Sport
La Liesse du Roi et du Peuple – Par Hassan Zakariaa
« Cette victoire constitue une forte source de motivation pour nos différentes sélections et clubs sportifs afin d’aller de l’avant, imprégnés de la culture de la victoire » (Mohammed VI)
Par Hassan Zakariaa avce Mohamed Benmassaoud, envoyé spécial MAP
Le Maroc a marqué l’histoire du football africain en remportant, samedi à Nairobi, son troisième Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), en battant Madagascar 3-2 au terme d’une finale haletante. Une victoire qui dépasse la simple performance sportive : elle confirme le statut du Royaume comme puissance continentale du ballon rond. Du message royal chargé d’émotion aux exploits individuels d’Oussama Lamlioui et Mohamed Rabie Hrimat, en passant par la liesse populaire à Rabat et l’admiration internationale, ce sacre est le reflet d’une ambition nationale assumée et d’un projet footballistique qui porte ses fruits.
Un message royal, symbole d’une nation rassemblée
À peine le coup de sifflet final retenti à Nairobi, le Roi Mohammed VI adressait un message de félicitations aux Lions de l’Atlas locaux. Dans son texte empreint de fierté et de reconnaissance, le Souverain a salué « une victoire bien méritée » et « un motif de joie et de fierté pour tout le peuple marocain ».
Le Roi a insisté sur la valeur exemplaire de cette performance, fruit d’un esprit patriotique et d’un travail acharné de l’ensemble des composantes de l’équipe nationale : joueurs, encadrement technique, staff médical et dirigeants de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).
Plus encore, il a replacé ce sacre dans une dynamique : « Cette victoire constitue une forte source de motivation pour nos différentes sélections et clubs sportifs afin d’aller de l’avant, imprégnés de la culture de la victoire ». Ce message souligne le rôle central du sport dans la stratégie royale, non seulement comme vecteur de rayonnement international mais aussi comme ciment social et levier de développement.
Le geste de Lamlioui : la clairvoyance qui rencontre l’audace
L’image restera longtemps gravée : à la 80e minute, alors que le score était de 2-2, Oussama Lamlioui intercepte un ballon, lève la tête et voit le gardien malgache légèrement avancé. Il arme une frappe tendue depuis plus de trente mètres. Le ballon, suspendu dans l’air, retombe dans les filets. Le stade explose, le Maroc reprend l’avantage. Sektioui qui à chaque but se prosternait, se tient cette fois la tête de ses deux mains, n’en croyant presque pas ses yeux. Nous non, plus, il nous faudra la répétition pour nous convaincre qu’il l’a vraiment fait.
Ce but, qui rappelle le lob tenté par Pelé au Mondial 1970 contre la Tchécoslovaquie, a une portée symbolique immense. Là où le roi Pelé avait manqué de peu le geste parfait, Lamlioui a transformé l’audace en réalité. L’exploit individuel devient collectif : ce tir a offert au Maroc son troisième sacre au CHAN et confirmé la suprématie du Royaume.
Trois sacres en six ans : la confirmation d’une domination
Le Maroc avait déjà inscrit son nom au palmarès du CHAN en 2018 à Casablanca, puis en 2020 à Douala (Cameroun). Ces deux titres avaient marqué le retour du football local au premier plan. Avec ce troisième sacre en 2024, les Lions de l’Atlas établissent un record absolu : aucune autre nation n’a réussi un tel triplé.
Cette performance traduit la profondeur du vivier marocain. Les clubs de Botola, largement professionnalisés ces dernières années, alimentent l’équipe nationale de talents aguerris aux compétitions africaines. Le succès de la RS Berkane, du Wydad ou du Raja dans les compétitions interclubs de la CAF a contribué à cette dynamique.
Le CHAN est plus qu’un simple tournoi : il est devenu le révélateur de la qualité du championnat local. En remportant trois fois de suite la compétition, le Maroc s’affirme comme une référence en matière de structuration du football domestique.
Tarik Sektioui, l’architecte d’un succès collectif
Ancien international marocain, héros de la médaille de bronze olympique à Paris 2024, Tarik Sektioui a su insuffler une philosophie claire : discipline tactique, pressing haut et audace offensive.
Son choix de miser sur des joueurs expérimentés de la Botola, comme Hrimat et Lamlioui, combinés à des jeunes talents en pleine ascension, s’est révélé payant. En finale, malgré deux buts encaissés, l’équipe n’a jamais paniqué. Elle a su revenir grâce à un pressing constant et une organisation défensive solide.
Sektioui a également démontré sa capacité à gérer les émotions et à tirer le meilleur de son groupe. Son leadership a été salué par ses joueurs, qui soulignent son rôle fédérateur et sa confiance dans le potentiel local.
Hrimat, le métronome du milieu
Élu meilleur joueur du tournoi, Mohamed Rabie Hrimat incarne l’intelligence et la rigueur tactique. Formé au FUS de Rabat, devenu cadre de l’AS FAR, il a imposé sa vision du jeu, sa justesse technique et son abnégation.
Son influence a été déterminante : toujours présent pour récupérer, relancer et orienter le jeu, il a permis au Maroc de dominer le milieu de terrain. Véritable plaque tournante, il a été l’homme clé de la stratégie de Sektioui.
À 31 ans, Hrimat récolte enfin la reconnaissance qu’il mérite. Son portrait illustre l’idée que le championnat marocain est capable de produire des leaders et non seulement des talents bruts.
Lamlioui, le nouveau visage de l’attaque marocaine
Si Hrimat a été le patron de l’entrejeu, Lamlioui a été l’arme fatale devant. Avec six buts, dont deux en finale, il a terminé meilleur buteur du tournoi. Son but d’anthologie contre Madagascar restera comme un chef-d’œuvre de clairvoyance et de technique.
Révélé au TAS de Casablanca, confirmé au Chabab Mohammédia et propulsé au RS Berkane, Lamlioui illustre la progression d’un attaquant persévérant. Sa capacité à lire le jeu, ses déplacements intelligents et son efficacité en font un attaquant moderne, capable de briller sur la scène africaine et internationale.
Une liesse populaire du Maroc au Kenya
À Rabat, Casablanca, Marrakech ou Fès, les rues ont résonné de chants et de klaxons. La diaspora marocaine à Nairobi a elle aussi célébré, rejointe par des milliers de Kényans séduits par le jeu des Lions de l’Atlas.
« C’est comme si le Maroc jouait à domicile », confia un supporter kényan en brandissant le drapeau rouge frappé de l’étoile verte. Cette communion entre Marocains et Kényans témoigne du rayonnement continental du football marocain.
Un sacre qui renforce son soft power
Ce sacre ne se limite pas au sport. Il a un impact diplomatique et symbolique. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a salué « un grand pays de football ». Le président de la Commission de l’Union Africaine a parlé d’un « moment de fierté pour l’Afrique ».
Pour le Maroc, cette victoire renforce son soft power. Elle confirme la pertinence de sa stratégie sportive et accroît son influence dans les instances du football mondial. Elle intervient à quelques mois de la CAN 2025, organisée au Maroc, qui sera une vitrine encore plus prestigieuse.
Le CHAN 2024 constitue un tremplin vers la CAN 2025. Le Maroc, déjà demi-finaliste de la Coupe du monde 2022, ambitionne de conquérir le titre continental. Le succès de la sélection locale démontre la profondeur du vivier national et la capacité du Royaume à rivaliser avec les grandes nations africaines.