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RETISSER NOS LIENS AVEC LA MARINE – Par Abdelfattah BOUZOUBAA
Arrestation d’Anglais par le gouvernement marocain : le navire à vapeur chérifien Al Hassani et son équipage. D’après une photographie fournie par M. Budgett Meakin, ancien rédacteur du Times of Morocco.
Retracer l’histoire maritime du Maroc, c’est revisiter une mémoire faite de cycles, d’essor et de repli, mais surtout d’un héritage stratégique façonné par des dynasties, des ports et des hommes. Aujourd’hui, alors qu’une nouvelle dynamique s’amorce autour de la marine marchande, Abdelfettah Bouzoubaa, ancien commandant de la Marine Marchande, pose la question de la préservation de ce patrimoine qui ressurgit avec force, portée notamment par l’appel à créer un musée maritime national.

Abdelfettah Bouzoubaa
Notre histoire maritime est cyclique. S’il y a eu des hauts, il y a aussi eu des bas, sur lesquels il n’y a pas lieu de s’attarder, sauf pour en tirer des leçons, et arrêtons-nous sur les hauts pour gagner en confiance à l’approche du nouveau cycle de hausse qui s’annonce.
Chacune des dynasties qui se sont succédées au Maroc depuis les Idrissides (789-985) a marqué l’histoire maritime du pays d’une manière dictée par la situation géographique du pays au carrefour des routes du commerce maritime et reflétant son interaction avec le contexte géopolitique de l’époque.
Sous les Almoravides (1040-1147) et les Almohades (1121-1269), les rives Nord et Sud du Détroit de Gibraltar (al-adwatayne) étaient unies dans le même empire. Les navires militaires et de commerce de ces dynasties étaient construits dans leurs arsenaux de Salé, Al Maamora, Sebta, Séville et Lisbonne.
Le retrait progressif de la rive Nord du Détroit de Gibraltar a commencé sous les Mérinides (1244-1465) mais les échanges par voie maritime du Maroc avec le royaume de Grenade se sont poursuivis jusqu’à la chute de ce royaume en 1492.
Sous les Saadiens (1549-1659), une centaine de navires de commerce et autant de navires militaires ont été construits dans le chantier naval de Badis.
Entre 1530 et 1780, les corsaires de Salé ont sillonné l’Atlantique Nord et la Méditerranée à l’image de leurs homologues anglais, français et hollandais.
Le Sultan Hassan 1er (1873-1894) qui se démenait pour protéger le royaume des visées des puissances coloniales avait décidé, pour relancer la marine du pays, de procéder à l’achat de trois navires à propulsion mécanique, à la fois navires militaires et de transport : « Al Hassani », « Sid El Turki » et « Bachir Al Islam ». Il a aussi envoyé 30 élèves suivre des formations de navigateur et de mécanicien dans des écoles maritimes européennes.
Au siècle dernier, Feu Hassan II (qui avait écrit dans « Le défi » : "Il était en effet indispensable de doter la nation d'une flotte commerciale capable de transporter dans les conditions les plus rapides et les plus économiques les dizaines de millions de tonnes que nous importons ou exportons par mer chaque année") a veillé au développement de la marine militaire et promulgué le Dahir de 1973 portant code des investissements maritimes pour soutenir la constitution d’une flotte de commerce sous pavillon marocain.
Cette politique volontariste avait permis un développement remarquable de la flotte de commerce sous pavillon marocain qui est passée de 20 navires (60.000 TPL) en 1973 à 70 navires (600.000 TPL) en 1987.
Après une phase de repli de la flotte de commerce, une nouvelle dynamique a été insufflée par le Souverain à l’occasion de son discours du 6 novembre 2023 dans lequel il a souligné l’importance du secteur maritime pour le Maroc et appelé à réfléchir à la constitution d’une flotte de marine marchande forte et compétitive.
Pour la création d’un musée maritime.
Cette nouvelle dynamique peut et doit être soutenue sur le plan culturel par un musée maritime.
Or le Maroc, qui a 3.500 Km de côtes et 43 ports dont 14 ouverts au commerce international, n’a pas encore de musée maritime. La création d’un tel musée enrichira l’offre culturelle nationale et permettra de nourrir le regain d’intérêt pour la marine en offrant un espace éducatif dédié à la promotion et à la valorisation de l’histoire maritime du Royaume à travers une collection d’archives, documents, maquettes, photographies, vidéos, équipements nautiques et artefacts.
Fruits d’une initiative citoyenne, un musée maritime virtuel (https://museemaritime.ma) a été mis en ligne et une association, MuseeMaritime.Ma, a été créée pour contribuer à la préservation du patrimoine maritime marocain et sensibiliser à la nécessité de la création d’un musée maritime.
Cette association a signé une convention de partenariat avec un organisme français, Imertium, qui porte un projet ambitieux dédié à l’histoire, la science et l’innovation maritime en Méditerranée. Imertium aménage dans le port de Marseille un espace muséal, culturel, pédagogique, scientifique et touristique, dédié au patrimoine maritime, pour un budget de 16 millions d’Euros.
Par ailleurs, l’Association MuseeMaritime.Ma1, membre associé de l’International Congress of Maritime Museums, (ICMM) participe au concours Global Maritime Histories Project. Ce projet organisé par ICMM et Lloyds Register Foundation a pour but de faire bénéficier d’un soutien financier les organisations membres œuvrant pour la préservation du patrimoine maritime et qui sont sélectionnées à l’issue d’un processus rigoureux.