À Tafilalet, la récolte des dattes s’annonce prometteuse

 À Tafilalet, la récolte des dattes s’annonce prometteuse

À Erfoud, dans la province d’Errachidia, les silhouettes familières des agriculteurs escaladant les troncs rugueux des palmiers-dattiers annoncent le retour de la saison des dattes.

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Au cœur des palmeraies de la vallée du Ziz, la récolte des dattes vient de démarrer sous de bons auspices. Dans la région de Tafilalet, premier bassin phoenicicole du Maroc, agriculteurs et commerçants se mobilisent pour transformer ce rendez-vous ancestral en une véritable fête économique et sociale, annonciatrice de rendements prometteurs et d’un dynamisme accru sur les marchés.

Un savoir-faire ancestral au service d’un fruit précieux

À Erfoud, dans la province d’Errachidia, les silhouettes familières des agriculteurs escaladant les troncs rugueux des palmiers-dattiers annoncent le retour de la saison des dattes. Harnaché, muni de sa faucille et de ses cisailles, Mustapha Sadiki grimpe avec l’assurance de l’expérience pour cueillir les précieux régimes. « Les pluies de l’an passé et la chaleur de cet été nous laissent espérer une récolte meilleure que celle de l’année dernière », confie-t-il.

Chaque palmier adulte peut produire plus de 100 kg de dattes, un trésor pour les agriculteurs de la région. Au fil des jours, les fruits passent du vert au jaune doré, puis au brun foncé, signe de leur maturité. La récolte, exigeante et risquée, nécessite dextérité et prudence pour préserver à la fois la sécurité du cueilleur et la qualité des fruits.

Dès les premières cueillettes, les souks s’animent. Les marchés d’Erfoud, réputés pour la diversité de leurs variétés, voient affluer clients et revendeurs. Mejhoul, Feggous, Tarzaoua, Bouslikhen… toutes les variétés sont présentes, avec des prix jugés abordables en ce début de saison : entre 40 et 90 dirhams le kilo pour le Mejhoul, et de 20 à 40 dirhams pour le Feggous.

Cette effervescence ne séduit pas seulement les locaux. Rebecca, une touriste venue du Pays de Galles, s’émerveille de l’atmosphère : « Tout est incroyable ici : les paysages, l’hospitalité et l’animation des marchés. C’est une expérience unique de découvrir tant de variétés de dattes au même endroit. »

 Un pilier économique et social pour Drâa-Tafilalet

La phoeniciculture est l’une des principales richesses agricoles de la région Drâa-Tafilalet, qui fournit près de 90 % de la production nationale de dattes. Cette filière ne se limite pas à la cueillette : elle génère des milliers d’emplois saisonniers et alimente tout un écosystème comprenant transport, conditionnement, logistique et commerce.

La saison des dattes est ainsi un temps fort pour l’économie locale. Elle rythme la vie de nombreuses familles et attire visiteurs et commerçants venus de tout le Royaume. Les marchés deviennent des lieux de rencontre et d’échange, où se côtoient agriculteurs, négociants, touristes et exportateurs.

Selon le ministère de l’Agriculture, la production nationale de dattes s’est élevée à 103.000 tonnes pour la campagne 2024-2025, un chiffre en léger recul par rapport aux années précédentes. Mais les prévisions pour 2025-2026 s’annoncent très optimistes, grâce à des conditions climatiques particulièrement favorables lors des étapes cruciales de croissance.

Au-delà des chiffres, la filière contribue à préserver un patrimoine agricole millénaire. Les palmeraies de Tafilalet sont bien plus qu’un paysage : elles représentent un savoir-faire, une mémoire collective et une identité partagée.

Un secteur en pleine modernisation

Si la récolte reste largement manuelle, la filière phoenicicole bénéficie d’investissements et de stratégies à long terme. La Génération Green 2020-2030 prévoit la plantation de 5 millions de palmiers supplémentaires d’ici 2030, avec pour ambition de tripler la production et d’atteindre 300.000 tonnes annuelles.

Cet objectif repose sur la modernisation des techniques agricoles, la valorisation des variétés phares comme le Mejhoul, et le renforcement de la chaîne de valeur, notamment à travers l’exportation. En parallèle, des efforts sont menés pour protéger les palmeraies contre les maladies, en particulier le redoutable « bayoud » qui menace les plantations.

Le défi consiste désormais à concilier tradition et modernité. Si l’image du paysan escaladant le palmier demeure un symbole vivant de la culture locale, l’avenir de la filière passe aussi par l’innovation, la recherche et l’intégration aux circuits internationaux.

En ce début de récolte, Tafilalet vit au rythme des marchés bondés, des régimes qui s’amoncellent et des espoirs de revenus accrus. Le palmier-dattier, arbre nourricier et emblématique, continue de porter haut l’identité agricole du Maroc et de rappeler que, dans cette région du sud, chaque saison des dattes est une promesse renouvelée de prospérité et de fierté.

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