Le Grand Magal, des devins qui prédisent un fracture du binôme qui gouverne le Sénégal, et 33 décès – Par Assia Makhlouf

Le Grand Magal, des devins qui prédisent un fracture du binôme qui gouverne le Sénégal,   et 33 décès – Par Assia Makhlouf

Trente-trois pèlerins ont trouvé la mort lors du Grand Magal de Touba, selon un communiqué de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers. Cette tragédie dépasse largement le bilan de l’édition précédente

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Un pèlerinage marqué par un lourd bilan routier et une cérémonie mystique de divination rappellent la place centrale de la foi et des traditions dans la société sénégalaise. Les devins ont livré leurs visions pour l’avenir : récoltes prometteuses, pluies abondantes, mais aussi tensions politiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, annonciatrices d’éventuelles fractures à l’horizon de 2029.

Par Assia Makhlouf

Trente-trois vies fauchées sur la route du Magal

Trente-trois pèlerins ont trouvé la mort lors du Grand Magal de Touba, selon un communiqué de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers. Cette tragédie dépasse largement le bilan de l’édition précédente, où 16 décès avaient été recensés. Plus de 341 accidents de la circulation et 571 blessés ont été enregistrés, malgré le déploiement massif de secours et la distribution de près de 2,7 millions de litres d’eau aux fidèles.

Chaque année, des millions de mourides convergent vers Touba, cœur spirituel de la confrérie fondée par Cheikh Ahmadou Bamba. Le pèlerinage commémore l’exil imposé en 1895 par le pouvoir colonial français au guide spirituel, devenu figure centrale de l’islam soufi au Sénégal. Mais au-delà de la ferveur religieuse, le Magal s’accompagne régulièrement de drames routiers. Cette année, les autorités pointent du doigt l’excès de vitesse et l’imprudence des conducteurs sur des routes détrempées par la pluie.

Des devins qui interrogent l’avenir du pays

Au même moment, à Fatick, une autre foule s’est rassemblée pour écouter les prédictions des saltigués, maîtres voyants de la tradition sérère, lors de la cérémonie du Xooy. Dans une atmosphère à la fois solennelle et exaltée, les devins ont livré leurs visions pour l’avenir : récoltes prometteuses, pluies abondantes, mais aussi tensions politiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, annonciatrices d’éventuelles fractures à l’horizon de 2029.

Ces rituels, mêlant chants, tam-tams et transes collectives, continuent de fasciner des générations de Sénégalais, malgré la modernisation rapide du pays. Certains saltigués revendiquent même avoir annoncé par le passé des tragédies comme le naufrage du ferry Le Joola ou la pandémie de Covid-19. Le public, suspendu aux paroles des maîtres devins, oscille entre inquiétude et soulagement, réagissant par des larmes ou des danses selon la teneur des révélations.

 Entre ferveur religieuse et spiritualité ancestrale

Le contraste est saisissant : d’un côté, un pèlerinage mouride qui attire des millions de fidèles et incarne l’islam confrérique sénégalais ; de l’autre, un rituel animiste enraciné dans la tradition sérère, où les devins affirment collaborer avec les esprits pour protéger le pays. Le Grand Magal et le Xooy ne s’opposent pas, ils coexistent et rappellent que la spiritualité au Sénégal ne se limite pas aux grandes religions monothéistes. Elle s’incarne aussi dans des pratiques ancestrales profondément enracinées dans la culture populaire.

Ces savoirs, transmis de génération en génération, sont aujourd’hui menacés par le désintérêt des jeunes et par la modernité. Pourtant, les devins insistent : leurs pratiques ne se limitent pas aux prédictions, elles intègrent aussi une dimension médicale, par la connaissance des plantes et des rituels de guérison. Certains y voient une forme de patrimoine immatériel à protéger, au même titre que les grandes traditions religieuses du pays.

Entre deuil et espoir

Cette semaine, le Sénégal aura donc été traversé par deux réalités contrastées. D’un côté, la douleur de familles endeuillées par des accidents de la route, symbole des défis de sécurité et d’infrastructures que doit relever le pays. De l’autre, la ferveur de cérémonies mystiques qui, au cœur des villages, continuent de façonner la vie sociale, spirituelle et politique. Ces événements révèlent un pays où modernité et tradition s’entrelacent, et où la quête de sens reste centrale, qu’elle s’exprime dans la prière soufie ou dans les visions des saltigués.