Violence scolaire : un défi majeur pour la sécurité et la mission éducative

Violence scolaire : un défi majeur pour la sécurité et la mission éducative

La violence en milieu scolaire ne se limite pas aux agressions physiques. Elle peut être verbale, psychologique ou symbolique, et s’exercer aussi bien entre élèves qu’entre élèves et cadres pédagogiques ou administratifs.

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La montée des violences en milieu scolaire alerte de plus en plus les acteurs de l’éducation, de la justice et de la société civile. À Rabat, responsables judiciaires, psychologues et spécialistes du numérique ont tiré la sonnette d’alarme sur un phénomène aux multiples visages, qui menace la sécurité psychologique et physique des apprenants et fragilise le rôle fondamental de l’école comme espace d’apprentissage et de socialisation.

Une menace directe pour la mission de l’école

La violence scolaire constitue aujourd’hui un obstacle sérieux à la mission éducative. Selon le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Rabat, Abdelaziz Raji, ce phénomène porte atteinte à la qualité des apprentissages et empêche l’école d’accomplir sa vocation première : former un citoyen responsable, équilibré et conscient de ses droits et devoirs.

S’exprimant lors d’une réunion consacrée à la prise en charge des femmes victimes de violence, il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective. Toute atteinte à l’environnement scolaire, a-t-il souligné, appelle une réaction coordonnée des institutions, des familles et de la société civile.

Des formes multiples et interconnectées

La violence en milieu scolaire ne se limite pas aux agressions physiques. Elle peut être verbale, psychologique ou symbolique, et s’exercer aussi bien entre élèves qu’entre élèves et cadres pédagogiques ou administratifs. Cette diversité de formes rend le phénomène plus complexe à appréhender et à traiter.

Les conséquences sont lourdes : climat scolaire dégradé, décrochage, anxiété, perte de confiance et parfois traumatisme durable chez les enfants. Au-delà des individus, c’est l’ensemble du cadre éducatif qui s’en trouve fragilisé.

Le rôle central de la justice et de la prévention

Face à cette réalité, la justice est appelée à jouer un rôle structurant. Abdelaziz Raji a rappelé que l’action judiciaire ne se limite pas à l’application stricte de la loi. Elle s’inscrit aussi dans une logique de prévention et de responsabilité éducative, prenant en considération l’intérêt supérieur de l’enfant.

L’objectif, a-t-il expliqué, est de privilégier la réforme et l’accompagnement avant la sanction, en particulier lorsque l’enfant est en conflit avec la loi. La Commission régionale de prise en charge des femmes victimes de violence, rattachée à la Cour d’appel de Rabat, place ainsi l’enfant au cœur de ses priorités, qu’il soit victime ou auteur d’actes de violence.

Les racines psychologiques et sociales du phénomène

Pour le psychologue Reda Mhasni, la violence scolaire trouve souvent son origine dans un déficit de régulation émotionnelle. Lorsqu’un élève ne parvient pas à comprendre ses émotions ni à les exprimer de manière constructive, la violence peut devenir un mode de communication.

Ces comportements sont rarement isolés. Ils s’inscrivent dans un enchevêtrement de facteurs familiaux, sociaux et culturels. D’où l’appel lancé à l’élaboration d’un plan national de lutte contre la violence scolaire, associant l’ensemble des intervenants et intégrant des programmes réguliers de développement des compétences psychosociales dans les curricula.

Le numérique, nouveau terrain de violence

La violence scolaire ne s’arrête plus aux murs de l’établissement. Ayoub Lechgar, membre d’une initiative dédiée à la cyberconfiance des jeunes, a mis en garde contre le transfert de certaines formes de violence vers l’espace numérique.

Cyberharcèlement, diffusion d’images ou de vidéos sans consentement, menaces et chantage en ligne exposent les enfants à des risques accrus, souvent invisibles pour les adultes. Face à ces défis, il a plaidé pour des programmes permanents de sensibilisation à la sécurité numérique, l’implication directe des enfants dans la conception des solutions, et la mise en place de mécanismes de signalement clairs, sécurisés et adaptés à leur âge.

Vers un environnement scolaire plus sûr

La rencontre a également permis de mettre en lumière les efforts de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Rabat-Salé-Kénitra, engagée dans des actions de prévention, de promotion des comportements positifs et d’amélioration du climat éducatif.

Prévenir la violence scolaire, ont conclu les intervenants, suppose une approche globale et durable, où l’éducation, la justice, la psychologie et le numérique convergent pour garantir à chaque enfant un environnement scolaire sûr, protecteur et propice à l’épanouissement.