Tribune : Perversion scandaleuse des funérailles de feu Sion Assidon – Par Mohamed Elmedlaoui

Tribune : Perversion scandaleuse des funérailles de feu Sion Assidon – Par Mohamed Elmedlaoui

La dépouille du défunt Sion Assidon et les drapeaux palestiniens dans l’enceinte du cimetière

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Les funérailles de feu Sion Assidon, figure emblématique du militantisme marocain pour les droits humains et défenseur acharné des droits du peuple palestinien, se sont transformées en un tumulte politique inapproprié au cimetière juif de Ben M’sik à Casablanca. Dans une tribune, Mohamed Elmedlaoui dénonce la récupération idéologique d’un moment sacré et s’interroge sur le sens d’un dévoiement collectif où les symboles de solidarité ont glissé vers la profanation. Entre indignation, mémoire et réflexion identitaire, son texte veut replacer l’événement dans une lecture lucide du rapport entre foi, nation et respect du défunt.

Mohamed Elmedlaoui

J’ai partagé le 10 nov. 2025 sur un réseau social un court texte en arabe sur la tournure tragiquement scandaleuse qu’avaient pris les funérailles de feu Sion Assidon au cimetière juif de Ben-Msik à Casablanca (9 nov. 2025). Une gigantesque foule s’est emparée du cercueil de la dépouille du défunt en brandissant une forêt de drapeaux palestiniens à l’enceinte du cimetière et en criant des slogans antisionistes, anti-israéliens et anti-normalisation visant le Maroc notamment. Parmi plus de 400 réactions (et plus de 200 commentaire et plus de 100 partages) qu’a suscité ledit poste, une personne que je ne connais pas, même virtuellement, a pris l’initiative et la peine de traduire ce texte en français et de le mettre en commentaire sur ma page. Je tien à l’en remercier ici.

Voici la traduction commise par cette personne :

(Je n’y ai fait qu’élucider certaines phrases qui n’étaient qu’esquissées dans le texte arabe d’origine)

[[Sans langue de bois, sans hypocrisie, sans surenchère ni faux enthousiasme, je dis que ce qui s’est passé au cimetière juif du quartier Ben M’sik à Casablanca, le dimanche 9 novembre 2025, lors de la cérémonie d’adieu et de l’enterrement du défunt Sion Assidon, relève de ce qu’on appelle «profanation de sépulture» : un acte puni par la loi, condamné par les religions et réprouvé par les traditions.

Car que signifie ce vacarme collectif, ces slogans politiques et idéologiques scandés dans un lieu sacré, des slogans qui ont toujours eu leurs propres espaces d’expression où ils jamais été interdits ?

Que signifie cet entêtement à perpétrer cela malgré l’appel solennel lancé auparavant par la famille du défunt et ses filles notamment, qui avaient publié un message demandant à ce que la cérémonie et l’inhumation se déroulent dans le calme, la dignité et la chaleur humaine que requiert un tel moment (voir cet appel sur la photo en encadré à la fin de la tribune)

Et que penser de cette surenchère politique gratuite, lorsqu’un intervenant coiffé de son coufieh et tenant le cercueil du défunt entre les mains exige en hurlant  que soit menée une enquête sur les circonstances de la mort —  comme s’il insinuait une accusation contre une partie anonyme, mais nommée par la suite par des slogans rythmés criés par la foule, à savoir "le système/anniDâm", le Makhzen et le Mossad?

Enfin, que dire de cette forêt de drapeaux palestiniens qui ont envahi le cimetière, brandis comme instruments de récupération et de surenchère, alors qu’aucun drapeau marocain n’était visible — le drapeau rouge frappé de l’étoile verte, symbole du pays du défunt Assidon ? Ce citoyen marocain qui a milité toute sa vie pour sa patrie selon sa propre vision et celle de ses camarades, et qui a payé pour cette lutte par 17 ans de prison, comme eux.

