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L’Inde mêle divin et intelligence artificielle lors du festival de Durga Puja
L'actrice bollywoodienne Rani Mukerji participe aux célébrations à l'occasion de la fête hindoue de Durga Puja à Mumbai, le 29 septembre 2025. (Photo de Sujit JAISWAL / AFP)
Kolkata, Inde – Des millions d’habitants de la métropole de l’est de l’Inde s’apprêtent à célébrer cette semaine le festival hindou de Durga Puja. Dans les rues de Kolkata, reconnue par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, les processions, les fêtes populaires et les statues monumentales de la déesse Durga s’imposent comme autant de symboles de ferveur religieuse et de créativité artistique. Mais cette année, la nouveauté réside dans l’irruption de l’intelligence artificielle : les artisans et les comités d’organisation s’appuient désormais sur des applications numériques pour concevoir des modèles inédits.
Des artisans à l’ère numérique

Un « pandal » (structure temporaire dédiée au culte) abritant une idole de la déesse hindoue Durga, conçue à l’aide de l’IA, à la veille du festival « Durga Puja » à Calcutta, le 27 septembre 2025. (Photo : Dibyangshu SARKAR / AFP)
Monti Paul, potier de 70 ans, observe avec fierté sa statue de la déesse Durga, façonnée dans l’argile et peinte en couleurs vives, du rose néon au bleu électrique. La divinité, représentée avec ses dix bras, ses trois yeux, juchée sur un lion terrassant un buffle démoniaque, illustre la victoire du bien sur le mal. Comme des centaines de sculpteurs de Kumartuli, le quartier historique de Kolkata dédié à la fabrication des idoles, il a appris son art de son père. Mais aujourd’hui, il constate une évolution : "Les artisans utilisent désormais l’intelligence artificielle pour trouver de nouveaux designs et rester à jour."
Jadis, les esquisses étaient dessinées à la main ou simplement décrites oralement par les comités qui commandaient les œuvres. Désormais, ces mêmes comités recourent à des applications génératives, capables de créer des images à partir de descriptions textuelles. "Cette année, beaucoup d’organisateurs se tournent vers des images générées par l’IA, parfois produites par ChatGPT, qui puise dans des milliers de représentations anciennes de Durga", explique Monti Paul.
Des festivités entre tradition et innovation
Chaque automne, Kolkata, ville de plus de 15 millions d’habitants, s’embrase pendant dix jours de célébrations, de musique et de dévotion. Les idoles et les temples temporaires, appelés "pandals", sont au centre des festivités. Commandés par des milliers de clubs communautaires, ils reflètent souvent l’actualité politique, les phénomènes de société ou la culture populaire.
La compétition entre artisans est intense : il s’agit de surprendre par des créations toujours plus saisissantes. Dans ce contexte, l’IA est devenue un outil précieux, traduisant les idées abstraites des commanditaires en images concrètes, ensuite adaptées par les sculpteurs.
Avec ses 900 millions d’internautes, l’Inde est aujourd’hui l’un des plus vastes marchés mondiaux pour les outils d’intelligence artificielle. Elle représente la première base d’utilisateurs du modèle génératif d’images Nano Banana de Google et la deuxième pour ChatGPT.
Quand l’IA devient elle-même un thème
Pour certains organisateurs, la fusion entre technologie et tradition n’est pas seulement un outil, mais un sujet central. Subal Paul, secrétaire d’un club centenaire de Kolkata, a choisi d’en faire le thème de son pandal : "Nous avons utilisé ChatGPT et d’autres outils d’IA pour imaginer la structure et l’idole de la déesse Durga."
Leur pavillon, décoré de claviers géants et de lumières clignotantes, évoque un paysage de tours informatiques. À l’entrée, deux robots grandeur nature accueillent les visiteurs, tandis qu’un troisième tournoie sur le toit avant de céder la place à l’idole. "L’ancien ordre s’efface au profit d’un nouveau", résume Subal Paul, 45 ans. "Nous ne savons pas encore si c’est une bénédiction ou une malédiction."
Un héritage qui transcende les époques
Malgré les interrogations, beaucoup voient dans cette évolution une continuité plutôt qu’une rupture. Pour Ajoy Bhattacharya, érudit sanskrit de 80 ans, l’association du numérique et du sacré ne fait qu’amplifier la grandeur d’un rituel intemporel : "Il n’existe rien d’aussi spectaculaire et spirituellement puissant que cette tradition. C’est une fusion entre culture, spiritualité et modernité."
Le festival de Durga Puja reste ainsi fidèle à sa vocation première : dépasser les barrières de classe, de religion et de communauté, tout en s’ouvrant aux mutations de son temps. (Quid avec AFP)