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Abdallah Malaga : un destin entre deux rives
Dire « Ben Barek » à Malaga ou « Abdallah Malaga » au Maroc est synonyme de football avec une majuscule. Et ce n'est pas seulement parce qu'Abdallah Ben Barek El Antaki a été l'un des grands joueurs du défunt C.D. Málaga et un membre de l'équipe nationale des « Leones del Atla ».
Du Stade Marocain à La Rosaleda, du jeune Rabati à icône andalouse, Abdallah Ben Barek El Antaki, alias Abdallah Malaga, a tracé un parcours exceptionnel entre deux rives. Joueur élégant, formateur passionné, passeur de talents, il incarne l’histoire d’un football sans frontières, au service de la passion et du dialogue entre les cultures.
Par Khalid El Harrak - MAP
Des ruelles de Rabat aux stades espagnols : la révélation d’un talent brut
Malaga - Dans l’histoire du football marocain et espagnol, peu de noms résonnèrent avec autant de force que celui d’Abdallah Ben Barek El Antaki, connu de tous sous le nom d’Abdallah Malaga. Il ne fut pas seulement un grand joueur, mais aussi un excellent mentor pour les jeunes talents marocains et espagnols.

Abdallah Malaga en 2018
Né à Rabat le 2 février 1937, Abdallah découvrit très tôt sa passion pour le ballon rond. Comme tant d’enfants de sa génération, il apprit à jouer dans la rue. Son talent naturel se révéla rapidement. Il fit ses premiers pas en amateur sur la pelouse de Touarga, puis rejoignit le Stade Marocain, l’un des clubs pionniers du football national.
Ce fut là que Larbi Ben Barek, légende du football marocain, le remarqua. "En m’observant sur le terrain, il me dit que j’avais le niveau pour évoluer en Europe", confie Abdallah Malaga.
En 1956, lors d’un match contre le FUS Rabat, Abdallah brilla. Il marqua les esprits, notamment ceux des recruteurs espagnols venus assister à la rencontre. Et ce fut Ben Barek lui-même qui facilita son départ pour l’Espagne, en le recommandant au club de Grenade.
"Mon père ne voulait pas que je parte. Mais Ben Barek le convainquit. Deux jours plus tard, je traversais le Détroit avec un simple laissez-passer, faute de temps pour obtenir un passeport", se souvient-il.
À Grenade, il s’adapta rapidement. D’abord ailier, il fut repositionné en défense centrale. Grâce à son intelligence de jeu et à sa combativité, il s’illustra à ce nouveau poste. Dès sa première saison, il contribua à la montée du club en première division.
Malaga, le choix du cœur et le creuset d’une légende
Deux ans plus tard, Abdallah rejoignit Malaga, ville qui devint la sienne. Son transfert s’effectua en toute discrétion, afin d’éviter toute tentative de recrutement concurrente.
À Malaga, il s’imposa comme un élément clé. Il marqua des buts, construisit le jeu, et se distingua par sa technique, sa vision et son élégance balle au pied.
"Abdallah fait partie des grands noms de notre histoire", témoigne le directeur général du club de Malaga, Kike Pérez. Il incarne le destin croisé du Maroc et de l’Espagne, et le pouvoir fédérateur du ballon rond, capable de transcender frontières et époques, souligne-t-il.
Ses performances lui valurent de nombreuses distinctions, dont le titre de meilleur joueur à moult reprises, ainsi qu’une reconnaissance en tant que l’un des footballeurs les plus prometteurs de sa génération.
Malgré une offre alléchante de l’Atlético Madrid, Abdallah choisit de rester à Malaga, ville natale de sa fille et lieu de vie de sa famille. Ce choix du cœur témoigne de sa loyauté et de son attachement au club andalou.
Abdallah devint aussi un homme de prestance, respecté autant pour son style de jeu que pour sa personnalité. Grand, athlétique, calme, il incarna l’élégance du football de son temps.
En 1961, il fut appelé en équipe nationale pour affronter l’Espagne à Madrid. Il inscrivit un but lors de ce match historique, marquant ainsi son empreinte des deux côtés de la Méditerranée.
Le formateur visionnaire : de La Rosaleda aux Lions de l’Atlas
En 1975, il entama une carrière d’entraîneur, passant par Alavés, Grenade, puis retrouvant Malaga, son club de cœur. Il transmit aux jeunes sa passion et son exigence, devenant un formateur très apprécié et respecté.
Mais ce fut au Maroc, à la demande de feu le Roi Hassan II, qu’il accomplit l’une de ses missions les plus importantes : repérer et former les futurs talents du football national. Il lança ainsi le programme "Mille Joueurs", destiné aux différentes sélections du Royaume.
Il joua également un rôle décisif dans le parcours des Lions de l’Atlas au Mondial 1986, en tant que directeur sportif, aux côtés de Mehdi Faria.
Aujourd’hui, une porte du stade La Rosaleda à Malaga porte son nom. Symbole d’une reconnaissance profonde, elle rappelle le parcours exceptionnel d’un joueur marocain qui sut s’imposer, s’intégrer et marquer l’histoire du football espagnol.
"Ben Barek incarne à lui seul l’ensemble des valeurs nobles véhiculées par le sport", assure le maire d’Estepona, José María García Urbano.