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Réseaux sociaux et mineurs : vers un tournant mondial entre régulation, responsabilité et vigilance parentale - Par Hassan Zakariaa
Des jeunes filles utilisent dans une rue de Jakarta en Indonésie, le 26 mars 2026 (Photo AFP).
Par Hassan Zakariaa
De Jakarta à Londres, en passant par Vienne et Los Angeles, une dynamique mondiale se dessine autour de la protection des mineurs face aux dérives des réseaux sociaux. Interdictions d’accès, limitation des fonctionnalités jugées addictives, condamnations judiciaires inédites : les États et les institutions tentent de répondre à une inquiétude croissante liée aux effets de ces plateformes sur la santé mentale et le développement des jeunes. Dans ce monde d’ensemble mais seul en tête-à-tête avec les réseaux sociaux, c’est un mo de de haute solitude qui se crée. Mais au-delà des mesures réglementaires, une question centrale demeure : celle de l’efficacité de ces dispositifs sans l’implication active des parents, désormais en première ligne pour encadrer les usages numériques de leurs enfants.
Une prise de conscience globale face aux risques numériques

Ensemble mais chacun en solitaire. Le 26 mars 2026, des enfants fixés sur des smartphones et des tablettes dans une ruelle de Jakarta. (Photo AFP)
L’Indonésie a franchi un cap en interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une mesure qui concerne près de 70 millions d’enfants. À compter de son entrée en vigueur, les comptes des mineurs doivent être désactivés sur des plateformes considérées comme à risque, telles que TikTok, Instagram, YouTube ou encore Facebook.
Cette décision s’inscrit dans un contexte où le temps d’écran atteint des niveaux préoccupants. Certains jeunes, à l’image de Bradley, 11 ans, peuvent passer plusieurs heures par jour sur leur téléphone, au point que ces usages deviennent structurants dans leur quotidien. Si certains adolescents expriment leur frustration face à l’interdiction, d’autres y voient une opportunité de se recentrer sur leurs études et de retrouver un équilibre.
La mesure indonésienne reflète une inquiétude largement partagée à l’échelle mondiale, où les réseaux sociaux sont de plus en plus perçus comme des espaces susceptibles d’exposer les jeunes à des contenus nocifs et à des mécanismes d’addiction.
L’Europe entre régulation et pédagogie
Sur le Vieux Continent, plusieurs pays s’engagent également dans cette voie. L’Autriche prévoit ainsi d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans, tout en introduisant dans les programmes scolaires une nouvelle matière consacrée à l’éducation aux médias. L’objectif est double : limiter l’exposition des plus jeunes et leur donner les outils nécessaires pour décrypter les contenus numériques et les influences en ligne.
D’autres États européens, tels que la France, l’Espagne ou le Danemark, réfléchissent à l’instauration d’une majorité numérique. Ces initiatives traduisent une volonté d’encadrer davantage les usages, tout en reconnaissant la difficulté pour les parents de contrôler seuls la consommation numérique de leurs enfants.
Au Royaume-Uni, le débat se concentre davantage sur les mécanismes intrinsèques des plateformes. Le gouvernement envisage notamment de limiter certaines fonctionnalités jugées particulièrement addictives, comme le défilement infini des contenus. Cette approche vise à agir directement sur la conception des réseaux sociaux, accusée de favoriser une dépendance chez les utilisateurs les plus jeunes.
La justice américaine ouvre un précédent
Aux États-Unis, une décision judiciaire récente pourrait marquer un tournant. Un jury a reconnu la responsabilité d’Instagram et de YouTube dans les troubles de santé mentale d’une jeune Américaine, condamnant les deux entreprises à verser plusieurs millions de dollars de dommages.
Ce verdict inédit s’inscrit dans un contexte de multiplication des plaintes contre les géants du numérique, accusés d’avoir conçu des plateformes favorisant l’addiction, notamment chez les adolescents. Les mécanismes en cause sont désormais bien identifiés : notifications permanentes, défilement continu, valorisation des interactions par des « likes » ou encore filtres esthétiques renforçant les normes sociales.
Si les entreprises contestent ces accusations et annoncent leur intention de faire appel, la décision ouvre la voie à une responsabilisation accrue des plateformes et à une remise en question de leurs modèles économiques.
Entre régulation et contournement, les limites des interdictions
Malgré cette mobilisation internationale balbutiante, l’efficacité des mesures adoptées reste incertaine. En Indonésie comme ailleurs, la question du contrôle de l’âge des utilisateurs se pose avec acuité. Les autorités comptent sur les plateformes pour réguler l’accès, mais les modalités concrètes de mise en œuvre demeurent floues.
Par ailleurs, les jeunes eux-mêmes envisagent souvent des stratégies de contournement, notamment en sollicitant l’aide de leurs parents, de proches ou en créant des comptes sous de fausses identités. Cette réalité souligne les limites d’une approche strictement réglementaire, qui ne peut suffire à elle seule à encadrer les usages.
Les entreprises du numérique, de leur côté, mettent en avant des solutions techniques, comme les outils de contrôle parental ou les systèmes de vérification d’âge basés sur l’intelligence artificielle. Toutefois, ces dispositifs, bien que nécessaires, ne garantissent pas une protection totale.
Le rôle déterminant des parents
Au cœur de cette problématique, la responsabilité des parents apparaît comme un enjeu central. Face à des technologies conçues pour capter l’attention et maximiser le temps passé en ligne, leur implication devient essentielle pour accompagner les enfants dans leurs pratiques numériques.
Or, de nombreux parents se déclarent démunis face à ces outils, dont les logiques et les usages évoluent rapidement. La difficulté à instaurer des règles, à contrôler les contenus consultés ou à limiter le temps d’écran renforce le sentiment d’impuissance.
Dans ce contexte, l’éducation numérique apparaît comme un levier indispensable. Elle suppose un dialogue constant entre parents et enfants, mais aussi une meilleure compréhension des enjeux liés aux réseaux sociaux. Sans cet accompagnement, les dispositifs réglementaires risquent de rester partiellement inefficaces.
Vers une responsabilité partagée
La protection des jeunes face aux réseaux sociaux s’impose aujourd’hui comme un défi global, nécessitant une approche multidimensionnelle. États, institutions éducatives, plateformes numériques et familles sont appelés à agir de concert pour construire un environnement numérique plus sûr.
Si les initiatives se multiplient, elles révèlent aussi la complexité d’un phénomène qui dépasse les frontières nationales. Entre innovation technologique, enjeux économiques et impératifs de santé publique, l’équilibre reste fragile.
Dans cette équation, les parents occupent une place stratégique. Leur engagement, loin d’être accessoire, constitue l’un des piliers de toute politique de prévention efficace. Car au-delà des lois et des outils, c’est dans l’accompagnement quotidien que se joue, en grande partie, la capacité à protéger les jeunes des dérives du monde numérique.