#MeToo: le documentaire de la journaliste Shiori Ito projeté au Japon après des mois de blocage

#MeToo: le documentaire de la journaliste Shiori Ito projeté au Japon après des mois de blocage

La journaliste et réalisatrice Shiori Ito s'exprime lors d'une allocution prononcée à l'occasion de la première journée de diffusion au Japon du long métrage « Black Box Diaries », à Tokyo, le 12 décembre 2025. (Photo : Kazuhiro NOGI / AFP)

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Après des mois de blocage liés à des controverses juridiques et éthiques, le documentaire Black Box Diaries de la journaliste japonaise Shiori Ito, figure emblématique du mouvement #MeToo au Japon, a enfin été projeté dans l’archipel. Présenté comme une œuvre intime et politique à la fois, le film retrace un combat personnel devenu symbole d’une prise de conscience nationale sur les violences sexuelles, tout en ravivant un débat sensible sur les limites du journalisme, le consentement et l’intérêt public.

 Tokyo, Japon - La journaliste Shiori Ito, figure du mouvement #MeToo au Japon, a qualifié son documentaire de "lettre d'amour" à son pays, où le film a finalement été projeté vendredi après avoir été bloqué pour des raisons éthiques et juridiques.

Mme Ito, qui avait remporté en 2019 un procès civil contre un journaliste de télévision qu'elle accuse de l'avoir violée --ce qu'il nie--, retrace son combat pour obtenir justice dans "Black Box Diaries", diffusé à l'international et nommé aux Oscars.

Le documentaire restait jusque-là invisible dans l'archipel en raison de certaines scènes incluses sans l'autorisation de personnes filmées ou ayant fourni les images, les anciens avocats de Mme Ito soulevant des questions juridiques et éthiques.

"J'ai passé dix ans à faire ce film en pensant qu'il serait une lettre d'amour au Japon", a déclaré Shiori Ito vendredi lors d'une projection à Tokyo.

"Cela compte énormément pour moi qu'il sorte ici, là où j'ai grandi et où je veux que les gens affrontent ce problème."

La réalisatrice a reconnu avoir ressenti des "regrets" face aux "diverses opinions" autour du documentaire. La version projetée vendredi inclut des modifications comme la suppression de certaines scènes et le floutage de visages, a-t-elle précisé dans un communiqué.

Mais Yoko Nishihiro, qui a été l'avocate de Shiori Ito pendant huit ans, reste critique.

Elle dénonce l'utilisation sans autorisation d'une conversation téléphonique enregistrée en secret et d'images, dont des vidéos de surveillance d'hôtel présentées au tribunal.

Le film est "chargé de graves problèmes de droits humains", a-t-elle écrit dans un communiqué jeudi, affirmant que "des questions juridiques restent non résolues" et accusant Mme Ito de manquements journalistiques.

Malgré ces polémiques, Black Box Diaries a bouleversé de nombreux spectateurs vendredi au cinéma T-Joy Prince Shinagawa à Tokyo. "Je n'ai pas pu le regarder sans pleurer. C'est un miracle qu'elle soit encore en vie", a confié à l'AFP, Yuko Ono, sexagénaire. Selon elle, le film sert "grandement l'intérêt public".

Le documentaire affirme notamment que la tentative d'arrestation par la police de Noriyuki Yamaguchi, ex-journaliste accusé par Ito de l'avoir violée en 2015, a été annulée à la dernière minute sur ordre de "supérieurs". M. Yamaguchi est connu pour ses liens avec l'ex-Premier ministre Shinzo Abe.

Pour Niko Osada, étudiante de 20 ans, "la violence sexuelle reste entourée de mythes très forts". Elle espère que le film "fera prendre conscience de la gravité des violences sexuelles et déclenchera un changement dans la société". (Quid avec AFP)