Ramadan dans les régions inondées, la foi à l’épreuve de la boue – Par Hassan Zakariaa

Ramadan dans les régions inondées, la foi à l’épreuve de la boue – Par Hassan Zakariaa

Les stigmates des inondations sont visibles partout : murs fissurés, sols détrempés, boue prédominante, meubles surélevés…

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Dans les zones sinistrées du nord-ouest du Maroc, le mois de Ramadan se déroule loin des tables généreuses et des retrouvailles familiales. Trois semaines après des inondations dévastatrices, des dizaines de milliers de personnes ont retrouvé leurs maisons fragilisées, tentant de préserver l’esprit du mois sacré malgré la précarité. D’autres, notamment dans la région Kénitra, pour des raisons diverses, n’ont pas encore repris le chemin du retour bien que les autorités ont déclaré la sécurisation des zones sinistrées achevée.

Le ftour de la précarité

À l’approche du coucher du soleil, près de Kénitra, autour de petits réchauds, des femmes improvisent des repas simples. L’eau courante manque, l’électricité aussi. À la nuit tombée, la lumière des bougies remplace les ampoules absentes. La plupart des habitants ont regagné leurs maisons, mais pour d’autres le retour semble encore impossible soit parce que les murs de leurs maisons ont été emportés par les crues, ou encore envahie par la boue.

Pour entamer le mois sacré, des distributions d’eau et de denrées de base ont été effectuées sans combler les besoins énormes. Les travailleurs saisonniers sont au chômage en raison des terres immergées.

Maisons fragilisées et quotidien incertain

Les stigmates des inondations sont visibles partout : murs fissurés, sols détrempés, boue prédominante, meubles surélevés et peur prégnante d’une nouvelle montée des eaux. Le Ramadan se vit dans l’angoisse et la précarité.

Plusieurs familles, encore traumatisées, vivent dans la crainte d’un affaissement des sols ou l’effondrement de leur logement. Les marchés fonctionnent mais au ralenti, rendant l’approvisionnement difficile.

Un programme d’urgence et des attentes

Selon les autorités, les plus de 180.000 personnes évacuées après les crues, qui ont fait quatre morts, ont retrouvé leurs domiciles et les opérations du retour sont terminées. Sur instructions du Roi Mohammed VI, un programme d’aide d’urgence de 3 milliards de dirhams a été déployé pour soutenir les provinces du Gharb et du Loukkos.

Ce plan prévoit 1,7 milliard de dirhams pour la réhabilitation des infrastructures, 775 millions pour le logement et la compensation des pertes de revenus, 225 millions pour l’aide immédiate en nature et 300 millions pour le soutien agricole. L’objectif est de reloger les familles, restaurer les routes et relancer l’activité des agriculteurs et éleveurs. La résilience prendra des mois.

Le Ramadan demeure un temps de partage et de spiritualité. Mais dans ces localités et douars meurtris, la célébration se fait triste, presque silencieuse. Entre solidarité et incertitude, les habitants attendent un retour à la vraie normalité de leur vie d’avant les inondations, tout en affrontant un présent marqué par le manque, la perte et l’espoir.