Une plaque d’identité avant l’heure découverte dans un verger de Sefrou ?

Une plaque d’identité avant l’heure découverte dans un verger de Sefrou ?

La dog tag (plaque d’identification) en ragent découverte dans un verger à Sefrou

1
Partager :

Découverte au cœur d’un verger de Sefrou, une rare dog tag (plaque d’identification)* en argent datant de 1892 éclaire un système d’identification personnelle au Maroc à la fin du XIXe siècle et ouvre une fenêtre inédite sur l’organisation des hommes en déplacement à l’époque précoloniale. Une information rapportée par le site d’expression arabe Biladi.news. Un document archéologique qui devrait intéresser archéologues et historiens pour en expliciter le sens et la portée.

Une pièce en argent qui raconte une époque

Au cœur d’un verger de l’antique ville de Sefrou, dans une terre traversée jadis par les caravanes et les expéditions sultaniennes, le hasard a livré une trouvaille archéologique singulière : un pendentif en argent pur (nouqra), remontant à l’an 1310 de l’Hégire, soit 1892. L’objet n’est pas un simple bijou égaré, mais un véritable document historique matériel résumant un système d’identification personnelle dans le Maroc de la fin du XIXe siècle.

Le pendentif porte des inscriptions gravées avec précision : « 1310 – 56 / Ali Abdallah / Sabil / Musulman ». A noter que la composition et les chiffres du nom renvoient plus au Moyen-Orient, mais pas improbables au Maroc à la fin de 19ème siècle.

La date place immédiatement la pièce à la fin du règne du sultan Moulay Hassan Ier, période marquée par des efforts d’organisation des institutions étatiques et de l’armée hassanienne.

Un ancêtre de la carte d’identité

L’intérêt historique réside dans la présence d’un numéro d’identification*, 56, comparable à une forme précoce de carte d’identité civile ou militaire. Le terme « Sabil » pourrait désigner la fonction de soldat ou de voyageur en mission officielle. Le mot « Musulman » confirme quant à lui une fonction funéraire : permettre l’identification du défunt et son inhumation selon le rite islamique s’il venait à mourir loin des siens.

Sefrou, carrefour des routes du pouvoir

La découverte à Sefrou n’est pas fortuite. La ville, qualifiée par les historiens de « jardin du Maroc », constituait un passage stratégique entre Fès, Tafilalet et Sijilmassa pour les caravanes et les déplacements sultaniens.

Cette présence ouvre plusieurs hypothèses : Ali Abdallah appartenait-il à une troupe sultanienne campant près de la ville ? Ou était-il un messager porteur de courrier du Makhzen ayant perdu son identité dans les vergers ?

Une mémoire plus durable que le papier

Ce pendentif demeure aujourd’hui le seul témoignage matériel connu concernant cette personne et ce système d’identification. Alors que les archives se perdent et les manuscrits s’altèrent, l’argent demeure intact, source historique primaire incontestable.

La découverte invite à reconsidérer l’organisation des voyageurs dans le Maroc pré-protectorat et confirme Sefrou comme réservoir d’histoires enfouies sous ses oliviers et cerisiers.

Le pendentif d’Ali Abdallah apparaît ainsi comme un appel du passé rappelant que l’histoire ne se trouve pas seulement dans les livres mais aussi sous nos pas.

*NDLR : Dans la majorité des armées modernes, la plaque d’identité militaire reste obligatoire. En métal, elle est généralement portée autour du cou, parfois doublée (deux plaques sur la même chaîne) afin que l’une puisse rester sur le corps et l’autre être récupérée pour l’identification administrative en cas de décès.