Quid du jeunisme au Maroc ? – Par Abdelahad Idrissi Kaitouni

Quid du jeunisme au Maroc ? – Par Abdelahad Idrissi Kaitouni

La particularité de la Gen Z est qu’elle est le pur produit de l’Internet. L’essentiel de sa culture a été façonné par le Net. Est-ce un bien, est-ce un mal ?

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Dans cette réflexion nuancée, Abdelahad Idrissi Kaitouni s’interroge sur le rapport du Maroc à la jeunesse et au jeunisme. Comment comprendre la génération Z, fruit d’Internet, souvent incomprise par ses aînés, et perçue à la fois comme audacieuse et arrogante ? L’auteur, qui revendique un « jeunisme raisonnable », constate le hiatus entre GenZ et toutes celles qui les ont précédées et les appelle à dépasser les jugements de valeur pour instaurer un dialogue lucide entre générations.

Abdelahad Idrissi Kaitouni

Les trois paragraphes ci-dessous viennent en commentaire à un post publié par la brillantissime Yasmine Chami. J’aurais pu m’en tenir ce commentaire, puisqu’il est le reflet de ma pensée. Mais, comme formulé, je sens toutefois un besoin d’être plus explicite. Voyons ce que j’ai déjà dit : 

‘’Je fais partie de la génération des baby-boomers (+ de 80 ans), et j’ai beaucoup de tendresse pour la Gen Z, celle des petits enfants ! J’ai toutes les peines du monde à imaginer qu’elle se soit déjà embarquée dans la violence.

À moins que le mouvement n’ait été récupéré, à la fois par la Gen X qui estime avoir encore des choses à prouver en cherchant à chapeauter ces jeunes, et aussi par la Gen Y, malheureuse de ne pas avoir eu, en son temps, la même réaction que la Z aujourd’hui.

Au-delà de la légitimité et de la justesse des revendications en relation avec la déliquescence de l’éducation, de la santé et de pans entiers de la société, le mouvement actuel trahit l’incompréhension entre générations, assez caractéristiques de notre culture.’’

Mais notre culture ne dit rien sur notre rapport au jeunisme.  Autant, nous avons tendance à glorifier tous les atours de la jeunesse : beauté, dynamisme, agilité etc. etc., autant nous sommes souvent choqués par le manque d’expériences et le côté prétentieux des jeunes. L’attitude est à la fois complaisante ou désobligeante à l’égard des jeunes. Elle trahit, en fait, notre propre vécu lors de notre jeunesse. 

Donc, on se retrouve là avec une attitude ambivalente, source d’innombrables commentaires qui ont fleuri autour de la Gen Z ! Entre ceux qui crient haro sur les jeunes, et ceux qui les portent au pinacle, on a eu droit à une large palette de nuances.

Comment se faire une opinion saine face à ce galimatias ? Il faut partir, à mon humble avis, du principe que Gen Z n’est pas meilleure ou pire que celles qui l’ont précédée. Elle a un particularisme dont il faut tenir compte avant de formuler sa propre opinion.

Sa particularité est qu’elle est le pur produit de l’Internet. L’essentiel de sa culture a été façonné par le Net. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je me refuse d’y répondre. 

Je constate seulement qu’il y a une distanciation nette entre cette génération et celles les baby-boomers, des X et des Y, qu’il n’y en eut entre ces trois générations prises ensemble. On peut supposer que les dernières générations s’étaient abreuvées dans des sources plus ou moins similaires, d’où une certaine proximité, alors que Gen Z a étanché sa soif de connaissances quasi exclusivement dans le Net. 

On connaît la magie de l’internet, de par la fascinante ouverture qu’il donne sur la globalité de la planète. Mais on sait aussi qu’il est truffé d’éléments négatifs qui agissent sur cette magie pour la transformer en magie noire.

Pas plus que je ne me refuse de dire si c’est bien ou mal, je me refuse aussi de faire porter la responsabilité à telle ou telle génération. Il serait inconvenant de dire que les aînés n’ont pas su « éduquer » les plus jeunes. Être très directif dans un monde versatile et très changeant, porte le risque de brider une aspiration légitime au renouveau. 

De même qu’il serait injuste de reprocher à Gen Z de s’être jeté goulûment sur le Net, en occultant parfois certaines valeurs dont ils n’ont pas encore pris pleinement conscience. C’était pour eux un moyen de combler un vide auquel ils se croyaient condamnés. 

Je ne cherche pas à renvoyer dos à dos les générations. Je ne suis pas neutre. J’ai une tendance naturelle à me sentir proche des jeunes. Pour mes proches, je suis un jeuniste militant, mais je réponds que je suis effectivement bienveillant à l’égard des jeunes, mais mon jeunisme est raisonnable. Car pour moi, tout ce qui est jeune n’est pas forcément le meilleur, n’est pas toujours le bon, et peut parfois être injuste. 

En conclusion, pas de jeunisme débridé ou aveugle, mais un jeunisme clairvoyant. Jamais à la remorque des jeunes, mais à leur côté.

Bouznika, le 7 octobre 2025