Sport
Les Lionnes de l’Atlas : héroïnes d’une épopée continentale inachevée – Par Hassan Zakariaa
La milieu de terrain nigériane #13 Deborah Abiodun et l'attaquante marocaine #18 Sanaa Mssoudy se disputent le ballon lors du match de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations féminine 2025 entre le Maroc et le Nigeria au stade Prince Moulay Abdellah à Rabat le 26 juillet 2025. (Photo Abdel Majid BZIOUAT / AFP)
A domicile, sous les regards d’un public enthousiaste, les joueuses marocaines ont frôlé l’exploit lors de la CAN féminine 2024. Une finale au goût amer, mais au courage éclatant. Et si le sacre leur a échappé en finale face aux Super Falcons du Nigeria, leur parcours, auréolé de panache et de courage, aura marqué une page mémorable de l’histoire du football féminin marocain
Par Hassan Zakariaa
Une épopée qui inspire la fierté royale
Depuis les tribunes jusqu’au palais royal, les échos du formidable parcours des Lionnes de l’Atlas ont résonné fort. Dans un message empreint d’admiration et de reconnaissance, le Roi Mohammed VI a salué le parcours exemplaire de la sélection nationale féminine lors de cette 13e édition de la Coupe d’Afrique des Nations féminine organisée au Maroc. Une finale atteinte avec brio, dans une ambiance où l’hospitalité marocaine et l’organisation irréprochable ont fait rayonner le Royaume au-delà du sport.
Le Souverain a tenu à souligner l’esprit de compétitivité, le patriotisme sans faille et la volonté acharnée des joueuses à porter haut les couleurs nationales sur la scène continentale. En rendant hommage non seulement aux joueuses, mais également aux membres du staff technique, médical et administratif, le Roi a réaffirmé sa haute sollicitude envers celles qui ont su raviver les espoirs d’un sacre tant espéré.
Une finale au goût amer, mais au courage éclatant
Ce samedi 27 juillet, au stade olympique de Rabat, le Maroc affrontait le Nigeria en finale. Une affiche explosive entre deux géants du football africain féminin. Rapidement, les Marocaines imposent leur tempo, déjouant tous les pronostics. À la 13e minute, Ghizlane Chebbak, capitaine courage, ouvre le score d’un tir puissant depuis l’entrée de la surface. Onze minutes plus tard, Sanaâ Mssoudy double la mise sur un centre précis de Hanane Ait El Haj, offrant au public un rêve éveillé.
Mais l’histoire du match bascule en seconde période. Rattrapées physiquement après un parcours éprouvant, les Marocaines concèdent un pénalty transformé par Esther Okoronkwo à la 64e minute, après une main de Benzina signalée par la VAR. La tempête nigériane s’intensifie : Folashade Ijamilusi égalise à la 71e, et Jennifer Echegini crucifie les Lionnes à la 88e sur coup franc. Une ultime décision arbitrale, celle de l’annulation d’un pénalty marocain par la VAR, viendra définitivement sceller le sort du match.
Le score final : 3-2 pour le Nigeria, qui signe là son dixième titre continental, pendant que le Maroc voit s’envoler une deuxième finale de suite perdue à domicile.
Un tournoi historique et une équipe héroïque
Si les larmes ont coulé au coup de sifflet final, elles n'effaceront ni les exploits ni la beauté du parcours. Car jamais encore les Lionnes n’avaient offert un tel niveau de jeu, une telle maîtrise collective, une telle intensité émotionnelle.
D’entrée, elles avaient posé leur empreinte dans un groupe relevé. Contre la Zambie, elles arrachent un nul spectaculaire (2-2), grâce à Jraidi et Chebbak. Face à la RD Congo, elles flambent : 4-2, avec un triplé magistral de Chebbak et un but d’Amrabet. Le Sénégal tombe à son tour (1-0), envoyant les Marocaines en quarts.
