société
Les rencontres humaines au-delà des territoires – Par Fatiha Saidi
Du 4 au 11 mai, un groupe de femmes engagées au sein de l’association Soralia a parcouru le Rif, et plus particulièrement la région d’Al Hoceïma
À travers un périple organisé dans le Rif par l’association Soralia, un groupe de femmes a exploré durant une semaine les paysages, les mémoires et les réalités humaines de la région d’Al Hoceïma. Fatiha Saïdi, femme politique belge d’origine marocaine, raconte cette pérégrination entre patrimoine, engagements associatifs, mémoire de la résistance et rencontres avec les habitants. Un voyage éclairant la richesse culturelle et sociale d’un territoire traversé par de profondes dynamiques humaines.

Par Fatiha Saidi
Du 4 au 11 mai, un groupe de femmes engagées au sein de l’association Soralia a parcouru le Rif, et plus particulièrement la région d’Al Hoceïma, dans le cadre d’un voyage placé sous le signe de la rencontre, de la découverte et du partage.

Du 4 au 11 mai, un groupe de femmes engagées au sein de l’association Soralia a parcouru le Rif, et plus particulièrement la région d’Al Hoceïma
Dès les premiers jours, ce séjour a révélé une dimension bien plus profonde qu’un simple déplacement touristique car le Rif s’est imposé comme un territoire chargé d’histoire, de mémoire et d’humanité. À travers les paysages traversés, les villages visités et les échanges noués tout au long de la semaine, c’est toute une réalité sociale, culturelle et humaine qui s’est progressivement dévoilée.
Le voyage a débuté à Al Hoceïma avant de conduire le groupe vers la forteresse de Taourirt, édifiée sous l’impulsion d’Emilio Blanco Izaga. Perchée au cœur des reliefs rifains, cette construction singulière témoigne encore aujourd’hui d’un dialogue entre architecture, territoire et histoire locale. La route s’est ensuite poursuivie jusqu’à Mnoud, où la découverte d’une maison rifaine traditionnelle a permis une immersion dans le patrimoine rural de la région. L’accueil réservé au groupe, les repas partagés et les traditions encore vivantes ont offert un aperçu précieux d’une mémoire familiale et collective profondément enracinée.
Le passage par Ajdir, ancien quartier général d’Abdelkrim El Khattabi, a rappelé la place centrale qu’occupe encore la mémoire de la résistance dans l’histoire du Rif.
Au fil des journées, les rencontres humaines ont occupé une place essentielle dans cette immersion. L’une des étapes marquantes fut la rencontre avec l’Association Forum des Femmes Al Hoceima (AFFA) et sa fondatrice, Zohra Koubia. À travers les témoignages et les échanges, le groupe a découvert le travail mené en faveur des droits des femmes, de la participation citoyenne, de la lutte contre les discriminations et de la justice sociale. Ces échanges ont mis en lumière l’engagement quotidien de nombreuses femmes actives dans le tissu associatif local.
Cette même journée s’est poursuivie par une balade en mer offrant un autre regard sur Al Hoceïma, entre ciel et Méditerranée. Plus tard, la rencontre avec de jeunes scouts marocains réunis pour leur dernière soirée de camp a apporté un moment de convivialité marqué par les chants, les échanges et la joie collective. La visite du pôle culturel Miramar et la rencontre avec Ahmed L’Mourabit ont également permis de découvrir un espace devenu au fil du temps un véritable lieu de transmission culturelle, de valorisation du patrimoine rifain et de diffusion de la mémoire locale.

Du 4 au 11 mai, un groupe de femmes engagées au sein de l’association Soralia a parcouru le Rif, et plus particulièrement la région d’Al Hoceïma
Le séjour s’est ensuite poursuivi entre Badis, Snada, Torres et Cala Iris. Dans la région rurale de Snada, la rencontre avec l’Association Al Amal pour le Développement Féminin, dirigée par Fatima Zohra Al Ouazzani, a particulièrement marqué les participantes. À travers les discussions et les témoignages, les réalités vécues par les femmes rurales sont apparues avec force dont l’accès limité aux ressources, la lutte pour l’autonomie, l’importance du travail associatif et le rôle central des femmes dans la vie communautaire.
Les paysages traversés ont révélé toute la diversité du Rif avec ses montagnes abruptes, ses villages isolés, ses criques et territoires ruraux où subsistent des formes discrètes mais essentielles de résistance sociale et humaine. Ainsi, à Adouz, village médiéval dominant la Méditerranée, la découverte des anciens noyaux d’habitation, des ruelles étroites, du mausolée de Sidi El Haj Hassoun Al Adouzi et de la mosquée mérinide restaurée a permis de mesurer la richesse historique et patrimoniale de la région.
La rencontre avec l’ancien maire Mohamed Boudra a ensuite ouvert un échange autour des enjeux contemporains d’Al Hoceïma, de ses défis de développement et des transformations que connaît aujourd’hui la ville.

Du 4 au 11 mai, un groupe de femmes engagées au sein de l’association Soralia a parcouru le Rif, et plus particulièrement la région d’Al Hoceïma
L’excursion vers le Mont Tidghine, point culminant du Rif, a constitué un autre temps fort du voyage. Les paysages spectaculaires, les routes sinueuses et les villages accrochés aux montagnes ont offert des panoramas impressionnants. Mais cette journée a également permis d’aborder les réalités économiques et sociales auxquelles sont confrontées les populations rurales de ces zones enclavées. Les discussions autour de la culture du cannabis, de la précarité économique, des difficultés agricoles et de l’isolement territorial ont mis en évidence la complexité des conditions de vie dans certaines régions montagneuses du Rif.
Enfin, la dernière étape du séjour a conduit le groupe au mausolée de Sidi Chaïb Ouneftah, figure emblématique de la mémoire populaire rifaine, associée aux musiciens, aux poètes et aux traditions orales. Dominant la Méditerranée, ce lieu conserve une beauté saisissante et porte encore les traces d’un patrimoine spirituel et culturel profondément ancré dans l’histoire de la région.
Mais cette visite a également révélé l’état de dégradation avancée du site. Murs fissurés, effondrements et abandon progressif soulignent la fragilité d’un patrimoine pourtant essentiel à la mémoire collective rifaine. Au-delà des pierres, ce sont des récits, des chants, des croyances et tout un héritage culturel qui semblent aujourd’hui menacés.
Au terme de cette semaine, le voyage laisse apparaître toute la richesse humaine, culturelle et historique du Rif. Derrière les paysages et les lieux visités, ce sont surtout les rencontres, les échanges et les liens tissés tout au long du parcours qui demeurent les éléments les plus marquants de cette expérience collective.
Le Rif a ainsi offert au groupe SORALIA, au-delà d’un voyage culturel, une immersion dans un territoire où mémoire, résistance, transmission et hospitalité restent profondément vivantes.
Ce séjour s’est achevé sur la conviction partagée que la rencontre avec l’autre demeure l’un des moyens les plus précieux de construire des ponts, de transmettre des histoires et de mieux comprendre les réalités humaines qui traversent les frontières.