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La cité ocre – Par Seddik Maaninou
La nécropole saadienne, sultan Ahmad Al‑Mansour Ad‑Dhahabi (décédé en 1603), entourée de celle de son fils, le sultan Zidan, ainsi que celle de son petit‑fils, le dernier des sultans saadiens, Mohammed Cheikh surnommé As‑Saghir.
Marrakech, cité aux mille visages, recèle des trésors chargés d’histoire où s’entremêlent grandeur passée, secrets enfouis et anecdotes mystérieuses. D’une visite à la cité ocre, Seddik nous mène de la nécropole royale saadienne à l’imposant palais El Badi, ces monuments qui racontent des siècles de gloire, d’intrigues et d’oublis, révélant l’âme immortelle de la cité ocre.

À chaque fois que je visite Marrakech, ma curiosité grandit pour découvrir davantage de ses monuments historiques, témoignages du long chemin qu’a parcouru la ville à travers des siècles d’événements. C’est ainsi que je suis revenu visiter un lieu majeur, orné de l’empreinte de la dynastie saadienne.
La Nécropole Fermée
J’ai revisité la nécropole des rois, celle où retrouvent deux cent trois tombes, parmi lesquelles celle du sultan Ahmad Al‑Mansour Ad‑Dhahabi (décédé en 1603), entourée de celle de son fils, le sultan Zidan, ainsi que celle de son petit‑fils, le dernier des sultans saadiens, Mohammed Cheikh surnommé As‑Saghir.
Cette nécropole royale était restée fermée pendant plus de deux siècles. Personne n’avait le droit de la visiter, elle était ignorée des historiens et des chercheurs. Les Marrakchis avaient sans doute choisi de tourner la page de cette période troublée où le Maroc était en proie à l’instabilité, notamment à la fin du règne des Saadiens.
Les Souliers des Chrétiens
Ce processus d’oubli a été renforcé par l’imposant mur que le sultan Moulay Ismaïl fit construire autour du lieu, rendant son accès extrêmement compliqué. Pour entrer, il fallait obligatoirement traverser la mosquée des Almohades, adjacente à la nécropole, puis franchir une petite porte menant à la grande cour des sépultures.
Ce n’est qu’en 1917 que le pacha de la ville a autorisé le général Lyautey à accéderà la nécropole en passant par la mosquée. Mais les habitants furent indignés de voir des chrétiens pénétrer, chaussures aux pieds, à l’intérieur du lieu de culte ainsi que parmi les tombes des sultans. Pour éviter que le lieu sacré ne soit à nouveau profané, ils condamnèrent définitivement cette entrée. À ce jour, elle reste fermée, tandis qu’un passage étroit et sinueux a été ouvert pour permettre aux non‑musulmans (« Ahl Ad‑Dimma ») d’apercevoir les tombes saadiennes.
Une Tombe étrange
Parmi les curiosités du lieu figure la présence d’un grand nombre de tombes d’enfants morts de la peste et d’autres épidémies, ainsi que des tombes de femmes, mères et grand‑mères de sultans. Mais le plus étonnant est de trouver parmi elles celle d’un sultan alaouite, Moulay Al‑Yazid, qui n’a régné que peu de temps. Je ne sais pourquoi ni dans quelles circonstances il a été inhumé ici, alors que son grand‑père, Moulay Ismaïl, avait justement voulu que ce lieu reste clos et à l’abandon. Quelles conditions politiques ont permis que Moulay Al‑Yazid repose dans la même salle que le sultan Ahmad Al‑Mansour As‑Saadi ?
Une Tradition Ancienne
La coutume de réserver une nécropole aux sultans du Maroc remonte à des siècles dans notre pays, notamment à Chellah à Rabat où repose la dynastie mérinide, ainsi qu’au mausolée de Mohammed V à proximité de la Tour Hassan.
Les Ruines du Palais El Badi
Ma deuxième visite était consacrée au palais El Badi, entouré de légendes et d’anecdotes. Les historiens s’accordent à dire qu’il s’agissait d’un palais gigantesque, d’une beauté rare, où l’architecture, le mobilier et la décoration atteignaient des sommets de raffinement. Le sultan Ahmad Al‑Mansour le fit construire pour glorifier la descendance du Prophète et élever davantage son prestige.
Le palais El Badi était réservé aux fêtes, aux réceptions d’ambassadeurs, ainsi qu’aux rencontres des poètes, des écrivains et des savants. Les matériaux provenaient des quatre coins du globe : marbre, bois précieux, étoffes raffinées… Ce lieu était sans doute le plus majestueux des palais du Maroc, où l’art andalou rencontrait l’art marocain, rehaussés par des aménagements tels que des bassins immenses, des portes monumentales, des murs épais, des allées fleuries de roses et de jasmins. Parmi les trésors du palais figuraient notamment le Dôme de la Victoire et le Dôme du Cinquantenaire.
Le Domaine des Cigognes
Ce palais a été démantelé à l’époque de Moulay Ismaïl, qui fit transférer à Meknès ses plus belles pièces pour orner les palais qu’il y faisait construire. Aujourd'hui, il ne reste du palais El Badi que des murs en ruine, des bassins vides, dépouillé de toutes ses richesses. Le palais est resté un lieu abandonné pendant des décennies, où ont fini par s’installer des cigognes… ultime témoignage d’une civilisation disparue.
On raconte que lorsqu’Ahmad Al‑Mansour acheva la construction du palais, il y accueillit la population, émerveillée par la splendeur du lieu. Le sultan demanda à un des mystiques ce qu’il pensait de ce chef‑d’œuvre. Ce dernier répondit, : « Ce monde court à sa ruine. » Le sultan s’offusqua, mais la prémonition du mystique disait vrai… Quue Dieu protège à jamais Marrakech la cité ocre.