Foot au féminin : un Euro-2025 de tous les records, mais "ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne

Foot au féminin : un Euro-2025 de tous les records, mais "ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne

La gardienne de but de l'Angleterre #01 Hannah Hampton sauve le ballon pendant la séance de tirs au but lors de la finale de l'UEFA Women's Euro 2025 entre l'Angleterre et l'Espagne au stade St. Jakob-Park à Bâle, le 27 juillet 2025. L'Angleterre a battu l'Espagne 3-1 aux tirs au but pour remporter l'Euro féminin 2025. (Photo par SEBASTIEN BOZON / AFP)

1
Partager :

L’Euro féminin 2025 restera dans les annales : un record historique d’affluence, une ferveur populaire inattendue en Suisse, un football haletant jusqu’à la dernière seconde… et un scénario final aussi cruel qu’injuste pour l’Espagne. Si l’Angleterre conserve son titre, cette édition prouve que le foot au féminin a franchi un cap, mais confirme aussi une vérité éternelle du sport : "ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne".

Avec 29 des 31 matches à guichets fermés, près de 657.300 spectateurs sur l'ensemble du tournoi, l'Euro-2025 a battu le record de public pour cette compétition qui a vu le deuxième sacre consécutif dimanche de l'Angleterre et une pluie de buts.

Le record de l'édition 2022 battu

La Suisse partait de loin. Alors que l'équipe nationale attirait peu de monde et que le championnat n'est pas très développé, remplir les stades sur un mois de compétition semblait compliqué. Mais finalement cette édition 2025 a battu le dernier record de l'Angleterre en 2022 (574.875) avec 657.291 spectateurs sur tout l'Euro, selon l'UEFA (247.041 en 2017).

Dans les fanzones du pays, les supporters sont venus en nombre dans une ambiance toujours joviale, même si c'est surtout à Bâle, où ont eu lieu le plus de rencontres, qu'il y avait le plus d'animations.

La seule petite ombre au tableau pour l'UEFA est l'absence de son président Alexander Ceferin lors des matches, hormis un en début de compétition et pour la finale.

"Je ne trouve pas juste de juger son engagement en faveur du football féminin en fonction des matches auxquels il assiste ou non. Les gens devraient juger ce que nous avons accompli pendant son mandat. À la fin de notre cycle, l'UEFA aura investi 1,5 milliard d'euros", a répondu au Guardian Nadine Kessler, responsable du foot féminin au sein de l'instance.

Sur les terrains, les matches ont été serrés avec peu de confrontations à sens unique et beaucoup de renversements de situations, dont l'Angleterre s'est fait une spécialité en menant au score moins de cinq minutes sur l'intégralité de la phase couperet.

Beaucoup de rencontres se sont jouées après le temps réglementaire voire aux tirs au but et le record de buts de 2022 a été battu au stade des quarts de finale avec 106 réalisations (95 en 2022).

Les Suissesses ont rencontré leur public

Après deux Euros remportés par la nation organisatrice, les Pays-Bas en 2017, puis l'Angleterre en 2022, l'engouement du public suisse paraissait plus incertain pour une sélection loin des cadors européens, et qui n'avait jamais franchi les poules.

Malgré leur inexpérience et la défaite en ouverture face à la Norvège (2-1), les coéquipières de Lia Wälti ont su battre l'Islande 2-0, arracher au finish un nul 1-1 synonyme de qualification pour les quarts face à la Finlande, puis tomber la tête haute face à une Espagne future finaliste (2-0).

"On a perdu un match, mais on a gagné beaucoup tout autour du terrain. C'est un point de départ, un décollage pour la Suisse", s'est réjouie la sélectionneuse suédoise Pia Sundhage.

Au-delà du talent déjà épanoui de Géraldine Reuteler et des promesses des jeunes Sydney Schertenleib, Iman Beney ou Noemi Ivelj, toutes âgées de 18 ans, il y a eu "tous ces gens" restés longtemps après le coup de sifflet final pour remercier leurs joueuses, a souligné la technicienne.

Les Suissesses, qui n'avaient jamais joué devant plus de 10.000 personnes à domicile, ont rempli l'enceinte de Bâle, celle de Genève et par deux fois le Wankdorf de Berne, noyant même le centre-ville historique de la capitale de 20.000 supporters avant le quart de finale.

400 "trains spéciaux"

Pour les 35% de spectateurs étrangers, "représentant 160 nationalités" selon l'UEFA, l'Euro restera indissociable de la découverte des transports publics suisses, leur desserte métronomique et leurs vues imprenables sur les lacs et montagnes.

Non seulement les trains, trams et même bateaux étaient inclus dans l'achat d'un billet, une formule déjà en vigueur pour de grands événements comme le festival de jazz de Montreux, mais la compagnie ferroviaire CFF avait prévu 400 "trains spéciaux" pour les spectateurs, prêts à patienter en cas de prolongation.

L'ambiance s'en est ressentie, laissant fraterniser dans les mêmes rames vainqueurs et vaincus. Mais aussi le bilan carbone du tournoi, puisque "86% des détenteurs de billets ont rejoint les stades" par les transports publics, la marche ou le vélo, affirme l'UEFA.

L'expérience s'annonce radicalement différente pour le Mondial-2027: au dossier "100% accessible en train" présenté par l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, la Fifa a préféré le Brésil et ses longues distances impliquant l'avion.

Mais "ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne"

"Le football est un sport où ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne", a déclaré la sélectionneuse espagnole, Montse Tomé, après la défaite en finale de l'Euro contre l'Angleterre (1-1, 3-1 aux tirs au but) dimanche à Bâle.

"Je pense que cette équipe méritait mieux, j'ai le sentiment que nous avons travaillé longtemps pour en arriver là. Une finale contre une équipe de haut niveau comme l'Angleterre, et je pense que l'équipe méritait mieux. Dans le sport, il faut savoir perdre, et aujourd'hui, c'est nous qui avons perdu aux tirs au but", a réagi la sélectionneuse en conférence de presse, le visage fermé.

"Nous avons été meilleures, mais le football est un sport où ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne. L'Angleterre a démontré tout au long du tournoi un niveau de compétitivité élevé", a-t-elle assuré.

Selon elle, "ce que nous avons accompli méritait une autre fin. Nous avons le sentiment que cela nous a échappé. Nous avons marqué l'histoire dans ce championnat".

Interrogée sur le parcours de l'Angleterre lors de cet Euro, elle a répondu que l'équipe "jouait depuis plusieurs matches à la limite, elle semble traverser des moments difficiles, mais elle parvient toujours à s'en sortir".

"Je suis sous le choc, je ne ressens pas grand-chose. Je suis vidée", a réagi de son côté la meilleure joueuse du tournoi, Aitana Bonmati, qui a raté son tir au but.

"C'est cruel parce que c'était notre objectif et que tout se décide aux tirs au but. Je m'excuse pour mon échec, je n'ai pas réussi à marquer. Je félicite l'adversaire", a-t-elle déclaré à la télévision espagnole.

Comme Tomé, elle a affirmé que la Roja avait été "supérieure", "mais parfois, dans le football, cela ne suffit pas".

"Je suis très déçue en ce moment, je vais digérer cela dans les prochains jours. La même chose nous est arrivée avec Barcelone en Ligue des champions", a-t-elle poursuivi, alors que la meneuse de jeu avait perdu en finale de Ligue des champions (1-0) face à Arsenal le 24 mai dernier.

"Le football est cruel. Tout semble aller mal maintenant, mais je pense qu'au niveau footballistique, nous sommes l'équipe qui a le mieux joué dans ce tournoi", a insisté la milieu.

lire aussi