Nabyl Lahlou, une voix singulière du théâtre et du cinéma marocains s’est éteinte

Nabyl Lahlou, une voix singulière du théâtre et du cinéma marocains s’est éteinte

Portrait de Nabyl Lahlou par Mustapha Saha qui l’a accompagné de ce commentaire : Les vieux amis tombent ces dernières semaines les uns après les autres. A chaque fois, je passe deux ou trois jours à peindre leur portrait. J'espère que je pourrai organiser une exposition pour leur rendre justice mémorielle.

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Le dramaturge, metteur en scène et cinéaste marocain Nabyl Lahlou est décédé, laissant derrière lui une œuvre singulière au théâtre comme au cinéma au Maroc. Figure atypique, souvent à contre-courant des conventions artistiques et institutionnelles, il aura consacré plusieurs décennies à construire un univers créatif nourri de satire et d’expérimentation.

Né à Fès en 1945, Nabyl Lahlou appartient à cette génération d’artistes qui ont accompagné les premières décennies de la vie culturelle marocaine après l’indépendance. Formé en France, notamment à Paris dans les domaines du théâtre et du cinéma, il revient au Maroc avec une volonté affirmée de rompre avec les formes classiques de représentation et de proposer une écriture scénique atypique.

Très tôt, il impose un ton particulier, mêlant humour noir, absurdité, langage populaire et réflexion politique. Son théâtre, souvent dérangeant pour certains, se distingue par sa capacité à interroger à sa manière, souvent individuelle, les rapports de pouvoir, les contradictions sociales et les illusions collectives. Ses pièces, portées par une liberté de ton rare, ont tracé une voie parallèle à la scène marocaine.

Au fil des années, Nabyl Lahlou s’est imposé comme l’un des pionniers du théâtre moderne au Maroc. Son travail ne se limitait pas à la mise en scène ou à l’écriture dramatique. Il concevait le théâtre comme un espace de confrontation intellectuelle, de questionnement et de remise en cause où la plupart du temps il était à la fois l’auteur, le metteur en scène et l’acteur. Braillard, il cultivait une forme de marginalité qui lui a parfois valu l’incompréhension ou l’isolement, mais qui a aussi forgé une réputation d’artiste libre.

Parallèlement au théâtre, il s’est illustré dans le cinéma avec plusieurs réalisations voulues cinéma d’auteur marocain.

Nabyl Lahlou aura également marqué de son empreinte la scène culturelle marocaine. Beaucoup voient en lui un passeur, un expérimentateur et un artisan de la modernité culturelle marocaine. Son parcours reste associé à une époque où le théâtre représentait un espace de débat intellectuel et de création critique.

Au-delà de ses œuvres, il laisse l’image d’un homme profondément attaché à la liberté artistique débridée et à la nécessité de préserver un regard critique sur la société. Son décès suscite de nombreuses réactions dans les milieux culturels marocains, où son nom demeure lié à une aventure artistique singulière.

Avec la disparition de Nabyl Lahlou, le Maroc perd une figure de sa scène culturelle contemporaine, un créateur qui aura constamment cherché une voie qui lui était propre.