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Les universités marocaines, forces de propositions à l’approche des législatives ? – Par Dr Anwar Cherkaoui
Dans un pays où le taux d’emploi des jeunes, les défis du marché du travail, l’accès au logement, les transports ou encore l’innovation scientifique sont au cœur des préoccupations sociales, les universités peuvent offrir une réflexion stratégique fondée sur des données, des projets de recherche appliquée et des propositions concrètes pour orienter les politiques publiques
À l’approche des prochaines élections législatives, les universités marocaines pourraient jouer un rôle, qui a longtemps été le leur, bien plus ambitieux que celui de simples lieux de formation. Fortes de plus d’un million d’étudiants, d’un réseau d’établissements publics et privés en expansion et d’un potentiel scientifique encore sous-exploité, elles disposent des ressources humaines et intellectuelles nécessaires pour nourrir le débat public.

Dr Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Les universités marocaines devraient constituer aujourd’hui des acteurs incontournables non seulement de la formation des jeunes, mais aussi du développement social, économique et culturel du pays.
À l’approche des prochaines élections législatives, leur rôle pourrait dépasser les murs pédagogiques pour devenir une force d’idées, de propositions et de projets structurants pour l’avenir du pays.
Au Maroc, le système d’enseignement supérieur compte plusieurs dizaines d’établissements répartis entre universités publiques et établissements privés, grandes écoles et instituts spécialisés.
Le réseau public est composé douze universités publiques structurées en plus d’une centaine d’établissements affiliés, dont des facultés, écoles d’ingénieurs, écoles normales supérieures et instituts de technologie, qui couvrent une grande diversité de domaines d’enseignement et de recherche.
À côté du public, le secteur privé de l’enseignement supérieur a connu une croissance, avec des centaines d’établissements privés autorisés, offrant des formations diversifiées et répondant à des besoins professionnels spécifiques.
Ensemble, ces structures avaient attiré plus d’un million d’étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur marocain pour l’année académique 2024-2025, avec une majorité dans les universités publiques et une croissance notable des effectifs dans le privé.
Cette masse étudiante représente une force sociale, intellectuelle et démographique majeure.
Elle est porteuse de compétences variées dans des domaines aussi essentiels que l’économie, le droit, les sciences humaines, la technologie ou la santé.
Dans un pays où le taux d’emploi des jeunes, les défis du marché du travail, l’accès au logement, les transports ou encore l’innovation scientifique sont au cœur des préoccupations sociales, les universités peuvent offrir une réflexion stratégique fondée sur des données, des projets de recherche appliquée et des propositions concrètes pour orienter les politiques publiques. Et il n’est pas nécessaire que ces politiques publiques en veuillent. L’université marocaine se doit de reconquérir les espaces de débat, d’idées et de propositions qui ont été les siens tout au long des années 60, 70,80 voire 90, avant qu’elles ne tombent dans la marginalité intellectuelle.
Sur des terrains plus spécifiques, des voies et des pistes d’actions et de réalisations existent.
En matière d’emploi, par exemple, les universités peuvent mettre en avant leurs centres d’innovation et leurs programmes de liaison avec le secteur privé afin de proposer des solutions pour l’adéquation formation-emploi, la création d’incubateurs d’entreprises ou encore des plateformes d’appui à l’entrepreneuriat étudiant.
L’intégration d’étudiants et de chercheurs dans des programmes de développement économique local peut contribuer à faire des campus des moteurs de dynamisme régional.
Dans le domaine du logement étudiant, un problème souvent évoqué par les jeunes, les universités pourraient porter des idées structurées : partenariats avec les collectivités territoriales pour créer des résidences universitaires modulaires, régionales ou interuniversitaires, ou des solutions mixtes public-privé qui répondent à la demande croissante des étudiants en mobilité.
Ce type de réflexion pourrait s’appuyer sur des données précises issues de la démographie estudiantine, déjà forte et en croissance.
Sur le plan sanitaire, au moment où les besoins de santé publique et l’accès aux services sont des enjeux majeurs, les écoles supérieures de santé et les facultés de médecine ont un rôle essentiel dans l’élaboration de recommandations destinées à renforcer les politiques de prévention, d’accès aux soins et de professionnalisation des futures générations de praticiens.
En matière de recherche, bien que le Maroc continue de développer son potentiel scientifique, le nombre de centres de recherche et d’instituts universitaires reste encore modeste par rapport à la taille du pays et à ses ambitions d’innovation.
Selon certaines données, on recense plusieurs dizaines de centres de recherche universitaires – bien qu’il existe un besoin d’expansion et de meilleure valorisation de ces laboratoires pour soutenir les stratégies nationales en technologie, sciences de la vie, énergie, agriculture et numérique.
Mobiliser ces ressources pour proposer des orientations de politique scientifique nationale, en lien avec les priorités du développement économique et social, serait une contribution concrète des universités aux grands débats nationaux. Et une préparation pratique des étudiants à leur intégration post études dans les chaines de productions.
Un autre levier important réside dans la proximité territoriale : les universités sont souvent implantées dans les grandes ou moyennes villes régionales (Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech, Agadir, Settat, Béni Mellal etc.) et constituent des pôles de vivacité culturelle et intellectuelle.
En ouvrant leurs portes pour des dialogues citoyens sur les enjeux de mobilité, d’environnement, d’intégration sociale ou encore de culture et du patrimoine, elles peuvent contribuer à élargir la participation civile au débat public, au-delà des cercles académiques.
Il serait cependant réducteur de dire que les universités marocaines sont figées dans une approche purement académique.
Beaucoup d’entre elles ont engagé des réformes pédagogiques et des démarches de modernisation de leurs programmes pour les rendre plus pertinentes face aux besoins du marché du travail et aux défis du développement national.
Ces transformations, bien que progressives, montrent une volonté d’ouverture vers le tissu économique et social.
Sans doute, bien des universités, publiques et privées, ont développé des think tank et centres d’études stratégiques. Mais la plupart travaillent en vase clos et en marge des débats publics. Pour aller plus loin, il serait utile que ces établissements s’impliquent davantage dans les grandes questions nationales, non pas en se substituant aux institutions politiques, mais en alimentant le débat par des propositions fondées sur des données, des analyses prospectives et des projets d’innovation.
Les élections législatives offrent une occasion unique d’écouter la voix de ces communautés universitaires – étudiantes, enseignantes et de chercheurs – afin d’enrichir le débat public et d’assurer que les politiques futures soient éclairées par une vision holistique du développement humain et social.
En somme, plutôt que d’être enclavées dans une tour d’ivoire, les universités marocaines ont le potentiel d’être des plateformes de pensée stratégique, d’innovation sociale et de propositions concrètes, si elles renforcent leurs liens avec la société civile, l’économie, les institutions locales et les décideurs publics.
Un tel engagement contribuerait à faire de l’enseignement supérieur un acteur de premier plan dans l’édification d’un avenir plus prospère et plus équitable pour tout le Royaume.