Cela signifierait-il que sa qualité de Marocain, pour ce citoyen éminent, ne mérite pas - si drapeau est vraiment nécessaire - que son cercueil soit enrobé du drapeau national ? Ou bien est-il que ce citoyen n’était pas en fait reconnu comme tel par cette foule qui s’est emparée de sa dépouille, et qu’il n’était pour elle qu’un Juif de service au service d’une idéologie ? Comme preuve à rappeler : la même mouvance de foule scandait depuis des années et jusqu’à aujourd’hui dans la rue : «hada âr, hada âr ; yahoudi moustachar» ("C’est une honte, c’est une honte ! Un Juif Conseiller !"), à l’encontre d’un autre citoyen, ou bien encore «Khaybar, Khaybar, ya yahoud ; jaych mouhammad sa-yauud» ("Khaybar, Khabar, Ô Juifs ; l’armée de Mohammad sera de retour").

Et pourtant, malgré tout cela, certaines plumes hypocrites se sont empressées, dans une langue de bois, à présenter cet enterrement tragique comme une illustration éclatante du «vivre-ensemble légendaire au Maroc», et jusqu’à affirmer avec fierté que «Le Maroc est désormais le premier pays au monde à avoir introduit des drapeaux palestiniens dans un cimetière juif » !

Feu Sion Assidon ne m’est pas une connaissance de longue date quoique je sois de sa génération et de sa mouvance dans ma jeunesse. Je ne l’ai rencontré effectivement, pour la première fois, que le 13 février 2013, lors de la cérémonie d’inauguration de la synagogue «Slat El Fassiyine» suite à sa restauration. Le chef du gouvernement à l’époque, Abdelilah Benkirane, y avait lu le message que Sa Majesté le Roi adressa aux institutions ayant contribué à la restauration ainsi qu’aux participants à la cérémonie.

Ce jour-là, John Lévi, fils de Simon Lévi, prit aussi la parole en darija marocain puis en allemand pour remercier la fondation allemande ayant financé les travaux. Nous avons partagé par la suite à trois un déjeuner après la cérémonie. John Lévy nous parla alors de son idée de créer une "Association des Amis du Musée juif" fondé par son père Chemꜫun Levi.  Le camarade Sion Assidon participa par la suite avec nous aux premières réunions préparatoires ; mais l’association ne vit le jour qu’en 2015.

L’anecdote du prénom سيـــون [syun]

Oui, le prénom du défunt Assidon était bien Sion ציון, un prénom très courant dans les rangs de communautés juives partout, en référence au Mont Sion évoqué dans le Livre d’Isaïe.

Mais les surenchérisseurs-railleurs ont préféré effacer ce prénom en faussant l’orthographe et la phonétique de ce qui lui correspond en arabe (صهيون  ) pour cadrer avec les fins idéologiques. Un prénom pourtant chargé de sens pour ceux qui le choisissent pour leur progéniture dans les actes légaux rabbiniques (naissance, mariage, héritage).

Cette édulcoration en rappelle celle de Ibrahim Serfati (au lieu de Abraham). Elle me rappelle aussi et surtout une complainte que m’a exprimée un jour le regretté Haïm Zafrani lors d’une visite que je lui ai rendue à son domicile à Paris six mois avant sa disparition. Il y a exprimé sa tristesse de voir son nom de famille déformé sur la base des documents administratifs français, l’alphabet français ne disposant pas d’une lettre pour noter la lettre ayin (ע = ع) de son nom Zꜫafrani  / الزعفراني. En lisant la dédicace en hébreu à l’endos d’une carte postale que j’ai accrochée à un bouquet de fleurs que j’ai remis à sa femme Celia en entrant à l’occasion du nouvel an hébraïque, il s’empressa, quoique très content du geste de m’apporter du blanco pour corriger leur nom de famille en y insérant la lettre (ע = ع) que le phonétisme francophone avait amputée. J’ai relaté l’histoire de cet épisode dans le texte d’un hommage à lui que j’ai publié suite à son décès dans un numéro d’Al-Bayane après sa mort en 2004

De même, cela m’a fait penser à feu Simon Lévy, que certains de ses camarades ‘socialo-musulmans appelaient’ Simon, comme pour marquer une certaine distance à connotation particulière. Dans de tels cas, il n’a jamais cessé de réagir avec la force de propos qui lui était connue : « Ana rah smiyti Chemꜫoun, ma-chi Simon» ("Moi, mon prénom à moi, c’est Chemꜫoun, pas Simon"

LLah yerHoum Jmihoum, u-LLah yehdi ljami

L’appel de la famille de Sion Assidon :`