise progressive des cours a été organisée dans les établissements non affectés.

Dans certains cas, des solutions innovantes ont été mises en œuvre pour maintenir la scolarisation, démontrant une capacité d’adaptation face à l’urgence. Le CNDH considère ces mesures comme conformes à une approche fondée sur les droits, notamment le droit à l’éducation.

La protection du droit à la santé a également fait l’objet d’une attention particulière. En partenariat avec des associations spécialisées, les autorités ont organisé l’évacuation et le regroupement des femmes enceintes, tout en accordant une vigilance accrue aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. Les malades chroniques ont bénéficié de la continuité des soins.

Désinformation et vigilance numérique

Le Conseil attire toutefois l’attention sur la circulation de contenus numériques trompeurs durant la crise. Des vidéos anciennes, des images sorties de leur contexte ou provenant d’autres pays ont été relayées comme si elles concernaient les inondations au Maroc.

Plus préoccupant encore, des messages d’alerte fallacieux générés par des systèmes d’intelligence artificielle ont été diffusés, de même que des publications accusant les autorités de mauvaise gestion. Ces contenus émanaient en grande partie de comptes opérant depuis l’étranger.

Pour le CNDH, cette dimension informationnelle constitue un enjeu majeur dans la gestion des catastrophes. La lutte contre la désinformation doit accompagner les efforts de secours afin de préserver la cohésion sociale et la confiance publique.

Vers une stratégie nationale consolidée

Le Conseil prend acte de l’avancement de l’élaboration de la stratégie nationale de gestion des catastrophes, qui vise à intégrer des mesures préventives et des mécanismes de réponse structurés. Il recommande l’élaboration de plans locaux globaux aux niveaux régional, provincial et communal pour la gestion des risques d’inondation.

Ces plans devraient intégrer une approche fondée sur les droits de l’Homme et définir clairement les rôles et responsabilités des différents intervenants. Le CNDH appelle également à une révision de la vision gouvernementale face aux changements climatiques.

Selon le Conseil, les défis climatiques ne se limitent pas aux années de sécheresse. Les épisodes pluvieux extrêmes et les inondations doivent être intégrés dans les politiques d’aménagement du territoire, qu’il s’agisse du littoral, des zones montagneuses ou des oasis.

À travers l’expérience du Gharb et du Loukkos, le Maroc dispose d’une opportunité pour formaliser un modèle national de gestion proactive des crises. L’enjeu dépasse la réponse immédiate : il s’agit de bâtir une culture de prévention, de résilience et de protection des droits face à des aléas climatiques appelés à se multiplier.