Contre le Mali, elles continuent leur marche impériale (3-1), puis dominent le Ghana en demi-finale à l’issue d’une bataille haletante conclue aux tirs au but (1-1, 4-2 tab), grâce à la justesse de Sakina Ouzraoui et la lucidité de Rmichi dans les cages
Une défaite fondatrice, un avenir à construire
Malgré la défaite en finale, le sentiment général est celui d’un avenir radieux. Pour Soukaina Ouzraoui, le titre était “à portée de main”. Elle insiste sur la nécessité de capitaliser sur cette expérience pour construire un groupe encore plus fort.
Même tonalité chez la capitaine Ghizlane Chebbak, meilleure buteuse du tournoi : “Nous avons livré une première mi-temps exceptionnelle. Ce sont les petits détails qui font basculer une finale.” Elle promet un retour plus solide dans les prochaines compétitions.
La gardienne Khadija Rmichi, pilier de la sélection, parle de l’avenir avec conviction : “Nous n’abandonnerons pas. Le futur du football féminin marocain est prometteur.” Toutes s’accordent à dire que cette deuxième finale consécutive, même sans trophée, marque un tournant historique pour le sport féminin national.
Le regard du camp adverse : respect et reconnaissance
Côté nigérian, les louanges ne manquent pas pour saluer la combativité marocaine. Esther Okoronkwo, élue meilleure joueuse de la finale, évoque “un match difficile, dans une ambiance exceptionnelle.” Sa coéquipière Chioma Okafor renchérit : “La première mi-temps a été totalement dominée par le Maroc. Nous avons dû puiser dans nos réserves mentales et physiques.”
Le Nigeria, ultra-favori du tournoi, est tombé face à un Maroc insolent d’audace en première mi-temps, et n’a dû son salut qu’à son expérience des grands rendez-vous et à la profondeur de son banc.
Une organisation à la hauteur du défi
Le tournoi, organisé sur les pelouses de Rabat et Casablanca, a été unanimement salué pour sa qualité. Des infrastructures impeccables, un public au rendez-vous, une atmosphère festive… tous les ingrédients étaient réunis pour offrir au football africain féminin une vitrine de rêve.
La finale s’est tenue en présence de figures de premier plan : le ministre marocain de l’Éducation nationale et des Sports, Mohamed Saad Berrada, le président de la FIFA Gianni Infantino, celui de la CAF Patrice Motsepe, et bien sûr Fouzi Lekjaa, patron de la FRMF, artisan de la montée en puissance du football national.
Le Maroc, qui organisera également l’édition 2026, confirme son statut de locomotive du football féminin africain.
Une dynamique nationale à entretenir
Ce tournoi n’est pas un simple moment de gloire passagère. Il s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de l’émancipation du sport féminin marocain, nourrie par des investissements ciblés, des centres de formation dédiés et une volonté politique claire.
Les exploits des Lionnes sont déjà devenus un levier de mobilisation pour des milliers de jeunes filles à travers le pays. Leurs visages, leur combativité, leur joie et leur tristesse aussi, composent désormais un récit national qui dépasse les lignes de touche.
Une troisième place pour le Ghana et une génération dorée à suivre
Dans l’ombre de cette finale haletante, le Ghana a décroché la troisième place du tournoi en dominant l’Afrique du Sud aux tirs au but (1-1, 4-3 tab) à Casablanca. Une performance solide qui souligne la montée en puissance des nations africaines au sein d’une compétition de plus en plus disputée et médiatisée.
Chebbak, Jraidi, Mssoudy, Ouzraoui, Amrabet, Rmichi… les noms des héroïnes de cette édition resteront longtemps gravés dans la mémoire collective. Mais ce n’est que le début. Derrière elles, des pépites émergent, nourries par l’espoir que l’horizon du football féminin marocain est infini.
Car si les trophées forgent la gloire, les défaites courageuses forgent les légendes. Et les Lionnes de l’Atlas, en 2024, n’ont pas seulement disputé une CAN : elles ont redessiné les contours de ce que signifie être footballeuse au Maroc.