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La violence dans les couples, une situation plus préoccupante au Maroc qu’ailleurs
Le mariage, censé être un espace de sécurité et d’épanouissement, peut se transformer en véritable prison.
Sil’on s’en tient aux chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé, et ceux du Haut-Commissariat au Plan, Au Maroc, la situation des couples toxiques est plus préoccupante que dans la moyenne internationale. Derrière les murs de nombreux foyers, le mariage peut devenir un espace de domination et de souffrance, où la violence psychologique – souvent invisible – fragilise les victimes et les enferme dans un cycle d’abus et de dépendance.


Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Dr Nada LAHLOU, psychiatre à Oujda
Selon l’Organisation mondiale de la santé, une femme sur trois dans le monde subit une forme de violence au sein du couple.
Au Maroc, les chiffres du Haut-Commissariat au Plan sont encore plus préoccupants : plus d’une femme sur deux déclare avoir vécu au moins un acte de violence conjugale – qu’elle soit physique, psychologique ou économique.
Les violences psychologiques, invisibles et insidieuses, demeurent les plus fréquentes et les plus destructrices.
Le mariage, de refuge à prison
Le mariage, censé être un espace de sécurité et d’épanouissement, peut se transformer en véritable prison.
Dans les couples toxiques, un partenaire prend le contrôle total de la relation : il décide des finances, des relations sociales, des choix de carrière, parfois même des moindres gestes du quotidien.
Les critiques, les humiliations et l’intrusion dans l’intimité deviennent une routine étouffante.
L’isolement, l’arme invisible
L’isolement est une stratégie redoutable utilisée par le conjoint violent.
Il coupe les liens avec la famille, les amis et les activités sociales, créant une dépendance affective et matérielle.
Peu à peu, la victime se sent seule, démunie et sans échappatoire.
Cette fragilisation est souvent renforcée par le “gaslighting”, une forme de manipulation qui pousse la victime à douter de ses propres souvenirs et de sa perception de la réalité.
Résultat : confusion, perte de confiance en soi et sentiment de culpabilité – jusqu’à avoir l’impression de « devenir fou ou folle ».
Le cycle d’abus et de séduction
Le processus est pervers : après les phases de critique et de punition surviennent des moments de séduction et d’apaisement.
Ces gestes de tendresse entretiennent l’espoir et piègent la victime dans un cercle émotionnel où se succèdent peur, soulagement et nouvelle domination.
Des conséquences psychologiques lourdes
Les impacts sur la santé mentale sont considérables : stress chronique, insomnie, hypervigilance, perte d’estime de soi, confusion mentale, voire dépression.
Certaines victimes développent des mécanismes de survie comme la dissociation émotionnelle, se coupant de leurs sentiments pour supporter la situation.
Briser le cycle
Sortir de ce type de relation commence par un retour à la réalité.
Écrire un journal, consigner les faits, parler à des personnes de confiance ou à un professionnel permet de valider ses perceptions et de se libérer du sentiment de culpabilité.
Poser des limites claires, éviter les confrontations inutiles et se réserver des moments de solitude sécurisée aident à préserver son énergie émotionnelle.
Le rôle vital de l’entourage
La reconstruction passe aussi par le soutien extérieur : famille, amis, groupes de victimes ou thérapeutes.
Rompre l’isolement est essentiel pour sortir de la confusion et reprendre pied dans la réalité.
Quand la situation devient dangereuse
Si la violence escalade, planifier sa sécurité devient une priorité.
Établir une stratégie de sortie et un plan concret réduit le stress et permet de prendre des décisions lucides.
Un acte de survie et de courage
Reconnaître la toxicité, chercher du soutien, planifier son avenir : ce sont les premières étapes vers la liberté.
Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de courage pour retrouver sa santé mentale et reprendre le contrôle de sa vie.