Sport
Le CHAN, tremplin du football africain vers les sommets internationaux
Les performances des joueurs sont scrutées au CHAN par les clubs européens, asiatiques ou du Golfe, à la recherche de perles rares capables de s’exporter et de briller au-delà du continent
Quid avec Mohammed Benmassaoud (Envoyé sépcial MAP)
Le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) n’est plus seulement une vitrine régionale pour les talents locaux. Il s’est imposé comme une véritable rampe de lancement vers les grandes scènes internationales. De Nairobi à Casablanca, en passant par Le Caire ou Abidjan, les parcours de joueurs comme Ayoub El Kaabi et Soufiane Rahimi témoignent du rôle stratégique que joue cette compétition dans l’essor du football africain. Zoom sur les enjeux de la 8e édition et les trajectoires marquantes qu’elle inspire.
Une scène continentale pour les stars locales
Nairobi - La 8e édition du CHAN, co-organisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda du 2 au 30 août 2025, incarne parfaitement l’ambition de cette compétition : offrir une tribune continentale aux joueurs évoluant exclusivement dans les championnats nationaux. Créé pour valoriser le vivier local, le CHAN est devenu au fil des années un laboratoire de talents et un marché d’opportunités pour les recruteurs internationaux.
Les performances y sont scrutées par les clubs européens, asiatiques ou du Golfe, à la recherche de perles rares capables de s’exporter et de briller au-delà du continent. Le tournoi ne cesse de démontrer son utilité stratégique pour les fédérations africaines, en révélant des profils capables de rivaliser avec les standards internationaux.
El Kaabi, la success story marocaine
L’un des exemples les plus emblématiques du potentiel du CHAN est sans conteste celui de l’attaquant marocain Ayoub El Kaabi. Lors de l’édition 2018 organisée au Maroc, le joueur se distingue de manière spectaculaire : neuf buts inscrits en six matchs, un record absolu pour une seule édition. Il est sacré à la fois meilleur joueur et meilleur buteur, propulsant les Lions de l’Atlas vers un titre mémorable à domicile.
Cette performance historique attire immédiatement l’attention des recruteurs internationaux. Après un parcours local fructueux, El Kaabi rejoint l’Olympiakos en Grèce à l’été 2023. Là-bas, il explose littéralement : onze buts en neuf matchs de Ligue Europa Conférence, un record en phase à élimination directe qui le place devant des légendes comme Karim Benzema. Il offre au club grec son premier titre européen et s’impose comme le premier Africain à dépasser la barre des dix buts dans cette compétition. À nouveau, le CHAN aura servi de rampe vers la consécration.
Soufiane Rahimi, de Yaoundé à Al-Aïn
Un autre Lion de l’Atlas a su capitaliser sur la notoriété du CHAN : Soufiane Rahimi. Révélé lors de l’édition 2020 au Cameroun – remportée là encore par le Maroc – l’ailier gauche séduit par sa vivacité, sa vision du jeu et sa finition. En 2021, il s’envole pour les Émirats arabes unis, où il signe avec le club d’Al-Aïn.
Son impact est immédiat. En 2023-2024, il mène son équipe jusqu’au sacre en Ligue des champions asiatique. Avec treize buts au compteur, il termine meilleur buteur de la compétition et est sacré meilleur joueur. À l’image d’El Kaabi, Rahimi illustre la capacité du CHAN à identifier et propulser des talents capables de performer à haut niveau.
Des trajectoires multiples, une même origine
Le CHAN n’est pas l’apanage des joueurs marocains. D’autres figures africaines ont également su tirer profit de cette scène pour amorcer des carrières remarquables. Le Sénégalais Papy Djilobodji, révélé au niveau continental, a notamment porté les couleurs de Chelsea et Sunderland avant d’évoluer aujourd’hui au Sariyer SK en Turquie. Le Congolais Jonathan Bolingi a transité par le Standard de Liège et Mouscron en Belgique, et le Burkinabé Cyril Bayala, après un passage en Moldavie, a intégré le RC Lens en France.
Tous ont en commun d’avoir utilisé le CHAN comme levier vers des horizons professionnels plus ambitieux, en faisant valoir leur potentiel sous le regard attentif des recruteurs.
Le point sur le Groupe du Maroc au CHAN 2024
Sur le plan purement sportif, le CHAN 2024 tient toutes ses promesses. Le Groupe A, particulièrement disputé, voit s’affronter le Maroc, le Kenya, la RD Congo, l’Angola et la Zambie. Après deux journées, le Kenya mène avec quatre points, suivi du Maroc et de la RD Congo à trois points chacun. L’Angola ferme la marche avec un seul point, tandis que la Zambie reste à zéro après sa première sortie.
Le Maroc, qui avait brillamment remporté son premier match face à l’Angola (2-0), affrontera le Kenya le 10 août dans une rencontre décisive pour la tête du groupe. Les Lions de l’Atlas auront ensuite rendez-vous avec la Zambie le 14 août, puis avec la RD Congo le 17. Ces rencontres promettent de redistribuer les cartes dans un groupe où rien n’est encore joué.
Une dynamique continentale à renforcer
Au-delà des performances sportives, le CHAN s’impose comme un vecteur de développement structurel du football africain. Il permet de renforcer les dispositifs de formation, d’éveiller les vocations et d’encourager les fédérations à valoriser leurs championnats locaux. Pour de nombreux joueurs, c’est une occasion unique de sortir de l’anonymat, de porter fièrement les couleurs de leur nation, et de rêver à un destin professionnel à l’international.
En définitive, le CHAN confirme édition après édition sa pertinence et sa nécessité. Plus qu’un simple tournoi, il est devenu un marqueur d’ambition pour les footballeurs africains, un révélateur d’excellence, et une passerelle vers les plus grandes scènes mondiales.