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18e FIFFS à Salé: “Ana+Yek” ouvre la compétition documentaire
Sorti en 2024, “Ana+Yek” suit Zohra et Sanaa, jumelles partageant un même appartement à Bruxelles et un héritage culturel commun
Projeté en ouverture de la compétition officielle du film documentaire du 18e Festival international du film de femmes de Salé (FIFFS), “Ana+Yek” de Zohra Benhammou et Romy Mana explore, à travers l’histoire de deux sœurs jumelles belgo-marocaines, les tensions intimes entre traditions, quête spirituelle et affirmation de soi. Présenté au cinéma Hollywood, le film de 85 minutes inscrit la question de l’identité diasporique au cœur d’un festival qui valorise le regard des femmes cinéastes et le dialogue entre cultures.
Un portrait intimiste de la diaspora
Sorti en 2024, “Ana+Yek” suit Zohra et Sanaa, jumelles partageant un même appartement à Bruxelles et un héritage culturel commun, mais empruntant des trajectoires personnelles divergentes. Tandis que Zohra s’éloigne progressivement de certaines pratiques traditionnelles, Sanaa s’en rapproche via une démarche spirituelle de plus en plus affirmée. Le documentaire accompagne ces évolutions dans la durée, au plus près des gestes du quotidien, des conversations et des silences, pour montrer comment l’intime devient un lieu où se négocient valeurs, appartenances et projets de vie.
Entre spiritualité et lien sororal
La force du film tient à la délicatesse avec laquelle il observe la relation des deux sœurs face à leurs choix. Loin du conflit frontal, “Ana+Yek” s’intéresse à ce qui demeure: une volonté tenace de se comprendre et de préserver le lien, malgré des visions du monde qui s’éloignent. Le montage épouse ce mouvement de va-et-vient entre rapprochement et distance, révélant un récit de réconciliation possible, où la spiritualité de Sanaa et les aspirations de Zohra ne s’excluent pas, mais reconfigurent la fraternité sur de nouveaux équilibres.
Regards des auteurs et enjeu de représentation
Pour le directeur artistique du FIFFS, Hicham Falah, cette projection au Maroc a valeur de passerelle: le film permet de “nous rapprocher de la diaspora, notamment la nouvelle génération de Marocains du monde, et de leurs vécus”. Co-réalisatrice et protagoniste, Zohra Benhammou souligne, elle, une intention claire: faire de ce portrait à quatre mains un message d’acceptation de la différence et de réconciliation avec soi et avec l’autre. Fruit de plus de quatre ans de tournage, “Ana+Yek” redonne à la durée – et donc à la nuance – toute sa place dans la représentation des identités plurielles.
Une compétition documentaire ouverte sur le monde
“Ana+Yek” partage l’affiche avec d’autres œuvres en lice : “Aisha’s Story” d’Elizabeth Vibert et Chen Wang (Canada), “Mother City” de Miki Redelinghuys et Pearlie Joubert (Afrique du Sud), “Petit Rempart” d’Ève Duchemin (France) et “Lumière de mes yeux” de Sophie Bredier (France). Cette sélection, qui mêle approches esthétiques et horizons géographiques, témoigne de la vitalité du documentaire porté par des regards féminins et de la volonté du FIFFS d’interroger des réalités sociales, urbaines et intimes diversifiées.
Un festival engagé et fédérateur
Placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI et organisée du 22 au 27 septembre par l’Association Bouregreg, l’édition 2025 du FIFFS articule compétition documentaire, compétition officielle de longs métrages de fiction et prix Jeune public pour des courts et longs métrages marocains (fenêtre “film marocain”). Au-delà des projections, le programme comprend séminaires, présentations d’ouvrages et séances en plein air, en partenariat avec la Commune de Salé, la Fondation de Salé pour la Culture et les Arts et l’Association Bouregreg. L’objectif demeure constant : soutenir les efforts pour améliorer la condition des femmes, combattre les stéréotypes et favoriser l’échange d’expériences entre cinéastes.
Perspectives : le cinéma comme espace de dialogue
En ouvrant la compétition documentaire, “Ana+Yek” rappelle la capacité du cinéma à créer un espace de discussion apaisée autour des sujets sensibles – religion, tradition, autonomie personnelle – et à offrir des récits où la complexité n’efface pas l’empathie. À l’échelle du festival, cette entrée en matière place la barre sur des œuvres qui, par leur ancrage intime, éclairent des enjeux collectifs: vivre ensemble dans la pluralité, accueillir les trajectoires dissemblables et tisser, à travers l’image, des ponts entre rives et générations.